Christophe Coppens, par lui-même

07/05/12 à 10:37 - Mise à jour à 10:37

Source: Weekend

Parce que, pour expliquer une situation aussi triste que la fermeture d'un grand nom de la mode, il n'y a rien de mieux que de lui laisser la parole. Voici la lettre que Christophe Coppens a envoyé à ses contacts à l'annonce de son dépôt de bilan.

Christophe Coppens, par lui-même

© CC

"Chers,
A la veille de l'ouverture de ma boutique à Paris et malgré une nouvelle augmentation de capital en juin dernier, je choisis d'arrêter toutes mes activités de créateur et de déposer le bilan de ma société.
Parce que cela suffit.
Parce que le prix est trop élevé et que la fin ne justifie pas les moyens.
C'est trop et en même temps trop peu.

C'est difficile depuis 21 ans. Cela l'a toujours été mais c'était de l'ordre du possible. Aujourd'hui, cela ne l'est plus, c'est devenu inhumain. Je suis désormais quelqu'un que je ne suis pas.
Rien ne va comme on s'y attend, plus rien n'est acquis.
Chaque maillon de la chaîne se débat dans cette crise économique : les banques ne jouent plus leur rôle de banques, les fabricants tentent de survivre, ne peuvent plus prendre de risque et demandent dès lors d'être payés à 100 % avant livraison.
Ces factures-là, combinées aux remboursements et autres paiements forment une équation difficile à résoudre.
De même, payer des salaires en Belgique. Dans ces circonstances, produire de la qualité en petites quantités est un défi impossible à relever.
Quant à mon produit... Mes idées sont autrement différentes que ce que le marché demande.
Les acheteurs des magasins sont forcés de choisir la sécurité, plutôt des lignes d'accessoires griffées par des créateurs ou des maisons de mode. Avec timing de livraison respecté et vente assurée.
Les boutiques préfèrent des accessoires moins coûteux, des gimmicks ou tout ce qui ressemble à la hype du moment. Je ne propose rien de tout cela dans mes collections. Désolé pour mes fidèles clients.
C'est un cercle infernal que je ne parviendrai pas à briser.

Depuis quelques années, il s'agit seulement de se retenir, d'enlever, de diminuer, d'être prudent.
Mon dilemme entre mode et art est aujourd'hui à son paroxysme. Je suis totalement perdu, tiraillé sans cesse entre ce qui est et devrait être.
Il reste si peu, je fonctionne avec un dixième de mes capacités, et cela ne va pas.
Ma décision est lourde de conséquences, à tous les niveaux et d'abord envers ceux qui ont toujours cru en moi - mes collaborateurs fidèles, mes fournisseurs, mes clients, mes partenaires financiers.
La déconstruction est totale.
Merci pour ces 21 ans de soutien.

CC"

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