Paris Fashion Week, Jour 1: les Belges

04/03/15 à 10:32 - Mise à jour à 05/03/15 à 10:38

Paris est à l'heure de la mode, en Anglais, on dira Fashion Week. C'est donc parti pour 9 jours de défilés intensifs, version automne-hiver 2015-2016. Et ça commence avec trois Belges, ou assimilés, en beauté. Par Anne-Françoise Moyson.

La jeune Léa Peckre, formée à la Cambre mode(s), reçoit à l'Institut du Monde Arabe, dans le musée, entre stèles, icônes et tablette d'écriture cunéiforme - sur la façade, en rouge et bilingue, " nous sommes tous Charlie ". Elle ne tremble plus comme la saison dernière, elle se sait sur la bonne voie, à la fin du show, elle rira même, en précisant qu'elle se professionnalise, il est évident qu'elle est passée à la vitesse supérieure. Sa collection marie les contraires, toujours fortement inspirée de l'architecture, confrontant " une métropole et un paysage montagneux ". Un point de départ : le costume d'homme. En un exercice passionné, elle construit, déconstruit, épure. Ses lignes surlignées de franges structurent une silhouette accessoirisée de colliers que l'on pourrait croire tribaux et signés Maëlle de la Forge. C'est émouvant, les débuts pro d'une créatrice exigeante.

Alice Knackfuss défile pour la première fois, en vrai, en grand, dans les salons de l'Ambassade belge, boulevard Saint Germain, c'est chic. Ses mannequins foulent le parquet ciré sur lequel trois Pac-man jaune ouvrent grand la gueule pour tenter de choper une clope. Sa collection, elle l'a baptisée Cube, il y est question des années 90, d'ironie, de constatation sur la société de consommation et de ses interdits, de tailoring travaillé, de Piet Mondrian et de streetwear. Car la jeune créatrice allemande, mais bruxelloise d'adoption, ne renie rien de ses réflexions, de ses envies et de ses goûts prononcés qu'elle étaie depuis 2012. Avec elle, il n'est pas interdit de se mettre aux travaux d'aiguille puisqu'elle propose des tops sur lequel, en reliant les chiffres, on peut broder la silhouette d'un dinosaure DIY. Pourquoi faire lourd quand on peut faire léger ? Alice a tout compris du second degré avec clin d'oeil parfaitement cousu.

Anthony Vaccarello, créateur formé à La Cambre mode(s), passé par Fendi et désormais installé dans la Ville lumière invite à la maison de la Radio, avenue du Président Kennedy, Paris 16ème. Dans la galerie Scène entièrement vitrée, qui donne sur le ciel au soir couchant, la lune y veille déjà, un frémissement : Donatella Versace, plus blonde et plus léonine que jamais, avance sous les flashes des photographes, direction le backstage où elle va dire un petit mot à Anthony qu'en janvier, elle a adoubé directeur artistique de sa seconde ligne Versus - on a vu pire comme soutien affirmé. Le show peut commencer sur une bande son signée Michel Gaubert avec des filles à qui on ne la fait pas, elles déboulent, énergiques, prêtes à décliner parfaitement une garde-robe qui magnifie le noir. Anthony avait prévenu, en riant : " ce ne sera pas fleuri ". On ne se refait pas. Il n'aime guère la couleur, il tente donc le brun et trois silhouettes où claquent quelques étoiles rouges made in USA. Pour le reste, il persiste et signe, et c'est tant mieux, avec des robes asymétriques qui se jouent des lignes du corps et des limites contrastées que propose la chair dévoilée. Il donne du relief à son noir, avec des oeillets, des rivets, des franges de métal qui cliquètent joliment ou ferment sagement un col de chemisier, une veste impeccable. Il s'aventure dans les superpositions heureuses : sur une mini-jupe, un pan plissé bouge avec le corps, belle trouvaille. Tout est sous contrôle, maîtrisé, Anthony Vaccarello et sa dream team savent exactement où ils veulent aller : là où les filles un peu sauvages ont décidé d'exister, à leur guise. Forcément, ça en jette.

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Par Anne-Françoise Moyson

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