Les gens de la mode mangent-ils aussi ?

07/07/16 à 16:14 - Mise à jour à 16:13

Source: Weekend

Les gens de la sphère fashion prétendent s'empiffrer alors qu'ils ne se gavent que de champagne : idée reçue ou fait avéré ? Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les rapports entre la mode et la nourriture, sans jamais oser le demander...

Les gens de la mode mangent-ils aussi ?

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Avez-vous déjà eu l'occasion de bavarder avec des personnes gravitant dans le milieu de la mode ? Le cas échéant, vous aurez remarqué que leurs conversations sont souvent extravagantes, et peuvent atteindre des sommets d'absurdité lorsque le sujet tourne autour de l'alimentation. " J'ai rêvé que je mangeais", "Ne me regarde pas, j'ai eu de longues conversations avec des pommes de terre, cet été" ou "T'es toute belle ! C'est quoi, ton régime ? - La dépression. - Ah, super !" (sic) sont des phrases courantes, qui illustrent le rapport dysfonctionnel entre ces deux univers. Ce n'est pas pour rien si la question que les "civils " posent le plus souvent aux journalistes spécialisés, après "Quelles sont les tendances de la saison ?", est "Est-ce que les mannequins s'alimentent ?" Interrogation inutile. Car, hormis quelques spécimens qui fuient les brownies comme la peste pour s'écrier à la vue d'une pomme : "Oh, my God, an apple ! Yummy !", les mannequins ont en général une alimentation équilibrée (n'oublions pas que la plupart d'entre elles sortent à peine de la puberté).

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Il faudrait plutôt se demander si toutes les personnes aux alentours (stylistes, rédacteurs, attachés de presse, agents, coiffeurs, créateurs...), qui fétichisent ces femmes frêles jusqu'à la transparence et qui essaient de s'en rapprocher malgré une génétique beaucoup moins privilégiée et trente ans de plus au compteur métabolique, vivent d'autre chose que d'amour et de Coca-Cola Zero. Evidemment, oui. Mais les gens de la mode sont essentiellement illogiques (le chic Bob l'Eponge de Moschino et les mélanges turquoise-moutarde-coquelicot de Miu Miu ne seraient pas possibles autrement), et leur manière de se restaurer n'est qu'un reflet de cela. Si pour eux, la vie consiste à voler avec Ryanair mais à séjourner au Park Hyatt et à porter un body H&M sous une robe vintage Fortuny, ils ne vont pas se comporter autrement avec la bouffe.

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"Il y a deux choses que je n'ai jamais comprises dans le milieu : les filles qui refusent d'ingurgiter autre chose que des salades sans sauce mais qui prennent du champagne par perfusion, et les buffets entièrement vegan accompagnés de café, Coca et d'un approvisionnement infini de cigarettes ", avoue, en pleine séance de granola making, Angèle Ferreux-Maeght. La Parisienne sait de quoi elle parle : sa Guinguette d'Angèle, service de traiteur "bio, détox et sans gluten" (Père, Fils et Saint-Esprit de la food), est devenue le "it catering" de marques comme Louis Vuitton, Saint Laurent, Dior, Christian Louboutin ou Calvin Klein. Car Angèle est la pionnière de la ville en matière de repas sans gluten, sans lactose, raw et paléo... Et, darling, les gens de la mode " adoooorent" la nouveauté. "En les observant, j'ai souvent l'impression qu'ils traitent leur assiette de la même façon que les tendances ; ils goûtent à tout ce qui est inédit pour l'oublier dès que quelque chose de plus novateur arrive sur le marché, observe-t-elle. Pourtant, cela ne veut pas dire qu'ils n'aiment pas se régaler, c'est plutôt le contraire : ils prennent vraiment du plaisir et s'amusent avec la gastronomie comme avec les vêtements."

Mais ils ne le font jamais sans un frisson de crainte, car, s'il y a quelque chose que ces personnes aiment plus qu'un cookie (à la farine d'amande et sucré au sirop d'agave, please), c'est le gossip. Dans un milieu où on s'habille pour les autres et on se sustente pour les autres, les remarques sur ce que consomme autrui ne se font jamais attendre. Les "Tu te lâches, hein ?" en réponse à une fille qui ose un deuxième caramel au beurre salé et les "Tu crois qu'elle est enceinte ou juste ex-alcoolique ?" à propos d'une autre qui refuse une coupe de champagne lors d'une soirée sont la raison pour laquelle, même au fameux restaurant parisien Septime, pain et desserts retournent en cuisine intacts. Cela explique également que le tout-Paris s'arrache les vegan spring rolls d'Angèle. Dans un monde où la nourriture est le nouveau Graal de la culture, ce que l'on mange (ou pas) est aussi révélateur de statut que le dernier sac Céline ou un blouson griffé Vêtements.

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Tout cela entraîne des obsessions et des frustrations, bien sûr. Mais aussi des sublimations : si l'on dégustait vraiment ce dont on a envie, la collection McDonald's de Moschino aurait-elle existé ? Ou les imprimés aubergine de Dolce & Gabbana ? Aurait-on créé des noms de couleurs tels que rose bonbon ou jaune sorbet ? Karl Lagerfeld (l'incarnation ultime de la diète fruits-légumes-Coca-Cola Light) aurait-il imaginé des scénographies de supermarché ou de brasserie pour les défilés Chanel ? "C'est un peu comme si le fait de parler, voir ou sentir la nourriture équivalait à l'ingérer", réfléchit Angèle. Pas faux. Après tout, comme disait Carrie Bradshaw, dans Sex And the City, parfois un numéro de Vogue est plus nourrissant qu'un dîner...

PAR MARTA REPRESA

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