Les accros du tuning ne veulent plus passer pour des beaufs

06/06/16 à 14:06 - Mise à jour à 14:06

Source: Afp

Énorme aileron, jantes extra-larges de 17 pouces et moteur de 300 chevaux: difficile de reconnaître sous ce bolide jaune et noir exposé au milieu de dizaines d'autres voitures modifiées une 205 Peugeot d'origine...

Les accros du tuning ne veulent plus passer pour des beaufs

© Belga Image

Bienvenue dans le monde du tuning, ce hobby qui consiste à transformer des voitures de série en remaniant leur aspect extérieur, intérieur, voire leur motorisation. Il compterait quelque 150.000 adeptes en France, attachés à en redorer l'image régulièrement moquée et méprisée.

Les trombes d'eau qui s'abattent en ce dimanche de printemps sur Harnes (Pas-de-Calais) n'ont en rien découragé ces amoureux de customisation automobile. Environ 150 véhicules atypiques aux carrosseries bigarrées sont ainsi présentés au public, essentiellement familial, qui s'extasie devant chaque pièce unique dans une ambiance bon enfant.

Travailleur dans une casse automobile à Nieppe (Nord), Cyril, 35 ans, expose fièrement sa Renault Clio au côté de sa compagne. Il explique avec minutie les transformations opérées - intérieur cuir blanc maculé, sièges baquets, portes papillon, caisson de basse d'une puissance considérable. "En 2 mois et pour 4.000 euros, tout était finalisé! Mais elle ne sort que pour les meetings", souligne ce féru d'automobiles depuis tout petit. Il possède également une voiture de rallye, une 4L de 1962 et une BMW de 1987. "Le tuning, c'est comme une famille: un monde où on discute, de solidarité et où on s'échange pièces et bons plans", explique Walter Grenz, l'organisateur de ce 15e rassemblement annuel.

Rassemblement de passionnés de tunning à Harnes dans le Nord de la France

Rassemblement de passionnés de tunning à Harnes dans le Nord de la France © Belga Image

Ces meetings constituent un "support de socialisation important pour ces individus qui se retrouvent entre potes autour d'une même passion: on passe du bon temps ensemble, tout en montrant sa créativité", confirme Stéphanie Maurice, journaliste et auteure de La Passion du tuning (2015, Broché).

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"Je connais certains qui sont passés dans des émissions, on leur demandait de jouer un rôle. Ils en faisaient des bêtes de foire!", s'insurge Lucie, chauffeuse poids-lourd à Dunkerque, toilettant sa 206 coupé noire aux vitres teintées.

La Ford devenue Ferrari

Les adeptes de ce loisir "prisé des ouvriers" travaillent généralement dans la sphère automobile, rendant cette activité "abordable" (dès 300 euros) car "sans frais de main-d'oeuvre", analyse cette spécialiste, se rappelant ainsi de "pièces d'exception" comme cette réplique quasi-parfaite de 30.000 euros d'une Ferrari en partant d'une simple... Ford Cougar. "Beaucoup bossent à l'usine en semaine et, le week-end, étanchent leur passion. Ils ont beaucoup de talent manuel et en sont fiers. La voiture constitue un objet identitaire car ils ne veulent pas avoir la voiture de Monsieur Tout-le-Monde", ajoute la journaliste.

Tous souffrent toutefois de l'image négative accolée au tuning.

Ils reprochent aux médias d'avoir galvaudé le terme, notamment la télévision à travers de multiples reportages ou émissions de télé-réalité les dépeignant comme, disent-ils, des "beaufs", "RMIstes" et "imbéciles".

"Je connais certains qui sont passés dans des émissions, on leur demandait de jouer un rôle. Ils en faisaient des bêtes de foire!", s'insurge Lucie, chauffeuse poids-lourd à Dunkerque, toilettant sa 206 coupé noire aux vitres teintées. "Ils subissent tellement de mépris de classe, notamment de la part de journalistes qui voient cette activité avec dédain...", remarque encore Stéphanie Maurice. "Nous n'avons rien à voir avec certains +kékés+ qui ne font que du tape à l'oeil, un maximum de bruit, utilisent du mastic (crème pour réaliser des petites réparations de carrosserie à moindre coût, ndlr) n'importe comment et réalisent des courses sauvages", s'énerve M. Grenz.

Selon lui, les "vrais tuneurs" bichonnent leur véhicule pour en faire une pièce d'exposition uniquement dévoilée lors des meetings, et ne roulent jamais avec au quotidien.

D'ailleurs, contrairement aux "kékés", ils mettent un point d'honneur à respecter la réglementation: toute modification touchant à la sécurité du véhicule implique une homologation préfectorale, le contrevenant risquant sinon jusqu'à 750 euros d'amende. Ils le notifient également à leur assureur qui peut facturer un surplus.

Avec le temps, les goûts évoluent aussi. "Les personnalisations changent avec des looks de plus en plus sobres: les 205 d'alors ont été troquées aujourd'hui pour des allemandes plus luxueuses et moins extravagantes, note Stéphanie Maurice. On remarque un embourgeoisement: en réalité, le tuning est un marqueur d'époque!".

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