't Licht der Dokken

27/07/12 à 11:58 - Mise à jour à 11:58

Source: Weekend

Tout l'été, Le Vif Weekend fait une pause dans les cafés de nos provinces. Cette semaine : une vue sur le port d'Anvers, et ses marins qui dansent et qui boivent, à la santé des dames.

't Licht der Dokken

© Griet Hendrickx

Après avoir dépassé Het Steen et le Museum Aan de Stroom, le long des quais de la ville, nous faisons halte au 't Licht der Dokken. À l'intérieur, plusieurs hommes sont accoudés au bar. C'est la pause de midi. Les travailleurs du port savourent une bière fraîche servie par Maryse De Grave, tenancière du café avec Rik Banckaert depuis huit ans. Assis à la fenêtre, Franske fréquente l'endroit depuis soixante-cinq ans. "Je suis venu pour la première fois avec mon père quand j'avais 10 ans, confie-t-il. Les portes s'ouvraient à 7 heures du matin et le café grouillait alors de bateliers qui appelaient le bureau. En ce temps-là, ils n'avaient pas de téléphone à bord. 't Lichtje était un vrai point de chute pour les ouvriers. Dockers, mariniers, matelots... tous ceux qui foulaient ce sol travaillaient au port."

Une photo accrochée au mur témoigne de la grande grève des dockers de 1901. 't Lichtje a toujours été un café populaire. Quand elle a le temps, Maryse tartine des toasts pour les clients, avec de la salade de concombre, de crabe ou de saumon. Elle remplit toujours abondamment les raviers apéritifs... Pour l'anniversaire de Franske, une semaine plus tôt, on avait même servi des harengs. Devant le café, un navire-école en impose. "De nombreux emplois dans le secteur naval se transmettaient de père en fils. On naissait marinier, affirme Franske. Mais aujourd'hui, on manque de matelots. C'est une bonne chose que ce bateau soit amarré ici."
Au bout du comptoir, un client commande "une glace". "Ce monsieur s'appelle Frans aussi, dit Maryse. Mais il a dix ans de moins. On les appelle parfois Frans I et Frans II." Sa "glace" est en réalité une Hoegaarden dont le verre a été refroidi dans le congélateur.

"C'est du jargon de café, précise la patronne. Quand, tout à l'heure, Leo'ke me demandera un "plat du jour", je lui servirai... un cherry avec des glaçons." Frans II est un ami de Rik. "Je l'ai suivi quand il a quitté son café sur le Vogelmarkt. Et c'est à la sandwicherie de Maryse que j'allais chercher mon casse-croûte." Trois fois par semaine, il arrive de Hoboken en bus. C'est son épouse, Monique, qui vient le chercher. Il a travaillé toute sa vie comme greffier d'honneur au tribunal de commerce. "Peu de cafés peuvent se targuer d'accueillir une clientèle aussi diversifiée, poursuit Maryse. Ici, on côtoie aussi bien des dockers que des avocats, des fonctionnaires, directeurs ou trentenaires qui célèbrent une naissance. Et le vendredi, on danse. On ne ferme pas avant 4 heures du matin. Tiens, voilà les gars du voyage scolaire !"

Deux hommes originaires de Moerzeke, en Flandre-Orientale, poussent la porte. Chaque semaine, ils font le trajet jusqu'ici. "En transports en commun... comme ça on peut boire une bière en plus, sourit l'un d'eux. Nous sommes tous les deux pensionnés et apprécions beaucoup ce drôle d'estaminet. La Stella y est meilleure." "Je mourrai ici vous savez, dit Franske. J'aime beaucoup cette ambiance familiale. Je n'ai pas de famille, mais je connais le facteur, le boulanger, l'agent de quartier..." Entre-temps, les nez ont rougi, l'atmosphère est chaleureuse, on parle de la pluie et du beau temps, Monique est arrivée pour ramener Frans II. Et quand nous prenons congé de l'assemblée, Leo'ke nous remet un stylo-bille à l'effigie du port : "En souvenir de cette belle journée."

Elke Lahousse

2, Verbindingsdok Westkaai, à 2000 Anvers.

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