A.F. Vandevorst: guerilla love

08/09/10 à 09:02 - Mise à jour à 09:02

Source: Weekend

Que lui murmure-t-elle, nul ne le saura. Elle a posé sa main si belle, An, sur le cou de Filip, un projecteur jetait un peu de soleil sur ses cheveux blonds, on aurait dit un Vermeer, l'instant était doux, il ne s'enfuira plus, surpris, sauvé, numérisé.

A.F. Vandevorst: guerilla love

© RONALD STOOPS

Que lui murmure-t-elle, nul ne le saura. Elle a posé sa main si belle, An, sur le cou de Filip, un projecteur jetait un peu de soleil sur ses cheveux blonds, on aurait dit un Vermeer, l'instant était doux, il ne s'enfuira plus, surpris, sauvé, numérisé. Leurs visages dans l'ombre et la lumière, leur image, leur signature, aux prénoms intimement mêlés, A.F. Vandevorst comme une suite logique à leur coup de foudre, le premier jour de la première année à l'Académie royale des beaux-arts d'Anvers en 1987. Était-ce écrit dans les étoiles ? Avec eux, tout est affaire de rencontres. Voilà pourquoi c'est Ronald Stoops, photographe, dj de leurs défilés et ami, pas sûr que l'énumération soit pour eux dans le bon ordre, c'est lui donc qui les portraiture. C'est lui encore qui saisit chaque instant de cette carte blanche, dans son studio, sur la plage, à Anvers, sur la côte belge. Voilà pourquoi sa femme Inge Grognard, make-up artist et amie, pas sûr que l'énumération etc, est aussi toujours de la partie. An et Filip les connaissent depuis vingt cinq ans "et plus" -il y a "cette explosion de créativité" quand ils travaillent à quatre, "c'est très instinctif, cela vient du coeur". Toujours de l'organique originel, de la spontanéité inventive, jamais de "glamoureux", beaucoup d'étrangeté.

Est-elle poupée de cire ou de carton ? Est-elle de dos ou de face ? Troublant faux-semblant. L'anonymat leur est cher, jamais on ne verra son visage, mais son corps de danseuse, oui, si "pur" et "fort" à la fois. Et puis cette tête de bête à cornes qui vous regarde dans le blanc des yeux, référence nomade. "Ne pas seulement montrer des vêtements, raconter une histoire", disent-ils. Plus tard, quand le soleil ne sera plus au zénith, quand il aura entamé sa chute vers l'ouest, ils quitteront le studio comme d'habitude et décideront d'aller tous sur la plage, terminer au couchant cette carte blanche faite avec leurs tripes, c'est leur façon de travailler. Depuis toujours. Depuis 1998, officiellement. Depuis vingt-quatre collections déjà. Les yeux dans les yeux et dans le même temps posés sur le monde, sans contorsions, An Vandevorst et Filip Arickx écrivent leur histoire. À la craie, parfois, sur une étoffe transformée en robe chemisier ou sur papier kraft avec rivets, comme cet automne-hiver 10-11, concentré intense de leur dialogue créatif. Car entre-temps, ils ont créé une ligne de chaussures, baptisée Fetish, fêté leur 10 ans, en 2008, puis accéléré le rythme, avec une collection titrée Blackboard - c'est la troisième déjà, qui précède celle du défilé, mais en lien avec elle et dans un esprit "collection de travail", essai sur un tableau noir. Ils ont encore signé une ligne A friend, pour les amis et plus, car affinités, en jersey, en maille, "dans des matières faciles", 30 modèles à prix doux, intemporels et désirables. Ils ont collaboré avec Marie Jo L'Aventure, pensé une lingerie rivetée dans un tissu peau de pêche qui fera les beaux jours de cet automne. Et puis ils ont ouvert un guerilla store, successivement à Anvers, à Knokke et bientôt, en octobre prochain, à Gand ou à Bruxelles, squattant des boutiques vides qui n'attendaient que cela, un second souffle porté par leur univers qu'ils aimeraient partager. On y trouve leurs vêtements, et bien plus encore - de tout, des livres et des chocolats, c'est leur façon de se dévoiler un peu, raconter en pointillé "pourquoi" ils font "ce métier-là", oser un récit qui s'aventurerait sur d'autres terrains.

Ils sont loin d'en avoir écrit le dernier chapitre, loin d'être taris. D'ailleurs, ils ont "toujours trop d'idées", mais ils savent désormais qu'ils ne peuvent pas "tout dire" en une seule collection. Et que chaque saison est le début d'"une autre histoire", faite de fragile perfection et d'extrêmes qui se touchent.

Anne-Françoise Moyson

Découvrez la carte blanche d'A.F Vandevorst pour notre numéro spécial Mode C'est Belge

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