Paris Fashion Week, Jour 4: Dior, Maison Margiela, Loewe et Issey Miyake

07/03/15 à 16:13 - Mise à jour à 16:13

Les lieux sont souvent là pour surligner, voire magnifier le propos. Et c'est valable pour la mode, également. Chez Loewe, Issey Miyake, Dior, Maison Margiela. Par Anne-Françoise Moyson

Ce quatrième jour de la Paris Fashion Week a débuté sous les auspices de l'éducation, de la science et de la culture puisque c'est au siège de l'UNESCO, dans le 7ème arrondissement, que Loewe reçoit avec panache. Sous l'un des 72 pilotis de béton de ce bâtiment mythique pensé par un collectif d'architectes balaises (Breuer, Nervi et Zehrfuss), à côté du jardin japonais de Noguchi, des couvertures estampillées attendent les invités, c'est que le soleil est encore frais ce matin et que le défilé aura lieu en partie dehors - rien de tel que de découvrir des vêtements dans la pleine lumière du jour, avec le frémissement du vent à la surface, rien de tel donc, surtout quand il s'agit de cuir le plus fin du monde. Car en la matière, la maison espagnole, dont les débuts datent de 1846, est la reine. Et depuis une saison, Jonathan Anderson, le roi. Le jeune Irlandais conduit ce paquebot de luxe avec une maîtrise, une intelligence, une modernité qui ravissent.

Chez Issey Miyake, le lieu est peut-être quelconque - une tente dressée dans le Jardin des Tuileries, mais la manière de l'habiter ne laisse jamais indifférent. Cela tient au passé de la maison, à son directeur artistique, Yoshiyuki Miyamae, au plissé sans cesse réinventé, à la vision japonaise d'une mode mondialisée. Cela tient aussi à la performance pour 8 guitares électriques offerte par Ei Wada accompagné au chant par Chiyako, sa voix surnaturelle, son casque de cheveux de jais, les frissons qu'ils parviennent à filer à deux à une salle pourtant blasée. Cela tient enfin au final du défilé, qui voit des mannequins soudain joyeuses s'immobiliser dans le rond blanc des spots, défaire les liens qui nouent une ceinture large qui se mue alors en jupe corolle origami et s'amuser à tourner sur elles-mêmes comme des derviches un brin coquettes.

Avec Dior, on joue dans la cour des grands, la Cour Carrée du Musée du Louvre, occupée pour l'heure par un grand cube siglé, avec baies vitrées, sol rose et banquettes blanches sous plafond noir. Les clientes en total look sont là, le reste du monde de la mode aussi, qui s'apprêtent à découvrir un pan méconnu de Raf Simons, le directeur artistique de la maison, celui de la " sensualité ". Il veut s'aventurer loin de la femme fleur chère à monsieur Dior, " vers quelque chose de plus libéré, de plus sombre, de plus sexué ". D'où les imprimés panthère stylisés, les bottes en vinyle plus que cuissardes et les fourrures de renard canadien. " Je voulais un sentiment de surcharge émotionnelle dans la collection ", revendique le créateur belge qui n'a plus rien à voir avec celui qu'il était quand il oeuvrait chez Jil Sander. Le passé est le passé, et le présent, le futur, soit une automne-hiver où la femme devra convoquer son " animalité sexuée ", si elle veut être diorissime.

Quand Maison Margiela avait choisi en janvier dernier de présenter sa couture " Artisanale " à Londres plutôt qu'à Paris, ville de la Haute Couture, cela avait jeté un léger froid. Mais l'on avait expliqué que l'Angleterre comptait pour John Galliano, nouveau directeur artistique de cette griffe qui fut belge et avant-gardiste, pourquoi pas. Aujourd'hui, le défilé prêt-à-porter a lieu au Grand Palais, dans la Galerie du Sud-Est, drôle d'endroit pour Margiela, et pour Galliano. Que la collection montrée sur un catwalk argenté laisse perplexe est un euphémisme de bienséance. Faire du déchiré ne suffit pas à repenser un vêtement margielien. Ni se glisser entre la doublure et la veste. Ni afficher l'étiquette blanche, mythique. Ni taillader un trench, même parfaitement ajusté. Et que penser de ces quelques mannequins intercalées entre les autres, qui font semblant d'être perdues dans leur univers, comme larguées mais sans que l'on y croie un seul instant - la folie n'est pas donnée à tout le monde... Et ce flottement teinté de malaise, quand à la fin, personne ne quitte les coulisses pour venir saluer, que les photographes déchaînés réclament leur dû, répétant " John, John " à plein poumons, il leur fallait une image, n'est-ce pas. Les invités d'habitude si prompts à filer au show suivant hésitent à lever une fesse, si d'aventure le créateur passait tout de même une tête hors du backstage et qu'on ratait ça ? Il faudra attendre que le propriétaire de la maison Renzo Rosso donne lui-même le signal de départ pour saisir que John Galliano est devenu l'homme invisible.

Anne-Françoise Moyson

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