Faut-il se servir des blogueurs mode comme de bons petits soldats?

11/03/11 à 10:11 - Mise à jour à 10:11

Source: Weekend

"Il sont tous venus, ils sont tous là. Plutôt timides. Pas tapageurs." ou encore "L'ensemble de l'équipe, 14 personnes, s'est mobilisée. Curieuse. Plusieurs fois, nous nous sommes demandés comment il seraient habillés. Ils sont très sobres. C'est paradoxal, mais la mode, ce n'est pas toujours l'extravagance."

Faut-il se servir des blogueurs mode comme de bons petits soldats?

Non, ces quelques phrases ne sont pas tirées d'un article du "Science&Vie" décrivant la première confrontation de l'Homme avec une espèce bizarroïde débarquant d'une galaxie lointaine. Les personnes décrites comme telles sont simplement les blogueurs mode belges, dans un article tout juste paru dans Paris Match. Ce dernier se veut d'être le compte-rendu d'un évènement organisé la semaine passée à l'attention des blogueurs dans un magasin bruxellois de renom.

Hélas, le cliché du blogueur mode appréhendé comme un Zoulou n'est pas le seul. L'accroche de l'article donne déjà le ton: "Inexistants (-ndlr- les blogs belges) l'année dernière, ils ont fleuri en été et depuis, ont tendance à envahir la toile. Et hop, comment balayer en une phrase tout ce qui a été amorcé (depuis des années!) par des filles comme Zabou, Emiiiiiii, Fashionpaillette, Marie Modasse, Kim, la Fée Relookée, et les autres Belges!

S'en suit une retranscription des phrases-clés et de l'ambiance de la soirée: "Les produits (-ndlr- les vêtements) sont à vous. Prenez-les, n'ayez pas peur! Pour un coeur de blogueur, le choc est rude. Jamais on ne leur avait fait ce coup-là. Prudentes, les jeunes femmes surtout, s'égaient, furètent, se perdent dans les cabines, chacune de leur côté, pour revenir rayonnantes dans leur tenue de rêves."

"Rien que de les regarder plongées dans mes vêtements, les toucher, les prendre, je crois qu'on aura déjà répondu à une partie de leur passion (...)". "Contentes (-ndlr- les blogueuses) d'avoir l'opportunité d'approcher des griffes peu accessibles ailleurs et de pouvoir tout regarder à leur aise."

Probablement fait de façon involontaire, ces phrases mises les unes à côté des autres donnent une approche très condescendante à l'égard des blogueurs. La passion pour la mode ne lobotomise pas. Au contraire, elle les éveille et la maîtrise d'un sujet rend ces derniers d'autant plus intéressants. Suffit-il d'une soirée comme celle-là pour offrir du rêve à des femmes généralement actives, gagnant un salaire correct, capables de faire le choix de se payer une paire d'Isabel Marant sans pour autant crever la dalle pendant 3 mois, capables d'acheter un sac Miu Miu sans devoir se la jouer à la Zahia, ... capables tout simplement de vivre leur passion autrement que par procuration, devant les collections d'une boutique haut de gamme.

L'initiative de cette soirée était bonne, sans aucun doute, mais attention à ne pas, par la suite, trop facilement considérer le blogueur comme un bon petit soldat, porte drapeau des marques, aveuglement "patriote".

Sophie Ismail

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