Kuntzel + Deygas, duo de caractère

11/10/12 à 09:34 - Mise à jour à 09:34

Source: Weekend

Alors que les plus grandes marques de parfums rivalisent par égéries interposées, Guerlain s'offre une héroïne de dessin animé. Une incarnation sans visage de la Parisienne, fantasmée par le duo d'artistes Kuntzel + Deygas. Cinq bonnes raisons de craquer pour leurs traits affûtés. Rencontre.

Kuntzel + Deygas, duo  de caractère

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Ils aiment les histoires sans début ni fin. Leur imaginaire n'est pas de ceux qui se cantonnent à la structure classique du récit. Dans l'ancienne miroiterie qui leur sert de studio, au coeur de Paris, Olivier Kuntzel et Florence Deygas adorent faire rebondir leurs personnages d'un support à l'autre, user d'une écriture morcelée - passant du spot à l'image fixe - pour permettre à chacun de se construire bout à bout sa propre histoire. Celle, en l'occurrence, de La Petite Robe Noire, incarnation muette et sans visage du nouveau parfum de Guerlain. " Un peu à la manière des films en noir et blanc de Chaplin, qui, sans qu'un mot ne soit prononcé, parlent au plus grand nombre, explique Florence Deygas. Nous ne sommes pas des créateurs de mode. Nous avons donc pu imaginer des modèles de robes complètement improbables à partir de quelques traits de pinceaux. Ce qui nous intéressait, c'était le mouvement, les volumes qui prennent le vent et laissent la robe se déployer. "

Autour de ce personnage un peu éthéré qu'elle semble habiter. " En anglais, personnage se dit caractère, comme en imprimerie, ajoute Olivier Kuntzel. Et nous aimons faire ce parallèle. Comme un A est toujours un A quelle que soit la police choisie, la robe noire reste une robe noire. Elle se contente de changer de style." Ses aventures malicieuses ont commencé à Paris mais elles risquent bien de se poursuivre aux quatre coins du monde.

Ils adorent métamorphoser les objets. Lorsqu'ils dessinent les lampes MiCha, ces spots édités à la demande adoptent les courbes déliées d'un corps de félin. Véritable totem acoustique, l'enceinte haute-fidélité Miniskull assume son facies de tête de mort avec ses deux baffles vissés au creux des orbites d'un crâne de 200 kilos.

Ils ont su emballer Spielberg. Souvenez-vous : 2 minutes 33 de pur plaisir avec des trouvailles graphiques à chaque plan. Le générique de Catch Me if You Can (2002), minutieux résumé de toute l'intrigue, est un petit bijou d'animation que l'on ne se lasse pas de regarder. " On nous avait pourtant prédit le pire, rappelle Olivier Kuntzel. En réalité, travailler avec Spielberg a sans doute été le projet le plus simple à finaliser de notre carrière. Comme pour un casting d'acteurs, il nous a choisis et à partir de là il nous a fait confiance. "


Le duo a depuis signé d'autres perles pour le cinéma, comme le générique façon pop-up du Petit Nicolas (2010) et même le clip de L'Amoureuse de Carla Bruni !


Ils voient la vie en duo. Les deux créateurs, en couple à la ville, se cachent volontiers derrière des avatars à leur image. Outre le tandem de chiens philosophes Caperino & Peperone (lire ci-dessous), ils s'amusent aussi à se représenter sous les traits de La Belle et sa Bête où chaque créature illustre au mieux le style pictural de son dessinateur. L'ours un peu bourru - et par extension le goût pour les tatouages et la calligraphie -, c'est lui. Les filles tout en jambes - et par extension la propension à voir le monde en arabesques - c'est elle. Des autoportraits que l'on a pu retrouver sur la très exclusive montre Reverso de Jaeger-LeCoultre comme sur un duo de bougies éphémères Diptyque.

Ils ont du chien. En résidence intermittente chez Colette, à Paris, depuis 2001, Caperino & Peperone, deux toutous existentialistes italiens, n'ont décidément peur de rien. Et certainement pas du célèbre crocodile Lacoste qu'ils n'ont pas hésité à courser, le temps d'une édition limitée, sur 14 polos collector, en 2007. " Ils sont nés un peu par hasard pendant nos rares moments de vacances, concède Florence Deygas. Nous nous ennuyions et nous avions imaginé ces deux personnages qui, à l'inverse de nous, n'arrêtaient pas de discuter, de philosopher sur le monde. Nous aimions bien le contraste entre la légèreté apparente de ces deux chiens et la profondeur des sujets qu'ils abordaient. Au fil du temps, ils se sont tus, ce qui les a rendus universels. "


I.W.

>>> Retrouvez cette interview dans Le Vif Weekend de jeudi 18 octobre 2012.


Mais aussi ...

The Sssound of Mmmusic de Bertrand Burgalat, chez Tricatel

MAKING OF de La Petite Robe Noire de Guerlain

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