Tout savoir sur la maison Hermès

22/11/10 à 10:33 - Mise à jour à 10:33

Source: Weekend

A l'occasion de l'ouverture du premier magasin Rive gauche de la griffe, et à l'heure où celle-ci suscite toutes les convoitises, revue de détail de ce qui forge l'identité exclusive du sellier.

Tout savoir sur la maison Hermès

© Reuters

A comme Art nouveau

Le nouveau magasin de 1 400 mètres carrés, inauguré le 19 novembre, prend ses quartiers dans un lieu insolite du Paris Rive gauche: l'ancienne piscine dite "Lutetia", construite en 1935 par Lucien Béguet dans le style Art nouveau et inscrite aux Monuments historiques. D'importants travaux de rénovation ont été nécessaires pour faire naître un magasin dans cette piscine, espace monumental aux murs courbes et ondulants, baigné de lumière grâce à trois verrières. Trois cabanes-sculptures en frêne se hissent dans la partie inférieure du magasin, qui se déploie sur deux niveaux et présente tous les métiers du sellier (prêt-à-porter homme et femme, cuir, bijouterie, horlogerie), avec notamment une large place faite à l'univers de la maison. L'espace compte aussi un fleuriste, une librairie et un salon de thé. Au sol, sur toute la surface de l'ancien bassin, une mosaïque d'un camaïeu de gris et de verts, avec inclusions d'or et d'argent, suggère l'effet scintillant de l'eau. Ne reste plus qu'à plonger... 17, rue de Sèvres, Paris (VIe).

B comme Bolofo (Koto)

Prestigieux photographe de mode signant pour Vogue, Vanity Fair ou... L'Express Styles, Koto Bolofo eut l'occasion de collaborer au Monde d'Hermès, la revue du sellier, en 2004. Il décrit sa rencontre avec le patron d'Hermès, Jean-Louis Dumas: "Il m'a demandé d'où je venais. J'ai répondu: "D'Afrique du Sud". "De quelle région?" a-t-il insisté. Quand j'ai dit: "Lesotho", il était bouleversé, et m'a expliqué que, alors que son arrière-arrière-arrière-grand-père était missionnaire dans le Lesotho, il y avait subi une attaque de Zoulous et qu'il ne dut son salut qu'à l'intervention protectrice des Sothos -ma tribu. De ce jour, il m'appela son "cousin" et me donna carte blanche chez Hermès pour y photographier à ma guise." Dont acte quelques années plus tard avec un coffret exceptionnel de 11 livres, intitulé La Maison (éd. Steidl, 115 euros), parcours amoureux cheminant dans tous les ateliers Hermès, des selleries aux sacs Kelly.


C comme carré

C'est en 1937 que la maison Hermès s'est lancée dans l'impression de carrés en soie. Le tout premier, intitulé "Jeu des omnibus et dames blanches", illustre la ligne parisienne de voitures publiques Madeleine-Bastille. Au départ, la tradition équestre inspire l'essentiel des motifs. En 1957 est créé le carré culte "Brides de gala", le plus vendu à ce jour. La maison travaille avec une cinquantaine d'artistes (dont un peintre polonais de 70 ans ou une Aborigène) et sollicite des créateurs contemporains (Daniel Buren récemment). Une fois le dessin original réalisé à la plume et à l'encre de Chine, c'est dans les ateliers lyonnais que s'élabore le mélange des couleurs, parmi plus de 75 000 nuances. Si le carré en twill de soie classique mesure 90 centimètres, des déclinaisons sont apparues: le pointu triangulaire, le perforé au laser ("Trou de mémoire") ou le carré fluide en jersey de soie. Depuis 1937, quelque 1 500 modèles ont vu le jour. Une épopée retracée dans un livre, Le Carré Hermès (de Nadine Coleno, éd. du Regard, 84 A).

D comme direction artistique
2010 restera comme l'année des grands bouleversements. En mai dernier disparaissait Jean-Louis Dumas, "bon génie" d'Hermès qui, à sa tête pendant vingt-huit ans, en a fait la plus prestigieuse des marques de luxe au monde, avec 300 magasins. Les prédateurs n'ont pas traîné: moins de six mois après son décès, on apprenait fin octobre que LVMH prenait 17% du capital d'Hermès, brèche ouverte dans l'unité de la société familiale depuis plus de cent soixante-dix ans. Certes, les héritiers contrôlent toujours 70% du capital. Parmi eux, Pierre-Alexis Dumas, membre de la sixième génération de la famille fondatrice et fils de Jean-Louis Dumas. Directeur artistique général, il est le garant de l'âme de la maison, et pilote la cavalerie de stylistes prestigieux: Véronique Nichanian, à la tête du prêt-à-porter masculin, Jean Paul Gaultier pour la femme (en attendant l'arrivée, pour la saison automne-hiver 2011, de Christophe Lemaire), Bali Barret, directrice de la soie féminine, Pierre Hardy, qui dessine les chaussures et les bijoux, ou encore Yves Taralon, le directeur artistique des arts de la table.

