Cash Test: Héberger des réfugiés

11/11/17 à 21:29 - Mise à jour à 13/11/17 à 10:12
Du Le Vif Weekend du 10/11/17

Cette semaine Florence Mendez décide d'héberger pour une nuit des réfugiés. Accueillir des inconnus chez soi peut faire peur, mais c'est bien plus gratifiant qu'effrayant. C'est une expérience dont on ressort juste ce qu'il faut d'un peu plus humain.

Cash Test: Héberger des réfugiés

" Il nous raconte son histoire, elle parle de guerre et finit mal. " © FLORENCE MENDEZ

L'humour a cet avantage : bien souvent, il rend supportables les récits les plus tristes. Ce ne sera pas le cas ici. Parce que lorsqu'on se rend au parc Maximilien, à Bruxelles, l'on perd toute envie de rire.

En cette pluvieuse journée d'octobre, il y a, assis à même le sol, des hommes, des femmes et des enfants. Je les regarde de loin et, instantanément, j'ai honte. Honte de mon pays, où des êtres que je pensais humains abandonnent d'autres êtres humains, à qui l'on demande de s'estimer chanceux de n'avoir que faim et froid. J'ai envie de fuir... Pour ne plus voir, et oublier que jusqu'ici, je n'ai rien fait.

Cash Test: Héberger des réfugiés

© FLORENCE MENDEZ

Ah si, dans un statut Facebook, j'ai dénoncé la politique de Francken et de sa clique en matière d'immigration. Je crois qu'il y avait même un jeu de mots rigolo. Monsieur le Réfugié, vous l'avez lu ? J'ai eu plein de likes et de partages. J'suis sûre que ça vous a permis de mieux dormir sur votre... carton ? Ah oui, parce qu'ils passent la nuit sur des cartons. Des cartons ! Fini de détourner le regard.

J'arrive au parc avec une amie, dans l'espoir de pouvoir donner un coup de main. Tous les bénévoles ne sont pas encore là, nous sommes donc un peu perdues. Jusqu'à ce qu'un jeune homme, arrivé tout droit d'Irak, nous accoste et, comble du comble, nous demande s'il peut nous aider.

Nous lui expliquons pourquoi nous sommes là, nous faisons connaissance. Il nous raconte son histoire, elle parle de guerre et finit mal. La cavale ou la mort. Déjà, on a envie de chialer. Mais le contact passe bien et mon amie lui propose de l'héberger, lui et deux de ses amis, pour une nuit. Une de moins à se les geler, une de moins à craindre les lumières bleues et les sirènes de la police.

La soirée se passe à merveille, nous papotons dans un anglais rudimentaire. Rien qui empêche la communication. Nous apprenons qu'en Irak, l'un était ingénieur, l'autre avocat, le dernier chauffeur de taxi. Nous jouons aux cartes... On rit aussi, même si on ne croyait plus cela possible.

Cash Test: Héberger des réfugiés

© FLORENCE MENDEZ

Nos invités se proposent de cuisiner et nous font découvrir une recette de chez eux. Nous nous amusons de leur maniaquerie, de leur insistance à vouloir tout ranger et nettoyer tout de suite, comme s'ils avaient peur de déranger. Puis ils s'en vont se coucher, je reste également sur place, je dors étrangement mieux cette nuit-là.

Le lendemain, nous les reconduisons au parc, nous échangeons nos coordonnées, histoire de pouvoir nous retrouver et les loger à nouveau. Eux ou d'autres. Accueillir des inconnus chez soi peut faire peur, mais c'est bien plus gratifiant qu'effrayant. C'est une expérience dont on ressort juste ce qu'il faut d'un peu plus humain.

Alors, rendez-vous sur le groupe Facebook " Hébergement Plateforme Citoyenne " ou directement au parc Maximilien. Vous serez renseignés par les bénévoles, dont l'immense travail est évidemment à saluer.

Par FLORENCE MENDEZ

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