Paris Fashion Week, le troisième jour: chez Carven, Ann Demeulemeester, Rick Owens et Christian Wijnants

26/09/14 à 10:46 - Mise à jour à 10:46

Source: Weekend

Au troisième jour des défilés parisiens, les créateurs célèbrent le printemps avec brio. L'inspiration y est pour beaucoup chez Carven, Ann Demeulemeester, Rick Owens ou encore Christian Wijnants.

Paris Fashion Week, le troisième jour: chez Carven, Ann Demeulemeester, Rick Owens et Christian Wijnants

Qu'est-ce que l'inspiration sinon un mouvement intérieur, une impulsion, un souffle créateur ? Et si elle est nourrie par des oeuvres qui ont marqué le genre humain, on peut être certain que cette inspiration avec racines profondes transcendera le résultat. Ceci vaut pour tout. Et également pour la mode. Car il ne s'agit pas seulement de construire un vestiaire - robe, pantalon, chemisier, veste et toutes les déclinaisons possibles - mais de l'ancrer dans une histoire personnelle et forte, à partager. Seuls les créateurs les plus curieux/exigeants/talentueux y parviennent. La preuve par ce troisième jour de Fashion week parisienne.

Guillaume Henry pour Carven s'est emparé de quelques japonismes délicats - fleurs, nus érotiques, soleil levant, alphabet calligraphié - qu'il distille sur des silhouettes nettes et court vêtues. Il n'oublie pas que le sportswear a ceci de dynamique qu'il donne envie de pratiquer, le vélo par exemple, surtout si on porte un cycliste. Et il sait combien les filles Carven aiment l'air du temps, avec ces réminiscences fin sixties, ces babies plates, ces cols démesurés, ces zip qui s'affichent et ces contrastes juvéniles de peaux sur la peau. Il a réussi le pari de redonner vie à une maison française qui avait certes de beaux restes mais dont la gloire se conjuguait au passé. Ce travail, entamé en 2009, lui a donné des ailes. Guillaume Henry est prêt pour l'étape suivante qui se profile à l'horizon. Sûr qu'il fera de grandes et belles choses chez Nina Ricci.

Pour Sébastien Meunier, chez Ann Demeulemeester, c'est le " sacre du printemps la célébration de la vie". Il s'emballe joliment en backstage: " Ce sont des amazones déguisées en petit monsieur qui plantent leur champs et redonnent la vie, c'est très simple en fait. " Du coup, il joue avec la transparence, les superpositions, le perfecto en organza, les gilets bi-matières, le noir et le blanc, un peu de rose poudré et de bleu layette - en référence à la collection Homme et au travail de Robert Rauschenberg. On y trouve aussi, distillées joliment à la main, des broderies, des rosaces à la symbolique païenne, " un peu de japonisme, un peu de toutes les cultures ", dans un esprit Art & Craft. La légèreté va bien à Ann Demeulemeester, " on a envie d'embrasser le soleil ".

" Faune ", voilà le titre de la collection de Rick Owens, qui défila dans ce magnifique Palais de Chaillot baigné de lumière. Faune, comme L'après-midi d'un faune de Debussy, basé sur une nouvelle de Mallarmé, dansé par les ballets russes et Nijinski dans un décor de Léon Bakst, " une orgie de modernisme ", prévient le créateur californien. Qui s'est interrogé plus loin : " Qu'aurait fait Marcel Breuer avec du tulle coloré ? Quelle maison aurait-il construite, ce maître de l'architecture brutaliste? J'aime penser que cela aurait pu s'approcher de ces lignes. " Ses nymphes portent toutes les nuances de la terre, comme renouvelée, dans un bel équilibre entre " hard newness " et " classical grace ". C'est à la fois architectural, léger, solide et fragile. Et le prélude du concerto pour piano de Wojciech Kilar remixé par Jeff Dudd décuple ce sentiment d'un premier printemps.

Christian Wijnants, très en forme, a bâti son printemps-été 2015 sur l'exotisme des toiles de Peter Doig, sur la rencontre improbable entre la mer et la forêt, sur le clash des cultures que François Truffaut filma si bien avec L'Enfant sauvage. Traduites en vêtements, ces inspirations se retrouvent dans des oppositions, la légèreté de la soie parachute, l'étrangeté du latex, la virtuosité du crochet et du macramé. On connaît sa passion pour la maille et le fil, il invente sa matière littéralement, il est l'un des seuls, si pas l'unique, à faire preuve d'autant de maestria et de constance.

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