Brunes/ blondes: entre fantasmes et réalités

27/10/10 à 14:09 - Mise à jour à 14:09

Source: Weekend

A l'occasion d'une exposition à la Cinémathèque, analyse des particularismes capillaires qui questionnent les idéaux esthétiques et moraux d'une société.

Brunes/ blondes: entre fantasmes et réalités

© SDP

Quelle est l'orientation politique des blondes? Réponse: elles penchent à droite. Telle est la conclusion d'un sondage Ifop paru cet été dans la revue féminine Causette. Les raisons avancées? Elles auraient un rapport plus traditionnel à la séduction et à la relation homme-femme et seraient majoritaires parmi les plus de 65 ans. Selon des chercheurs en psychologie sociale de l'université de Nanterre, les blondes rendent les mâles stupides... car ces derniers chercheraient à se mettre au (supposé) niveau intellectuel de leurs interlocutrices. Ce qui en dit long sur l'impact des clichés liés à la couleur des cheveux sur les cerveaux masculins. Brune/Blonde, c'est surtout une exposition passionnante inaugurée ce mois-ci à la Cinémathèque française, à Paris. Ou comment le 7e art aura contribué à édifier ces mythologies capillaires à travers des histoires de désir et de rivalité, témoignant des idéaux esthétiques et moraux de son temps.

La teinte des cheveux serait donc lourde de sens et de sous-entendus. Car, au-delà du cadre de la simple couleur, la question qu'elle soulève est celle de la représentation de la féminité. "Chaque époque l'a recréée à sa propre image et lui a conféré des valeurs qui reflétaient ses préoccupations", explique Joanna Pitman dans son livre Les Blondes. Une drôle d'histoire, d'Aphrodite à Madonna (Autrement). Idéal de pureté au Moyen Age (la Vierge Marie aux cheveux d'or), signe de froideur en regard des brunes passionnées de l'époque romantique, idéologie raciale dans l'Allemagne nazie... Depuis Aphrodite, déesse de l'amour et première blonde universelle, les femmes aux chevelures claires auront endossé, de par leur rareté (à l'échelle de l'humanité, on estime qu'il y a moins de 1 blonde pour 1 000 femmes brunes ou châtains), les rôles les plus fantasmatiques et ambivalents. Mais c'est Hollywood qui leur offrira leur statut de stars mondiales dans les années 1930. Avec la bombe platine Jean Harlow, la blonde, jusque-là cantonnée aux personnages d'épouse fidèle - celui de la vamp étant incarné par les brunes Louise Brooks et Clara Bow - va devenir un idéal de beauté mondialisé, reproductible à l'infini grâce aux nouvelles colorations chimiques.

Le blond ou la "nostalgie d'une innocence, d'une fragilité"

D'après une étude (TNS Worldpanel), en 2007, la France comptait 4,9 millions de femmes aux cheveux clairs. Dont 70 % de fausses blondes... "Cette couleur de cheveux renvoie au blanc et donc à la notion de pureté, d'éclat, de transparence", analyse Sylvie Consoli, dermatologue et psychanalyste, auteure de La Tendresse (Odile Jacob). Et offre, tel un maquillage, une luminosité incomparable à la peau, à laquelle certaines sont devenues addict. "Quand je sors de chez le coiffeur avec mon blond presque polaire, je me sens extrêmement joyeuse. C'est propre, frais, ça me donne tout de suite bonne mine et de l'allure", explique Louise, 33 ans et un teint de porcelaine. "Le blond fait également référence à l'enfance et exprime la nostalgie d'une certaine innocence, d'une fragilité", poursuit Sylvie Consoli. Un pouvoir rajeunissant qui n'aura pas échappé à une société régressive: 68 % des blondes colorées ou méchées ont ainsi 40 ans et plus. D'où son sex-appeal incomparable... "La blonde, c'est le fantasme absolu de la femme vue par l'homme, le mythe de Marilyn Monroe, raconte le coloriste Rodolphe, qui a ouvert son salon Coloré par Rodolphe il y a dix ans. Mais, ces dernières années, elle a souffert d'une propagande antiblonde qui l'a associée à la bimbo aux faux seins. Aujourd'hui, les femmes ne veulent pas être réduites à une couleur. Je ne fais d'ailleurs plus que des blonds décolorés pour des rôles au cinéma." Dépassé, le temps du blond show-off et bronzé de Paris Hilton ou de Pamela Anderson - qui veut d'ailleurs se faire rétrécir la poitrine...? Certains se plairaient même à voir dans le succès des belles brunes, de Penélope Cruz à Eva Mendes, en passant par l'Indienne Freida Pinto, la fin d'un impérialisme du blond wasp imposé par l'Amérique. On n'en est pas encore là... et ce sont aujourd'hui les Chinoises qui goûtent aux joies des décolorations et des opérations de débridage des yeux.

Pourtant, bien des blondes n'hésitent plus à adopter des couleurs plus sombres, comme Eva Green, passée à un brun ténébreux. Une tendance dans les pays scandinaves que confirme le coloriste Christophe Robin, interviewé dans le cadre de l'exposition Brune/Blonde. "Là-bas, les femmes se trouvent tellement transparentes qu'elles se foncent les cheveux pour redonner un peu de relief au regard et à la peau." "Cela correspondait à un moment où tout changeait dans ma vie. Je me sentais trop fragile en blonde, le noir m'a soutenue, il m'a donné une vraie détermination et une crédibilité", témoigne Stéphanie, ex-salariée d'une célèbre agence de publicité. Aujourd'hui, surtout, on fuit les caricatures et les couleurs trop artificielles pour privilégier un naturel sophistiqué mais discret - avec une peau claire - très BCBG. "Les blondes veulent des couleurs plus graduées, qui évoquent les souvenirs du soleil, la douceur de l'enfance", poursuit Rodolphe. Tout comme les brunes recherchent les reflets châtains plus clairs. C'est un peu comme si les soeurs ennemies allaient se retrouver", poursuit Rodolphe. Au risque de s'uniformiser?

Charlotte Brunel, Lexpress.fr Styles

Jusqu'au 16 janvier 2011, 51, rue de Bercy, Paris (XIIe). www.cinematheque.fr. Autour de l'exposition: projection de 50 films cultes, de Lynch, Burton, Hitchcock, Tarantino, Demy, Chaplin, Varda, Almodovar..., de nombreuses conférences, un livre, Brune/Blonde. La chevelure dans l'art et le cinéma, coédité par Skira-Flammarion/Cinémathèque française.

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