Coup d'oeil sur la production de vin en Wallonie, encore qu'à ses débuts

26/08/14 à 15:03 - Mise à jour à 15:03

Source: Weekend

La Wallonie possède environ 80 hectares de vignes, contre le double en Flandre, selon les estimations de Philippe Grafé, viticulteur du Domaine du Chenoy à Emines (La Bruyère). Encore à ses premiers balbutiements, la viticulture wallonne est en pleine ébullition avec "des projets qui se chuchotent", constate Jean-François Baele, du Domaine du Ry d'Argent à Emines.

Coup d'oeil sur la production de vin en Wallonie, encore qu'à ses débuts

© Thinkstock

Si certains vignerons wallons optent pour des cépages dits "classiques", comme le Chardonnay ou le Pinot noir, d'autres choisissent des variétés "hybrides" ou "interspécifiques" davantage adaptées au climat. "J'ai choisi la voie de la nouveauté et du pari. Ces variétés sont capables de mieux donner du bon vin rouge en Belgique et offrent un style différent de ce que l'on fait avec les variétés classiques", précise Philippe Grafé, propriétaire du domaine du Chenoy.

Il n'existe donc pas un style de vin ou un choix de cépage spécifiquement wallon mais plutôt des "philosophies qui se complètent". Toutefois, le climat du Nord-Maritime confère "plus de fraîcheur et de vivacité" au vin qui est "léger, goûteux, avec un faible taux d'alcool mais plus équilibré", ajoute l'ancien administrateur délégué de la société Grafé Lecocq, éleveur-négociant en vin, durant quarante ans.

"Chaque domaine a son identité et est différent. Nous ne représentons pas tous ensemble, comme en France, 'les rosés de Provence' par exemple. Notre gamme est très grande et nous sommes tous un peu disparates. C'est en cela que le vin wallon est unique, un peu expérimental, contrairement à la France où tout est bloqué et fermé. Ici, on peut encore tout faire, on peut donc créer et innover. C'est génial!", analyse Jean-François Baele, qui vise une production de 140.000 litres d'ici 2019.

D'ailleurs, au domaine Bellefontaine à Bièvre, dans le sud de la province de Namur, où ont récemment été plantés 25.000 pieds sur 2 hectares, Didier Michaux produira du vin orange d'ici l'an prochain. "Ce n'est pas une folie mais un retour à d'anciennes traditions. Il s'agit d'un vin blanc coloré, produit sans enlever la peau du raisin blanc. Il a la saveur et l'acidité d'un vin blanc et la rondeur d'un vin rouge", précise le propriétaire de ce domaine situé à 425 mètres d'altitude, le plus haut de Belgique à l'heure actuelle.

Cette spécificité wallonne profite de la réputation du producteur belge dans d'autres secteurs, comme le chocolat ou la bière. "On nous connaît à l'étranger parce que nous sommes un peu des bêtes curieuses", constate Jean-François Baele, qui a déjà exporté en petites quantités son vin en Asie et qui espère le faire en Allemagne, au Luxembourg et au Canada.

Face aux domaines français vieux de plusieurs siècles, le vin wallon, relancé voici dix ans à peine, doit encore mûrir et devenir adulte, constate Philippe Grafé. "J'y crois! Après huit ans d'expérience, les vins que je déguste m'ont plutôt conforté dans la croyance que le vin wallon pouvait être de qualité. Je me permets de rêver un peu: j'aimerais qu'il y ait une prise de conscience dans la population en Wallonie, que l'on ait une fierté d'avoir des vins comme on a des bières et que nos ministres en fassent une priorité."

En plantant 25.000 pieds dès 2003 pour atteindre les 40.000 vignes sur 10 hectares en 2005, Philippe Grafé a été "l'élément-délencheur" en matière de production de vin en province de Namur, selon ses comparses. A la même époque, le Vignoble des Agaises, producteur de la Cuvée Ruffus, est créé à Haulchin, dans la commune d'Estinnes (Hainaut). En 2004, sous l'impulsion de ces deux domaines, le ministre wallon de l'Agriculture crée l'appellation "Côtes de Sambre et Meuse" ainsi que la classification "Vins de pays des jardins en Wallonie".

Du 11 au 13ème siècle, la vallée de la Meuse, de Namur à Liège, était une région viticole. A la suite d'une période d'instabilité politique et climatique, la vigne a disparu de la région et n'a pas été replantée, explique Philippe Grafé.

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