Aurélie Wehrlin
Aurélie Wehrlin
Journaliste levifweekend.be
Opinion

08/03/17 à 16:03 - Mise à jour à 16:47

Dix moments qui ont fait mal aux droits des femmes au cours de l'année

Que s'est-il passé de "beau" pour les droits des femmes depuis le 8 mars 2016... Parce que, impression avérée ou pas, nombreuses -et nombreux - sont celles à considérer qu'un grand bond en arrière a été fait en quelques mois. Comme en témoigne ce retour - non exhaustif malheureusement - sur les pires moments et événements pour la lutte féministe ces douze derniers mois.

Dix moments qui ont fait mal aux droits des femmes au cours de l'année

© Reuters

Trump, "l'agrippeur de chattes", élu 45e président des Etats Unis

Novembre 2016, Donald Trump est élu à la Maison Blanche. Que l'on adhère ou non aux idées politiques de l'homme, personne - si ce n'est sa fille bien-aimée - , ne remet vraiment en question sa vision sexiste de la femme. Accusé d'agression et de harcèlement sexuel en pleine campagne, une vidéo ne laissant plus place au doute sur la conception de la femme et le respect qui doit lui être témoigné, ressurgit sur la toile.

Pourtant, et malgré la fronde des féministes, Trump remporte l'élection.

La déception de voir arriver un rétrograde aux plus hautes fonctions de l'état, se double de l'échec d'y voir y accéder pour la première fois une femme, en la personne d'Hillary Clinton -, soutenue entre autres par la "pantsuit nation", nation tailleur pantalon -, et avec elle une avancée pour la cause féministe sur la scène internationale.

Tout un symbole

Le 23 janvier, soit quelques jours après sa prise de fonction, Donald Trump, 45e president des Etats-Unis prend l'une de ses premières mesures, et ce en signant un décret interdisant le financement d'ONG internationales qui soutiennent l'avortement. Un geste symbolique immortalisé par une image qui ne l'est pas moins, et parfaitement résumée par ce tweet du journaliste du quotidien britannique The Guardian, Martin Bellam :

L'égalité salariale, c'est bien joli mais

En janvier dernier, l'ancien rédacteur en chef de l'Express et éditorialiste Christophe Barbier "explique" sur le plateau de l'émission de société "C dans l'air", pourquoi établir l'égalité salariale entre les hommes et les femmes est tout bonnement impossible, sous peine de faillite des entreprises. L'objectif de Barbier : démonter l'argumentation du candidat Mélenchon, dont l'égalité salariale est l'un des points du programme. Extrait "C'est vrai au moment où nous parlons puisque les femmes qui sont à la retraite et qui seront payées, elles ont des petites retraites car elles ont des petits salaires. Mais le jour où les femmes bien payées arrivent à la retraite, ça explose en vol." (...) "Et au passage, si d'un seul coup on dit "les femmes sont payées comme les hommes", tout le monde va applaudir mais les entreprises vont avoir beaucoup de mal à encaisser ce surcoût de main-d'oeuvre." Ne vous déplaise donc Mesdames (et Messieurs) : selon Barbier, la concrétisation de l'égalité salariale reléguée au rang d'utopie bien "jolie", en quelques mots. Mais pour un salaire égal, il faudra repasser.

Pour rappel, en Belgique, selon une étude Eurostat, le salaire horaire féminin est 9,8 % moins élevé que celui des hommes, même si notre pays fait figure de bon élève par rapport à la moyenne européenne qui monte à 16%.

Polanski, Président des César, vraiment ?

Roman Polanski

Roman Polanski © REUTERS/Mateusz Skwarczek

Le 18 janvier 2017, Roman Polanski est désigné par l'Académie des César pour présider la 42e Cérémonie des César qui doit avoir lieu le 24 février. Une décision qui fait frémir et fait polémique. Pour rappel, Roman Polanski, réalisateur franco-polonais de 83 ans, est considéré comme fugitif par Interpol et ne peut se déplacer qu'en France, en Suisse et en Pologne, car ces pays ont refusé de l'extrader vers les États-Unis. Le motif : il est poursuivi pour viol sur mineur aux Etats-Unis depuis 1977 et a toujours refusé de se soumettre à la justice.

Nombreux cinéphiles sont logiquement atterrés par cette décision. De nombreuses associations montent au créneau face à ce choix. Les pétitions tournent. Des personnalités publiques défendent aussi Polanski : Gilles Lellouch Isabelle Girdano, Aurélie Filipetti, François Berléand, ou encore Maïtena Biraben. Finalement, quelques jours plus tard, le 24 janvier, le réalisateur renonce à occuper cette place honorifique. Mais le fauteuil du Président de cette édition 2017 restera vide, aucun remplaçant n'ayant été désigné.

Et d'ailleurs, si on veut continuer à parler cinéma, pourquoi ne pas parler de cette étude du CNC, menée sur près de 10 ans - de 2006 à 2015, et qui révèle que les réalisatrices, en France en tout cas, sont payées 42 % de moins que leurs homologues masculins. Et ce alors même que leur nombre est en hausse et que nombreux sont les spécialistes à pointer que le renouveau du cinéma français et européen se fait actuellement par ses cinéastes femmes. (Pour rappel : En France, les femmes gagnent en moyenne 23% de moins que les hommes (on passe à 9% lorsqu'on compare des postes à compétences égales, avec même secteur, même temps de travail et même taille d'entreprise)

Sexisme au Parlement européen

"Bien entendu, les femmes doivent gagner moins que les hommes, parce qu'elle sont plus faibles, elle sont plus petites et elles sont moins intelligentes"

Ces propos pour le moins discutables ont été tenu le 1er mars, à la tribune du Parlement européen par le député polonais Janusz Korwin-Mikke, plutôt habitué aux dérapages racistes que sexistes .

