Paris Fashion Week : l'art de la constance

29/09/17 à 09:29 - Mise à jour à 10:27

On pourrait croire que la mode étant ce qui se démode, chaque saison prend la tangente et pose des choix radicalement différents. Il n'en est rien pour certains créateurs qui font preuve d'une belle constance. La preuve par Ann Demeulemeester, Balmain et Rick Owens.

Depuis le temps, Sébastien Meunier connaît la petite musique intime d'Ann Demeulemeester. Cela fait 7 ans maintenant qu'il est dans la maison. Et presque 4 qu'il en est le directeur artistique. Alors forcément, il sait comment jouer avec le noir et blanc, les plumes et les liens, la poésie et le mystère, le fantôme de Patti Smith. Ce qui l'emmène tout naturellement à imprimer un peu partout son slogan comme un mantra - " Forever kids " tandis qu'en life Warhaus aka Maarten Devoldere dégaine son We Fucked a Flame into Being. On appelle ça la cohérence sereine.

Il l'a fait sien, le style " Jolie Madame " cher à Pierre Balmain (1914-1982). Mais à sa façon, surdosée en sexytude, flamboyance et émerveillement pour tout ce qui brille, qui paillette, qui se brode, se dénude, se dévoile. Olivier Rousteing, entré dans la maison en 2009 pour en prendre les rênes en avril 2011 persiste et signe. Il s'offre même l'opéra Garnier pour lequel en mai dernier, il avait déjà signé les costumes du ballet Renaissance. L'occasion de confier ses rêves d'enfant, ébloui par les ors du lieu, il y a de quoi. L'occasion aussi de se retourner sur son chemin, ses trébuchements, ses erreurs, ses regrets. L'occasion enfin de dire merci à sa famille, ses amis, son équipe et à ces mannequins qu'il adore et qui visiblement le lui rendent bien. Comme tout cela a du chien.

Rick Owens ne se départit pas de sa recherche formelle ni de son travail audacieux sur les corps, les volumes, les carapaces, les enveloppes protectrices. En guise d'invitation pour son défilé, un foulard de soie roulotté et cousu main sur lequel il a fait imprimer une oeuvre de Thayaht, le portrait de Filippo Tommaso Marinetti, 1935. " Cette tête italienne futuriste représente une aspiration esthétique brutaliste que je poursuis obstinément depuis que j'ai mis pour la première fois mon nom sur un label ", prévient le créateur têtu. Cela fait 23 ans qu'il signe un vestiaire unique en chantre de la nom couleur, du questionnement, du bousculement des conventions. Sa collection printemps-été 2018, il l'a appelée " Dirt ". Saleté, en français. Dans le grand vacarme de la mode, entendra-t-on ce qui ressemble à un cri alarmé ?

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