L'ivresse des sommets

10/05/12 à 14:03 - Mise à jour à 14:03

De l'extérieur, il a tout d'un OMNI - objet montagnard non identifié -, avec ses fenêtres hublots et ses panneaux d'aluminium rivetés sur sa structure en dodécaèdre. Une fois franchi le sas d'accès minuscule, conçu pour accueillir les skis et les sacs à dos, le décor fait presque penser à celui de la fusée de Tintin dans l'album visionnaire d'Hergé On a marché sur la lune.

Visionnaire, Charlotte Perriand l'était à coup sûr, lorsqu'elle imagine, avec son ami et collègue Pierre Jeanneret, un refuge nomade qu'elle projette d'installer dans les Alpes, en 1938. Issue d'une famille savoyarde, l'architecte française, comparse de Le Corbusier, a toujours été une mordue de glisse. Une passion qui l'amènera à consacrer plus de vingt ans de sa vie à le construction et l'aménagement de complexes à forte capacité d'hébergement dans les stations des Arcs 1600 et 1800.

Le questionnement qui sera le sien alors - comment optimiser l'occupation d'un espace réduit sans pour autant le déshumaniser ? - est déjà bien présent dans les esquisses et la maquette du Refuge Tonneau, resté longtemps à l'état d'utopie jusqu'à ce que Cassina - l'éditeur des meubles de Charlotte Perriand - ne décide de lui donner vie. Dévoilé lors du dernier Salon du meuble de Milan, en avril dernier, ce chef-d'oeuvre portatif sera accessible au public dès le 24 mai prochain à Bruxelles.

Habillé de bois de sapin, cet oasis spartiate est conçu pour huit : alors que deux lits double sont prévus dans la soupente, les quatre lits du rez-de-chaussée, rabattables grâce à des courroies de cuir inspirées des wagons-lits de l'époque, peuvent aussi servir de bancs durant la journée. Chaque élément - de l'évier en acier pour fondre la neige au poêle à bois servant aussi de cuisinière - témoigne de l'ingéniosité et du sens pratique de Charlotte Perriand. Un idéal de cabane qui fera rêver de bivouac sous les étoiles tous les mordus d'architecture.

I.W.

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