Comment raisonner sa peur ?

24/11/15 à 11:10 - Mise à jour à 22/03/16 à 15:13

Source: De Morgen

"La peur n'évite pas le danger" dit-on. Pourtant, elle s'instille dans la vie quotidienne, face à ce que les autorités ont qualifié de menace sérieuse et imminente d'attentat. Alors, pourquoi a-t-on peur, et certaines personnes plus que d'autres ? Comment vaincre son angoisse et garder la raison face à ce type d'événements (ou de non-événements).

Comment raisonner sa peur ?

. © iStockphoto

"La peur est plus persuasive que la raison." C'est bien ça le problème, car dans la situation actuelle, même si l'on se raisonne, arrive toujours un moment où l'on remet une sortie, un voyage en transport en commun, un café en terrasse, de peur de prendre un risque qui nous serait fatal. Sans parler de ceux qui annulent un voyage ou commencent à se fournir en vêtements de protection type gilet pare-balles. Et ce, malgré l'appel au calme et à la raison des spécialistes.

Interrogé par De Morgen, Damiaan Denys, psychiatre et spécialiste de l'anxiété, au centre hospitalier universitaire d'Amsterdam explique que "le sentiment d'angoisse ne fonctionne pas selon des principes raisonnables (...) Ceci s'applique aussi à tous les gens qui souffrent de troubles anxieux. Ils savent que leur angoisse n'est pas raisonnable, mais cette conscience n'a aucun effet. La peur n'a rien à voir avec la réalité, mais avec l'image que l'on se fait de la réalité."

Il est tout à fait légitime d'être sujet à ce type d'angoisse surtout si l'on a été la victime de ce type d'attaque. Pourtant même dans ces cas-là, déterminer la rationalité ou l'irrationalité d'une peur est très compliqué comme l'explique Filip Raes, professeur de psychologie à l'Université catholique de Louvain. Pour lui, "la question essentielle qu'il faut se poser est : "Suis-je réellement ici en danger ?"." Il est donc important de suivre les recommandations de services publics, d'éviter certaines manifestations ou de fréquenter certains lieux, ces mesures n'étant pas prises à la légère. Pourtant, selon Raes, "éviter de faire certaines choses, entretient l'angoisse et la fait croître."

Et face à ce type de situation, cette "menace imminente d'attentats", certaines personnes se montrent très angoissées, tandis que d'autres continuent de vivre comme avant que cette situation ne soit verbalisée. Plusieurs facteurs entreraient en ligne de compte : l'hérédité, éducation, contexte social, par exemple.

Bram Vervliet psychologue et spécialiste de l'anxiété à l'Université catholique de Louvain estime entre 10 et 20 le pourcentage de gens qui s'angoissent plus vite que les autres. Ce dernier souligne que la peur est contagieuse, tout comme l'est le calme. D'où la nécessité d'avoir des informations justes communiquées par les médias. Un souci de justesse déjà mis en évidence en 2005, par le sociologue Mark Elchardus. En effet, ce dernier est parvenu à démontrer que le sentiment d'insécurité était davantage stimulé par le message véhiculé par les médias que par une réalité néfaste.

La solution serait donc de réussir à informer sans nourrir le sentiment de panique. Or, notre nouvelle manière de nous informer, immédiate et via de nombreux canaux a aussi tendance à propager la peur. D'où la nécessité de mettre en perspective les probabilités face au danger. Par exemple en rappelant que le risque d'être victime d'un attentat est statistiquement très faible, et qu'il est beaucoup plus élevé quand il s'agit de chuter dans l'escalier par exemple. Pour ce spécialiste de l'anxiété, l'esprit humain est focalisé sur l'aspect spectaculaire d'un événement, tandis que l'angoisse ne s'instille pas face à un danger qui point progressivement, comme cette marche qui risque de céder au bout des quelques années. Pourtant cela se produit plus fréquemment. Ramener ces événements à leur véritable échelle serait salvateur si l'on veut conserver la tête froide. Car rappelons-le, "la peur n'a rien à voir avec la réalité, mais avec l'image que l'on se fait de la réalité." d'où la nécessité de redonner son vrai visage à cette même réalité.

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