L'infante Cristina d'Espagne sur le banc des accusés

04/03/16 à 11:29 - Mise à jour à 11:28

Source: Afp

L'infante Cristina d'Espagne, soeur du roi, a comparu jeudi devant le tribunal de Palma de Majorque (Baléares) pour complicité de fraude fiscale, une première pour un membre de la famille royale espagnole depuis le rétablissement de la monarchie.

Cristina de Bourbon, 50 ans, n'a accepté de répondre qu'aux questions de son avocat et a cherché à se démarquer des affaires de son époux Inaki Urdangarin, poursuivi pour des malversations de fonds publics et qui aurait reversé une partie de ces gains à une société qu'ils ont fondée ensemble, Aizoon. C'est pour des dépenses imputées à cette société qu'elle est poursuivie et risque jusqu'à huit ans de prison.

M. Urdangarin est le principal accusé dans l'affaire avec son ancien associé Diego Torres. Il risque jusqu'à 19,5 années de prison.

Cristina avait épousé en 1997 l'ex-médaillé olympique de handball Inaki Urdangarin, des noces de conte de fées, avec 1.500 invités, à Barcelone, qui avaient fait rêver l'Espagne.

L'infante Cristina d'Espagne sur le banc des accusés

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Presque dix ans plus tard, elle a pris place calmement devant les trois magistrats du tribunal qui jugent depuis début janvier les 17 personnes dans cette affaire ayant terni l'image de la monarchie.

Installée derrière une simple table, sur une chaise ordinaire, elle a, comme la loi l'y autorise, écouté la mine sombre et sans jamais répondre, les questions de l'avocate de l'association Manos Limpias (mains propres), partie civile dans l'affaire. Les questions visaient clairement à démontrer son étroite implication dans les affaires d'Urdangarin, soupçonné d'avoir profité de ses liens avec la famille royale pour obtenir des contrats surfacturés, sans doute dans l'espoir d'obtenir d'autres faveurs plus tard.

Aux commandes entre 2003 et 2006 de l'institut Noos, une fondation sans but lucratif, M. Urdangarin, âgé de 48 ans, est accusé d'avoir détourné six millions d'euros obtenus par le biais de contrats faisant l'objet de surfacturations, avec deux gouvernements régionaux: à Valence et aux Baléares. Il en aurait reversé une partie à Aizoon et des dépenses personnelles, y compris pour des voyages et des anniversaires étaient ensuite payées par la société.

Confiance en son mari

Cristina de Bourbon ici en 2005

Cristina de Bourbon ici en 2005 © Reuters

"Connaissez-vous la différence entre dépenses personnelles et autres?", a demandé l'avocate Virginia Lopez Negrete, qui avait insisté sur la formation de haut niveau de l'infante, y compris en droit et en matière fiscale. Cristina n'a répondu qu'un peu plus tard, à son avocat.

La création d'Aizoon? "Mon mari me l'a demandé et j'ai accepté", a déclaré Cristina de Bourbon. "Mon mari a créé Aizoon pour canaliser ses revenus professionnels".

"A combien de personnes faisiez-vous confiance à l'époque?", a demandé l'avocat. "Bien sûr à mon mari", a répondu l'infante aux longs cheveux blonds, portant un simple pantalon couleur moutarde, un corsage blanc et une veste sombre avant d'évoquer sa vie, entre son emploi et ses quatre enfants.

Elle a ainsi semblé développer la ligne de défense mise au point par son avocat, qui affirme depuis le début de l'affaire qu'elle n'avait pas cherché à en savoir plus, faisant pleinement confiance à son époux, qu'elle aime profondément. "Je ne connaissais pas les dépenses d'Aizoon pendant ces années", a insisté Cristina.

L'affaire, qui a éclaté alors que l'Espagne vivait sa pire crise économique depuis des décennies, a précipité l'abdication en 2014 de son père Juan Carlos 1er, déjà mis en cause dans d'autres scandales, dont une partie de chasse à l'éléphant en Afrique.

Cristina de Bourbon et son mari ont aussi été écartés des activités officielles de la famille royale, une centaine par an à l'époque d'Aizoon. Et elle s'est vu retirer son titre de duchesse de Palma.

L'audience doit reprendre le 8 mars pour l'interrogatoire des témoins, en l'absence de la plupart des accusés, dont l'infante, installée en Suisse et encore en charge des affaires internationales d'une fondation.

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