Suite à ces remarques pleines de finesse, plusieurs plaintes émanant d'eurodéputés, ont conduit à l'ouverture d'une enquête pour "des remarques sexistes", qui pourrait mener à des sanctions, pouvant aller "d'une réprimande à une amende avec une suspension temporaire". Car non monsieur, on ne peut pas exprimer tout ce qui nous passe par la tête quand on est représentant au Parlement européen, quand bien même on y croit dur comme fer. On imagine le désarroi de ce pauvre homme devant partager l'hémicycle avec des demie-portions intellectuelles. Il ne doit vraiment rien y comprendre.

L'excision tue

Juin 2016, une adolescente égyptienne meurt suite à une excision. Quelques semaines plus tard, c'est en Sierra Leone qu'une autre ado y succombe, tandis qu'une fille de 10 ans en sera victime en Guinée, au même moment. Rappelons que chaque minute, c'est environ 7 filles qui subissent cette pratique barbare, à travers le monde. L'occasion de rappeler qu'en Belgique, plus de 13 000 femmes et filles sont concernées par la pratique, et plus de 4000 sont potentiellement à risque de la subir

Les agressions sexuelles à répétition à la télé

Émission phare du paysage audiovisuel français, Touche pas à mon poste, ou TPMP pour les intimes, a fait de la provocation son fonds de commerce. Mais au dernier trimestre 2016, il semblerait que la coupe ne déborde en novembre, avec le baiser inopiné de l'un des chroniqueurs dans le décolleté d'une femme présente sur le plateau et qui lui refusait un baiser. Plaintes en rafale, le CSA sévit.

Rebelote en décembre avec un jeu de devinettes particulièrement raffiné où le meneur, Cyril Hanouna en personne, se saisit de la main de l'une de ses acolytes pour la lui faire toucher son entrejambe, tout aussi inopinément.

Conséquence directe de la multiplication des débordements: ce seront au total 6 711 signalements visant cette émission qui ont été recensés en 2016. Un record.

Harcèlement sexuel sur les bancs de l'Assemblée

Dix moments qui ont fait mal aux droits des femmes au cours de l'année

© Belga Image

Mai 2016, vent de panique sur les rangs de l'Assemblée nationale française : le député écologiste et vice président de l'Assemblée nationale en France, Denis Baupin est accusé d'agressions et harcèlement sexuels par des collaboratrices. Une enquête est ouverte. Les témoignages se multiplient sur les agissements de l'homme politique. Huit femmes, dont des élues, dénoncent le député dans les médias, quatre portent plainte.

L'affaire sera finalement classée sans suite pour prescription, il y a quelques jours à peine. Et Denis Baupin de porter plainte à son tour pour diffamation contre les plaignantes et le parti EELV...

... Et la pub, ma bonne dame

Il y a quelques jours encore, deux enseignes célèbres étaient épinglées pour le traitement désastreux qu'elles réservent à l'image de la femme. Lidl d'abord, qui pour vendre son ketchup, met l'accent sur l'usage qui pourra être fait des économies réalisées : car ainsi les hommes pourront "se payer une femme délicieuse", étant entendu que "ça coûte cher les femmes délicieuses" car "elles veulent de belles sacoches, aller au restaurant (...), partir en week-end (...)".

Les excuses ont suivi, prônant l'humour comme moteur, mais on reste encore dubitatif sur ce qu'il y a d'humoristique à véhiculer des clichés éculés. Sauf peut-être si on vit dans une caverne.

Dix moments qui ont fait mal aux droits des femmes au cours de l'année

© twitter

Puis, à l'autre bout de la chaîne, la marque de luxe parisienne Saint Laurent dont la dernière campagne affichait une image dégradante de la femme. Une campagne qui n'a pas résisté à l'Autorité de régulation de la publicité en France, qui a à cette occasion reçu quelques "120 plaintes pour de multiples motifs": "images dégradantes", "femmes-objets", "valorisation de l'anorexie" et "même incitation au viol, avec la notion des jambes écartées" "infériorisation de la femme, (...) femme offerte...Voilà la variété des images auxquelles ce type de campagne renvoie", a regretté l'Autorité. A la clé un hashtag #YSLRetireTa PubDégradante et une mauvaise pub à la veille de la 40e Journée des droits de la Femme.

Et une question qui reste en suspens : mais que font les créatifs que diable? Ou est-ce une stratégie pour faire parler de soi ? Le mystère reste entier. L'atterrement aussi.

Enfin, le 8 mars 2017

Il y a 40 ans était créée la Journée internationale des droits des Femmes. Quarante ans plus tard, elle a été digérée par le marketing, et on félicite les marques qui n'hésitent pas à profiter de ce jour pour offrir des réductions sur nos emplettes, nos soins de beauté, et autres nécessités. C'est vraiment ce dont les femmes à travers le monde ont besoin, en ces temps de disette...

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