Icônes électriques: Woody Guthrie

16/06/11 à 09:11 - Mise à jour à 09:11

Source: Weekend

Tous les quinze jours, Jérôme Mardaga nous parle d'un des musiciens qui a marqué sa carrière.

Tuerons-nous aussi le Folklore ?

Tout est prêt : guitare, carnet, valise en carton. Je pars quelques temps, je prends la route, coup de tête. Je chanterai en échange d'un repas, je jouerai pour le prix d'un lit propre et d'un café au petit matin. Si je suis sans le sous, je trouverai une ferme où travailler quelques temps, voire un restaurant pour la plonge, où une station-service pour la mécanique, que sais-je encore ? Mais je ne peux rester ici plus longtemps car il ne reste rien à chanter. Rester ici, c'est se répéter à en mourir. Cap à l'Est. Là où l'Europe commence. Raconter mes histoires de plages abandonnées au vent là où les gens n'ont jamais vu la moindre vague. Raconter mes histoires d'Occident qui s'oxyde. Attraper le bon wagon et passer la frontière. Trop d'angles, trop de structures par ici. L'abondance arrogante de nos magasins me donne un mauvais vertige. Comme envie d'exploser la vitrine d'un concessionnaire de voitures. Pas assez d'arbres, pas assez d'horizon, pas assez de ciel. J'irai en Bulgarie écouter le mystère des chants de la récolte. J'irai en ex-Yougoslavie, en Roumanie. J'aurai faim, j'aurai des ennuis, je ferai des cauchemars mais je serai presque libre. Je me ferai rouler, il y aura sans doute de la chicane, quelques misères, mais je serai presque heureux. Et les soirs de pluie où je n'aurai pas trouvé d'abri, je jouerai de la guitare pour moi seul. Je penserai à Woody, l'humaniste, l' héros, le pionnier. Je penserai à Alan Lomax. Je veux retourner au début de l'Europe, au folklore ancestral que notre Ouest oublie et empoussière.

Jérôme Mardaga

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