Pour qui sonne le glabre?

13/11/09 à 10:13 - Mise à jour à 10:13

Source: Weekend

Le poil, symbole ancestral de virilité, n'a plus la cote. Face à la déferlante d'images, de la publicité aux calendriers, de beaux gosses aux torses lisses, les hommes lui font désormais la chasse. Décryptage du phénomène.

Pour qui sonne le glabre?

Si l'on en croit le dernier slogan marketing prôné par Gillette sur le très fréquenté site www.gillette.com/bodyshaving, les arbres ont toujours l'air plus grands lorsque l'on prend la peine d'éliminer arbustes et fougères à leur pied. N'allez pas croire pour autant que le géant de la lame se soit lancé dans l'équipement de tondeuses à gazon. Messieurs, c'est bel et bien de l'entretien de votre "jardin secret" qu'il est question. Et la tendance porte un nom anglais: le manscaping- contraction de man et de landscaping, signifiant respectivement homme et jardinage en français - soit le traitement plus ou moins radical de la pilosité localisée (parfois très) en dessous du cou.
Pour en venir à bout, tous les moyens sont bons: rasage, bien sûr, mais aussi épilation à la cire, voire définitive à la lumière pulsée. Le sujet est d'ailleurs de moins en moins tabou, sans doute grâce à la pléthore de vidéos "do-it-yourself" mises en ligne sur le Net par les principaux acteurs du secteur. Si le top-modèle canadien Jislain Duval, engagé par Nivea pour promouvoir en images le gel douche de rasage Active 3, semble prendre la chose très au sérieux - surtout lorsqu'il démontre, gestes à l'appui, comment procéder pour ne pas se couper les mamelons lorsqu'on se rase le torse - les autres fleurent bon l'humour potache digne des dialogues des comédies romantiques chères aux ados et aux hommes de moins de 30 ans. Soit la cible apparemment très sensible à cette nouvelle attitude.

Selon Adam Rapoport, journaliste à l'édition américaine du magazine GQ, la pratique concernerait surtout les hommes jeunes "désireux de montrer leurs pectoraux et leurs tablettes de chocolat sans que les poils leur fassent de l'ombre. Les types d'un certain âge ont assez confiance en eux pour assumer: "OK, j'ai des poils sur le torse, et j'assure"". Pourtant, GQ - y compris dans sa version française - et d'autres titres destinés aux hétéros urbains soucieux des tendances n'ont cessé ces dernières années de mettre en avant des hommes à la pilosité réduite à la portion congrue. "La mode de l'homme imberbe est de plus en plus suivie par les sportifs et les célébrités", assure-t-on chez Philips. Les "vrais" hommes contemporains aiment comme eux être rasés à la perfection. Une esthétique qui dérive aussi des catwalks des défilés et des publications gays. D'ailleurs, histoire de coller à une certaine image du journaliste de mode homo, l'humoriste britannique Sacha Baron Cohen, plutôt dru du poil au naturel, s'est infligé plusieurs "épilathons" pour mieux se glisser dans la peau de Brüno.

En dehors du cinéma, le phénomène est d'ailleurs européen. "La pression sociale est de plus en plus forte, reconnaît Fabio Latragna, patron de l'institut bruxellois Monsieur K, spécialisé dans les soins au masculin. Dans les pubs et dans les magazines, on ne voit plus que des beaux mecs imberbes et super-bien faits. Comme de plus en plus d'hommes - gays et hétéros - se font épiler, quand les types se retrouvent dans les vestiaires par exemple, après le sport, ils comparent. Et cela incite les récalcitrants à s'y mettre."
Une enquête réalisée en 2008 par Gillette dans 12 pays européens confirme la tendance: exit le velu, bonjour le lisse. Si l'on y apprend sans trop de surprise que 88% des Européens se rasent la barbe, on y découvre aussi que 26% des hommes s'épilent le maillot et les poils des jambes, mais... dans la discrétion. "De nouveaux clients pour l'épilation, nous en avons tous les jours, confirme Fabio Latragna. Comme c'est tout neuf pour eux, ils ont peur du regard des femmes et ne se voient pas entrer dans un salon d'esthétique mixte."
Que l'on parle de rasage à la maison ou d'épilation à la cire en institut, il semble aussi que les hommes fassent assez facilement table rase des poils du dos et des aisselles, même si, là, beaucoup préfèrent encore une coupe courte et nette qu'une éradication complète. Et, comme un poil arraché en entraîne - vite - un autre, ils sont de plus en plus nombreux à s'attaquer à la "zone intime", laissant à quelques extrémistes seulement le soin de faire aussi disparaître complètement toute pilosité de leur torse et de leurs jambes.

La comparaison avec le sort réservé au poil féminin est évidemment tentante, surtout lorsque l'on sait qu'il a fallu attendre les années 1920 pour que les femmes commencent à s'épiler les aisselles afin de succomber à la mode des robes à manches courtes. Dix ans plus tard, les journalistes beauté réglaient leur sort aux poils des jambes. La tendance ne s'est jamais inversée, bien au contraire. Il y a donc fort à parier qu'il en aille de même au rayon masculin. Car, derrière ce qui n'a l'air, à première vue, que d'une toquade de modeux se cache une industrie... lourde. Comme le signalait au début d'août dernier le très sérieux Wall Street Journal dans un édito consacré à ce phénomène, rien qu'aux Etats-Unis le marché du poil au sens large représentait en 2008 plus de 1,8 milliard de dollars de chiffre d'affaires. Quant aux ventes de rasoirs électriques spécialisés dans le traitement du corps - tels le Bodygroom de Philips, qui y va aussi de sa petite vidéo coquine (www.shaveeverywhere.com) ou le BodycruZer de Braun - leurs ventes seraient en croissance de plus de 50% chaque année.
Les femmes soumises depuis près d'un siècle à la tyrannie de la peau lisse tiendraient-elles enfin leur revanche ? A voir avec quelle sauvagerie la petite compagne de Scrat, l'écureuil hystérique de L'Age de glace 3 se plaît - telle une Dalila des temps modernes - à le dépouiller de sa toison, on pourrait presque le croire. Mais les commentaires laissés par les filles sur les sites de manscaping invitent plutôt à la prudence. A les lire, l'homme "totally nude", c'est (encore) très peu pour elles. A méditer, messieurs, avant de tailler vos buissons de trop près...

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Guillaume Crouzet, Lexpress Styles

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