Harvey Weinstein enfin prêt à se livrer à la justice: retour sur toute l'affaire

25/05/18 à 10:04 - Mise à jour à 10:07

Source: Afp

Sept mois après les premières accusations d'abus sexuels contre lui, l'ancien producteur de cinéma Harvey Weinstein va se livrer à la justice new-yokaise vendredi et être inculpé, ont annoncé jeudi plusieurs médias américains, à la joie de plusieurs figures du mouvement #MeToo.

Harvey Weinstein enfin prêt à se livrer à la justice: retour sur toute l'affaire

© Isopix

Cinq dates-clés

5 octobre 2017 : l'affaire éclate

Le New York Times publie une enquête avec de nombreux témoignages de harcèlement sexuel commis par Harvey Weinstein pendant près de trois décennies.

Le journal révèle aussi qu'il a passé des accords à l'amiable prévoyant des dédommagements avec au moins huit femmes pour qu'elles gardent le silence sur leurs allégations.

Le producteur réagit à ces révélations en "s'excusant sincèrement" et annonce se mettre en congé de sa société. Son avocat précise qu'il "nie beaucoup de ces accusations."

Le conseil d'administration de la société qu'il détient avec son frère Bob Weinstein l'écarte trois jours plus tard.

10 octobre 2017 : premières accusations de viol

L'actrice italienne Asia Argento assure au magazine The New Yorker qu'il l'a violée en 1997, et deux autres femmes l'accusent d'agressions sexuelles.

Gwyneth Paltrow, Angelina Jolie, Rosanna Arquette et la Française Emma de Caunes disent à leur tour avoir subi un harcèlement sexuel de sa part.

"Toutes les accusations de relations sexuelles non consenties sont réfutées par M. Weinstein", affirme Sallie Hofmeister, sa porte-parole.

14 octobre 2017: exclu de l'Académie des Oscars

L'Académie des arts et du cinéma, qui remet les Oscars, se réunit en urgence et exclut Harvey Weinstein, dont les oeuvres produites au fil des ans ont accumulé 75 de ces prestigieuses statuettes. C'est la seconde fois, en 90 ans d'existence, que ce cénacle vote une telle sanction.

Au fil des jours, les témoignages de harcèlement ou d'agressions sexuelles se multiplient sur les réseaux sociaux ou devant les caméras de télévision, contre le producteur mais aussi contre d'autres célébrités d'Hollywood, de la télévision ou de la mode, notamment sous les hashtags #MeToo, #moiaussi ou #balancetonporc en France.

3 novembre 2017: "vrai dossier" à New York

Des enquêtes criminelles sont évoquées par les polices de Londres, New York et Los Angeles dès le 12 octobre. Le 20, la police de Los Angeles confirme enquêter sur le viol présumé d'une actrice dans un hôtel de la capitale du cinéma datant de février 2013, suffisamment récent pour ne pas risquer la prescription.

Le 3 novembre, alors que les victimes présumées atteignent la centaine, la police new-yorkaise annonce tenir un "vrai dossier" grâce à l'actrice Paz de la Huerta, qui affirme avoir été violée deux fois en 2010 par le producteur.

Quelques jours plus tard, le New Yorker révèle qu'Harvey Weinstein payait des gens, y compris d'anciens espions du service de renseignement israélien (Mossad), pour faire taire ou compromettre ses accusatrices. M. Weinstein recrute l'un des meilleurs avocats de New York, Benjamin Brafman.

24 mai 2018: première inculpation attendue

Plusieurs médias américains annoncent que le producteur va se rendre le lendemain aux autorités new-yorkaises pour y être semble-t-il inculpé. Selon le Daily News, "au moins" une inculpation portera sur l'agression sexuelle en 2004 de Lucia Evans, aspirante actrice à l'époque, qui aurait été obligée par Harvey Weinstein à lui faire une fellation.

Ni la police, ni le procureur de Manhattan n'ont confirmé ces informations. Aucun détail n'a ét donné sur l'heure de son inculpation vendredi, qui devrait être suivie par des caméras du monde entier.

L'avocat de M. Weinstein, le célèbre Ben Brafman, qui avait obtenu l'abandon des poursuites contre Dominique Strauss-Kahn, alors patron du FMI, dans l'affaire du Sofitel en 2011, a décliné tout commentaire.

M. Weinstein a toujours nié avoir eu des rapports sexuels "non consentis".

Depuis les premières révélations contre lui à l'automne 2017, plus d'une centaine de femmes, dont les actrices Angelina Jolie, Gwyneth Paltrow, Rose McGowan ou Asia Argento, ont affirmé qu'il avait abusé d'elles sexuellement, des accusations qui vont du harcèlement au viol.

De nombreuses plaintes ont été déposées au civil, à New York et Los Angeles, mais son inculpation vendredi serait la première contre le producteur multi-oscarisé, exclu de l'Académie des arts et sciences du cinéma --qui décerne les Oscars-- à la suite de ces accusations.