E comme équestre
"Notre premier client, c'est le cheval; le deuxième, le cavalier", déclarait Jean-Louis Dumas, pince-sans-rire aux formules affûtées. La marque puise en effet ses racines dans une manufacture de harnais et de selles installée dans le quartier des grands boulevards, à Paris, depuis 1837. En 1880, la sellerie s'implante au 24, rue du Faubourg-Saint-Honoré. Y sont toujours vendus tant l'équipement du cavalier (culotte, bombe, cravache...) que celui du cheval (selle, étriers, sangles...). Il sort entre 400 et 500 selles par an de l'atelier du Faubourg- Saint-Honoré. Dernier modèle en date: la selle Talaris. Hermès revisite sans cesse cet héritage: concours de sauts d'obstacles (le Saut Hermès sous la nef du Grand Palais en avril dernier) ou cavalerie présente lors du défilé d'octobre.


F comme fragrances et fondation

Jean-Claude Ellena, "nez" attitré d'Hermès depuis six ans, y a carte blanche pour créer les parfums maison. Il est l'auteur de jus merveilleux comme Un jardin en Méditerranée, Terre d'Hermès ou ses exclusives Hermessences. Sa dernière création, Voyage, un jus mixte aux notes de bois de cèdre et d'angélique, frais et musqué, revisite l'esprit nomade de la maison, en une belle échappée sensorielle. Le tout livré dans un flacon inspiré de la forme d'un étrier. "F", c'est aussi la fondation d'entreprise Hermès, lancée en 2008 pour porter les engagements citoyens et humanistes de la maison, autour de quatre axes liés à la culture et à la solidarité: soutien à la création, à l'éducation, défense de l'environnement et valorisation des savoir-faire artisanaux.

G comme geste des artisans
Paradis du cousu main et des commandes spéciales (il existe un service de "commandes particulières" pour homme), Hermès a concocté dans ses ateliers des pièces aussi extraordinairement insolites qu'une brouette gainée de cuir pour la duchesse de Windsor ou une selle noire sans coutures pour Bartabas. Chère et élitiste, la griffe cavalière cultive l'exclusivité: il faut vingt heures pour fabriquer un sac Kelly, vendu plus de 5 000 euros, et aussi une sacrée patience: s'offrant le luxe du temps, Hermès fait souvent languir ses clients sur liste d'attente. Une stratégie gagnante, où la croissance est corrélée à la capacité de production des ateliers. Clef de voûte de son identité et de son succès, l'artisanat est ici vénéré: 3 540 artisans (maroquiniers, gantiers, cristalliers, orfèvres...) travaillent dans 33 manufactures. Témoignant de sa foi dans le travail bien fait, la griffe a racheté les Cristalleries Saint-Louis, l'orfèvre Puiforcat et le bottier John Lobb.

H comme petit h
Directrice artistique, Pascale Mussard a imaginé "petit h", "atelier de re-création" ou de génial recyclage, à partir des chutes de matières premières non utilisées. Nobles chutes, naturellement, que ces crocos somptueux ou que ce cristal de Saint-Louis cachant une minuscule bulle d'air... Grâce au regard décalé d'artistes et aux mains expertes des artisans Hermès, Pascale Mussard donne à ces matériaux une seconde vie, pleine d'audace, composant un cabinet de curiosités en résonance avec les valeurs Hermès: "L'envie de ne pas gaspiller et d'inscrire les objets dans un temps infini, égrène l'initiatrice. Petit h n'est pas "botox", il assume le charme de l'accident et le goût du détournement, avec le respect absolu de la matière." Parmi la centaine de références, qui seront dévoilées lors de ventes éphémères et nomades, des portemanteaux avec becs de théière, une balançoire, un Birkin dada en cuir et feutre ou une carte postale en cuir à partir de 50 euros. Les objets "h" seront présentés au magasin du 24, Faubourg-Saint-Honoré du 18 novembre au 5 décembre.

Katell Pouliquen

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