J'ai trois censeurs

20/02/08 à 14:00 - Mise à jour à 13:59

Source: Weekend

Je me suis toujours demandé comment je pouvais avoir des goûts aussi tranchés sur la mode en général, et éprouver autant de mal à choisir mes fringues en particulier ...

J'ai trois censeurs

Je me suis toujours demandé comment je pouvais avoir des goûts aussi tranchés sur la mode en général, et éprouver autant de mal à choisir mes fringues en particulier. Quand je croise quelqu'un dans la rue, quand je rencontre une amie, quand je vois un look sur un podium, c'est très simple : je sais immédiatement si j'aime ou pas. Quand j'essaie un vêtement sur moi, c'est tout de suite beaucoup plus compliqué. Ma vue se brouille, mon jugement s'égare, je n'ai plus aucun recul.

Avec le temps, pour les petites pièces, j'ai appris à gérer : j'hésite deux heures en cabine, je recueille l'avis de toutes les personnes présentes dans un rayon de dix mètres, puis je fais mon choix, et je l'assume. Une fois dehors, on n'en parle plus (exemple : l'achat hier soir d'une superbe blouse violette à jabot Et Vous, zéro regret).

C'est pour les pièces un peu chères que ça se corse. Dans ces cas-là, j'ai un historique d'erreurs si effarant que j'ai depuis longtemps conclu un pacte avec moi-même : je ne fais plus aucun achat important sans avoir obtenu l'aval d'au moins deux de mes trois censeurs. Oui, des censeurs. Des personnes dont l'avis compte autant que le mien. J'en ai trois, rien que ça. Le premier, c'est mon mec. Je sais que ça peut paraitre réac' mais c'est pour lui que je m'habille. Sauf que comme il vit dans les Fifties (son gourou c'est Cary Grant), son avis ne suffit pas. Si je l'écoutais, je serais toujours habillée comme Audrey Hepburn. Ca a son charme mais ça n'est pas moi. Pour rester moi-même, il me faut donc également l'avis de deux amies qui connaissent mon style mieux que moi (vu que je passe mon temps à leur raconter comment j'aimerais m'habiller en rêve) : Garance que vous connaissez déjà tous, et Charlotte, dont je vous parle parfois (c'est elle qui avait trouvé que j'avais l'air d'une handicapée dans le manteau Isabel Marant de cet hiver. Merci Charlotte.). C'est bien simple, je passe mon temps à les appeler : "allô Chacha, t'es où là ? Ca te dirait de passer deux secondes à Palais Royal pour me dire si les Cutler & Gross me font pas trop une tête de fashion victim ? Merci, je savais que je pouvais compter sur toi !"

Parfois, ça vire au grand n'importe quoi. La semaine dernière, par exemple, je confie à Garance mon envie de Reebok Freestyle. "Tu trouves pas que ça fait trop Working Girl ? Je me les prendrais bien en rose". Elle me répond que non, qu'elle aime bien, qu'en fuchsia ça m'irait bien. Trois jours plus tard, je fais l'acquisition d'une paire de Reebok Freestyle limited edition de toute beauté. Noires, avec des touches de fuchsia, ayé, j'ai trouvé mes hi-tops ! Enfin c'est ce que je crois. Parce que quand je les montre à Mark en rentrant, la bouche en coeur, il se contente de me balancer d'un air sombre "on avait dit plus de rose" (j'ai un faible pour les baskets roses). Plus tard dans la soirée, quand je raconte le truc à Charlotte, elle me confirme en pouffant qu'elle ne me voit pas du tout avec des Freestyle aux pieds. Résultat, mes super baskets Tokyo attendent d'être adoptées sur Ebay (pour les acheter, cliquez ici!)

N'allez pourtant pas croire que je vis enchainée à leur avis. Dans le cas récent des Weston, par exemple, je me suis inconsciemment bien gardée d'en parler à Charlotte tant je sentais qu'elle désapprouverait. Ca n'a pas loupé, elle les déteste, mais je m'en fiche complètement vu que j'ai l'enthousiasme de mes deux autres censeurs pour moi.

Vous trouvez ce manque d'indépendance stylistique un brin pathétique ? Ca l'est, je vous l'accorde, mais je n'ai rien trouvé de mieux pour limiter les fashion faux-pas. Surtout, pour tout vous avouer, j'aime cette idée que mon style ne se construit pas seul mais à plusieurs, presque sous une forme collégiale. Ca me rassure, m'amuse, me fait rire. Décidément, comme ce blog le laisse deviner, je suis incapable de vivre seule mon rapport à la mode...

G.D.

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