"Un pas vers la justice"

"J'avais perdu espoir de voir notre violeur rendre des comptes devant les tribunaux", a déclaré Rose McGowan jeudi soir. "Aujourd'hui, nous avons fait un pas de plus vers la justice".

"C'est super cathartique pour beaucoup de victimes", a réagi Tarana Burke, fondatrice du #MeToo. "Nous assistons peut-être à un changement dans la façon dont les affaires de violences sexuelles sont traitées".

Au fil des révélations publiées par le New York Times et le New Yorker --récompensés par le prix Pulitzer pour leurs enquêtes--, il est apparu que Weinstein --longtemps vénéré pour avoir promu un cinéma original incarné par des réalisateurs comme Quentin Tarantino-- avait usé de son pouvoir pour obliger de jeunes actrices ou aspirantes actrices à céder à ses fantasmes sexuels, se faisant parfois aider par ses employés et achetant le silence de certaines victimes via des accords de confidentialité.

Selon certains médias, le producteur de 66 ans --qui a disparu dès les premières révélations le concernant, officiellement pour suivre un traitement contre les addictions sexuelles dans l'Arizona-- devrait être inculpé vendredi à la fois pour viol, sur une femme dont le nom n'a pas été précisée, et pour avoir forcé une jeune actrice, Lucia Evans, à lui faire une fellation en 2004.

La police new-yorkaise avait dans le passé indiqué enquêter sur une accusation de l'actrice Paz de la Huerta, pour un viol présumé en 2010. Weinstein faisait aussi l'objet d'enquêtes à Los Angeles et Londres.

Une remise en liberté sous caution après l'inculpation vendredi aurait déjà été négociée avec ses avocats, moyennant un million de dollars de caution, le port d'un bracelet électronique, et la remise de son passeport, selon le New York Times.

Effet Bombe

Depuis mars, la pression montait sur le procureur de Manhattan Cyrus Vance montait pour qu'il inculpe.

Le mouvement "Time's Up", fondé pour aider les victimes de harcèlement ou d'agressions sexuelles, avait notamment poussé le procureur de l'Etat de New York à lancer "un examen indépendant" des raisons pour lesquelles M. Vance n'avait pas encore engagé de poursuites.

Cet élu démocrate, très critiqué en 2011 pour avoir jeté l'éponge face à M. Strauss-Kahn, était accusé de reculer devant une bataille judiciaire difficile.

Car même si l'ancien producteur est inculpé vendredi, sa culpabilité est loin d'être acquise, d'autant que son avocat, réputé pour être un des meilleurs de New-York, "va se battre très dur", a expliqué l'avocate Julie Rendelman, spécialiste de ce genre d'affaires.

Les procureurs hésitent souvent à inculper, faute de preuves matérielles du non-consentement de la victime présumée, surtout pour une affaire qui remonte à plusieurs années.

Ils redoutent que la défense ne sape la crédibilité de l'accusatrice, comme ce fut le cas dans la saga judiciaire contre l'ex-légende de la télévision américaine Bill Cosby, jugé coupable d'agression sexuelle au terme d'un second procès fin avril.

Les informations sur une inculpation imminente sont sorties jeudi après que le Wall Street Journal eut annoncé que le procureur fédéral de Manhattan enquêtait désormais lui aussi sur des crimes sexuels présumés de Harvey Weinstein. Cela pourrait avoir convaincu Vance qu'il était temps d'agir.

Les révélations sur Weinstein ont eu l'effet d'une bombe, déclenchant le puissant mouvement anti-harcèlement #MeToo, qui a fait chuter ces derniers mois des dizaines d'hommes de pouvoir américains dans de nombreux secteurs, à commencer par le cinéma, les médias, mais aussi la mode, la musique ou la gastronomie.

L'affaire a encore éclaboussé la semaine dernière le festival de Cannes, où Asia Argento a prononcé un discours incendiaire, disant avoir été violée à Cannes par le producteur américain en 1997.

Même si la bataille judiciaire ne fait que commencer, Weinstein est depuis longtemps déchu.

The Weinstein Company, le studio co-fondé avec son frère Bob, a été attaqué en justice pour avoir toléré voire facilité le comportement de prédateur sexuel du producteur. Il a été mis en liquidation judiciaire.

Georgina Chapman (à droite) et épouse d'Harvey Weinstein

Georgina Chapman (à droite) et épouse d'Harvey Weinstein © Reuters

La femme de M. Weinstein, Georgina Chapman, une styliste britannique ayant co-fondé la maison Marchesa et avec laquelle il a deux enfants, l'a quitté dès les premières révélations. Leur divorce est censé être imminent.

Mannequins, actrices, employées: qui sont les accusatrices de Weinstein

Quelque cent actrices, mannequins et ex-employées d'Harvey Weinstein accusent le producteur déchu de harcèlement ou agression sexuelle, voire de viol, pour des faits remontant parfois jusqu'aux années 70.

