Annemie Verbeke: Femme fatale, rien de littéral

02/09/10 à 14:34 - Mise à jour à 14:34

Source: Weekend

Elle ne le fait "pas exprès", mais quand il s'agit de trouver une femme qui inspirerait sa collection à venir, Annemie Verbeke tombe toujours sur des spécimens rares.

Annemie Verbeke: Femme fatale, rien de littéral

Elle ne le fait "pas exprès", mais quand il s'agit de trouver une femme qui inspirerait sa collection à venir, Annemie Verbeke tombe toujours sur des spécimens rares. Prenez l'automne-hiver 10-11, titré Femme Fatale or The power of Appearance, hommage jamais littéral à Valentina Sanina, née à Kiev en 1899 et morte à New York en 1989. "Un tempérament de feu" qui habitait le même building que Greta Garbo, partagea le même homme, et dit-on, le même lit, parfois. Cela ne serait rien, ou en tout cas pas grand-chose, si Valentina n'avait ouvert sa maison de couture en 1928, la première aux États-Unis, habillé toutes les beautiful people du moment, de Gloria Swanson à Katharine Hepburn, et pratiqué le biais et l'intransigeance : elle présentait elle-même ses modèles, à la presse, à ses clientes, "jusqu'à l'ennui et l'agacement" et rabrouait celles qu'elle trouvait trop grosses, même riches. En vraie architecte du vêtement, elle coupait des robes admirables que l'histoire oubliera, pourquoi ? Annemie Verbeke, créatrice basée à Bruxelles, a trouvé par hasard le livre de sa vie, elle a saisi l'ouvrage, se laissant porter par la silhouette incroyable de cette femme baroque qui lui parlait à travers le temps et l'espace.

"Je tombe toujours sur des femmes qui ont des vies extrêmement particulières, elles ne sont pas banales et pas spécialement dans la mode..." Après Nancy Cunard, Françoise Sagan ou Nina Simone, elle s'est donc nourrie de Valentina Sanina, "de sa volonté, sa puissance dans l'apparence, sa façon de réunir deux contrastes - une certaine théâtralité et un minimalisme antifashion, j'ai vogué entre les deux". Même si l'automne-hiver 10-11 d'Annemie Verbeke ne se résume pas à une seule silhouette, en voici une, flamboyante, en guise d'emblème. Un effet de manches, "à glisser par-dessus", un esprit couture, du volume, un chemisier irisé doré "extrêmement light", avec asymétrie à l'encolure, et une jupe dans un tissu imitation plume, avec une couche dessous, fendue milieu devant, faussement simple. "J'essaie d'être au plus vrai de ma vérité", murmure-t-elle sans artifices. À l'instar des autres créateurs belges qui tous racontent leur histoire (de mode) avec intégrité, ici et ailleurs, à Paris, notamment, où ils défilent la tête haute.

Anne-Françoise Moyson

En savoir plus sur:

Nos partenaires