Saint Laurent sans Yves mais avec Hedi

02/10/12 à 09:59 - Mise à jour à 09:59

Ce devait être le match du siècle, ou du moins de l'année, en mode, l'éternité n'a guère de sens. On attendait Raf Simons chez Dior et Hedi Slimane chez Saint Laurent pour leur collection de prêt-à-porter numéro 1.

On a vu le premier vendredi dernier, au tour du deuxième au Grand Palais, porte A, rue du général Eisenhower, ce lundi soir à 20 heures précises, à l'aube de ce mois d'octobre 2012, c'est l'automne, déjà, les compétitions sont finalement d'une grande inanité. Arrivée en solitaire d'Alber Elbaz, plus loin, Diane von Furstenberg est déjà installée et les autres aussi, Vivienne Westwood et son chéri, Jean Paul Gaultier, Jessica Chastain, Pierre Berger etc.

Là où Raf Simons avait choisi comme décor un cube blanc, Hedi Slimane préfère le rectangle noir, avec ouverture automatisée du plafond qui laisse la place à des baffles surdimensionnés, sa culture rock n'y est pas étrangère, la preuve par cette bande son de Junior Kimbrough, "edited by Daft Punk" qui fait trembler le sol et donne le beat, en live, cela aurait été si fort.

Une première apparition : capeline en feutre noir, lavallière au cou, tailleur noir ajusté et velléité de jabot. Une deuxième silhouette martèle déjà le sol du runway de ses escarpins effilés, c'est Hanne Gaby, mannequin belge décidément très demandée, en veste à sequins dorés, skinny noir couture et toujours ce chapeau qu'aucune des mannequins ne quittera.

Il est question d'une rencontre entre l'est et l'ouest, de bohémiennes et de cowgirls pour un été 2013 post-Stefano Pilati, déjà oublié, voire honni, la planète mode a cette faculté-là, inouïe, d'avoir la mémoire si courte, la sacralisation et le déboulonnement faciles.

On retiendra les colliers passementerie que n'aurait pas reniés Loulou de La Falaise, la saharienne réinterprétée, les blouses en mousseline à manches bouffantes, les burnous à capuche, les collets à volants, une jupe longue frangée dorée. On zappera le cuir clouté, les capes Harry Potter et la veste mini-queue de pie.

On gardera aussi cette invitation, un carnet noir, embossé doré, aux armes de la maison revues et corrigées, devenues simplement "Saint Laurent", enterré le Yves, dedans, 48 feuillets imprimés léopard, lesquels nous avaient fait craindre l'overdose de félinité littérale, mais on y a échappé, mis à part un manteau de voile jeté sur les épaules qui faisait moins Bon Jovi que Betty Catroux.

On conservera aussi précieusement ce carton blanc, presque fragile, posé sur chaque place, annonçant la collection , la dédiant "A Pierre" (mais lequel ?) et où tout reste à écrire.

A.F.M.

photos: Reuters

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