Celui qui fut longtemps l'une des personnalités les plus puissantes d'Hollywood devrait se rendre aux autorités vendredi à New York pour y être formellement inculpé d'agression sexuelle.

Les premières plaintes

Le scandale a éclaté avec les révélations le 5 octobre 2017 par le New York Times sur le producteur, accusé de harcèlement sexuel par d'ex-employées, des actrices célèbres comme Ashley Judd ou Rose McGowan, et de la mannequin Ambra Battilana.

Le 10 octobre, le New Yorker a publié une seconde enquête parlant pour la première fois de viol, notamment de la part des actrices Annabella Sciorra et Lucia Evans, cette dernière l'accusant de l'avoir forcée à lui faire une fellation en 2004. Ses allégations pourraient servir de base à l'inculpation de Weinstein à New York vendredi, d'après le New York Daily News.

Dans la foulée des premières actrices à s'être exprimées sur le harcèlement de Weinstein, dont Rosanna Arquette, Gwyneth Paltrow, Angelina Jolie, des dizaines de comédiennes ont suivi, à l'instar de Cara Delevingne, Daryl Hannah, Eva Green, Lea Seydoux, Judith Godrèche, Salma Hayek, Lupita Nyong'o, ou Paz de la Huerta, qui l'accuse de l'avoir violée à New York, la police étudiant de près ce dossier.

Asia Argento

L'actrice italienne de 42 ans est l'une des premières à avoir accusé publiquement le magnat de l'avoir violée. Elle a fait un discours virulent lors de la soirée de clôture du festival de Cannes qui fut selon elle "le terrain de chasse" du prédateur sexuel présumé.
Harvey Weinstein enfin prêt à se livrer à la justice: retour sur toute l'affaire

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"Il était assis parmi vous (...) mais les choses ont changé. On ne va plus vous permettre de vous en tirer sans être inquiété", a-t-elle lancé lors de ce discours.

Elle a raconté avoir été violée par Weinstein dans sa chambre d'hôtel cannoise pendant le festival en 1997 lorsqu'elle n'avait que 21 ans, et que cet épisode traumatique a été l'inspiration pour un film qu'elle a réalisé, "Scarlet Diva" (2000).

Aux nouvelles que son agresseur présumé allait se livrer aux autorités vendredi, elle s'est contentée de twitter: "Boom".

Rose McGowan

L'actrice Rose Mc Gowan en 2012

L'actrice Rose Mc Gowan en 2012 © Reuters

Rose McGowan fait également partie des actrices les plus actives pour dénoncer les agressions présumées de Weinstein et les discriminations envers les femmes à Hollywood.

Celle qui est devenue une figure de proue du mouvement #MeToo accuse le producteur de l'avoir violée au festival de Sundance, en Utah, également en 1997.

"J'ai été silencieuse pendant vingt ans. J'ai été traitée de pute. J'ai été harcelée. On m'a prêté des intentions néfastes et vous savez quoi ? Je suis juste l'une de vous", a déclaré McGowan, 44 ans.

Elle a notamment fait les gros titres pour avoir critiqué Meryl Streep lors d'un tweet, depuis effacé, dans lequel elle critiquait le projet de nombreuses comédiennes de se vêtir de noir aux Golden Globes pour dénoncer les agressions sexuelles.

"VOTRE SILENCE est LE problème. Vous allez accepter un faux prix le souffle court, et ne rien changer à rien. Je méprise votre hypocrisie".

Jeudi, elle a confié au magazine Variety qu'elle "et tant de victimes d'Harvey Weinstein avaient perdu l'espoir de voir notre violeur répondre de ses actes devant la loi. (...) Aujourd'hui, nous sommes un pas plus près de la justice", a-t-elle ajouté.

Celle qui d'après une enquête de Ronan Farrow dans le New Yorker a aussi été harcelée et espionnée par des employés du producteur pour lui faire garder le silence ajoute que "nous étions de jeunes femmes qui ont été agressées puis terrorisées par son vaste réseau de complices".

Ashley Judd

Harvey Weinstein enfin prêt à se livrer à la justice: retour sur toute l'affaire

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L'actrice de "Frida" et "Divergent" accuse Weinstein d'avoir annihilé ses chances d'avoir un rôle dans la trilogie "Le seigneur des anneaux", l'une des plus rentables de l'histoire du cinéma, en affirmant au réalisateur Peter Jackson que travailler avec elle relevait du "cauchemar".

"La pathétique réalité est que Weinstein était en fait en train de punir Judd d'avoir rejeté ses avances sexuelles un an plus tôt, quand il l'avait coincée dans sa chambre d'hôtel sous le prétexte de parler affaires", dénonce la plainte de la comédienne de 50 ans.

Le réalisateur vedette Peter Jackson a déclaré peu après l'éclatement du scandale Weinstein se souvenir de commentaires négatifs du producteur sur Ashley Judd ainsi que sur Mira Sorvino, une autre actrice qui l'accuse de l'avoir harcelée sexuellement.

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