Big in Japan

03/11/16 à 00:30 - Mise à jour à 10:54

Source: Royals

Philippe, Mathilde et le trône du chrysantème...

Assurément, vous n'êtes pas sans le savoir : du 9 au 15 octobre dernier, le Roi Philippe et la Reine Mathilde étaient en visite au Pays du Soleil levant. Très naturel donc que l'ouverture de cette édition soit consacrée au Japon. En 1866 - il y a 150 ans déjà - était signé un traité d'amitié, de commerce et de navigation entre les deux nations. Cet anniversaire, le Roi et la Reine des Belges ont tenu à le fêter en personne, emmenant avec eux, dans l'avion royal, quantité de chefs d'entreprise. Car que l'on ne s'y trompe pas. Si, pour les journalistes, le déplacement va être essentiellement placé sous le signe du glamour, sa visée est surtout de renforcer les liens économiques déjà existants entre les deux pays. Inutile de vous faire languir. Vous vous en doutez d'ailleurs, dans nos pages, nous parlerons très peu d'économie. Nous avons choisi de couvrir ce déplacement royal en deux papiers. Un premier qui est un agenda des différentes activités accomplies par le couple royal dont le point d'orgue fut, bien entendu, la rencontre avec l'Empereur Akihito et l'Impératrice Michiko, ainsi qu'une visite - chose exceptionnelle - des empereurs en dehors des murs du palais. Un second papier sera davantage anglé sur le côté mode. A pas feutrés, nous nous sommes glissés dans les préparatifs de ce voyage officiel. Combien de tenues a étrennées la Reine Mathilde ? Avait-elle un coiffeur dans son staff ou a-t-elle fait appel à un coiffeur local ? Quels joyaux a-t-elle portés ? Bref, des tapis rouges officiels aux déplacements très mouvementés des souverains, vous saurez tout sur leur périple aux pays des samouraïs.

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Palais impérial de Tokyo, au coeur de la capitale nippone. C'est l'un des moments les plus protocolaires du voyage royal au Japon : la rencontre des deux couples souverains. Ici, l'empereur règne mais ne gouverne pas. Plus qu'ailleurs, cette règle intangible de la monarchie constitutionnelle prend tout son sens à Tokyo où le souverain a longtemps été considéré comme un dieu vivant. Akihito est le 125e monarque de l'Empire du Soleil levant et sa famille nourrit des liens d'amitié avec la dynastie belge depuis trois générations.

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Un empereur âgé et respecté

A l'occasion de l'accueil des souverains, deux frêles silhouettes se tiennent sur le perron du Palais impérial, face à la cour d'honneur : Akihito et son épouse, l'Impératrice Michiko. A 82 ans, le Tenno (empereur) a brisé un tabou en manifestant sa volonté d'abdiquer. Pour le moment, le Premier ministre, le très conservateur Shinzo Abe, s'y oppose fermement mais l'opinion publique est en faveur du souverain. Derrière les sourires diplomatiques, c'est à une partie de bras de fer que se livrent les deux têtes du pouvoir au Japon. L'empereur sent le poids des années : il voudrait profiter de ses dernières années en toute quiétude et céder le trône à son fils, le Prince héritier Naruhito qui a 56 ans, le même âge que son ami, le Roi Philippe. Et pendant que Philippe et Mathilde font leur entrée solennelle, il flotte sur la délégation belge comme un parfum d'absence ministérielle et de difficiles négociations gouvernementales. Un air de crise budgétaire dont la délégation veille à ne rien laisser paraître, même si la plupart des discussions tournent autour de l'absence de Didier Reynders, Vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères et européennes. Mais Philippe poursuit sa visite sans ciller et ne laisse rien paraître du malaise ambiant. Après tout, en Belgique aussi, le roi règne mais ne gouverne pas.

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Affaires de famille

Tokyo est au coeur de la visite royale qui comprend bien sûr des signatures de contrats économiques mais aussi quelques visites protocolaires. L'une se déroule au temple Shinto Nezu et les souverains prennent volontiers la pause sur une petite terrasse qui domine un étang où évoluent majestueusement des koïs, les célèbres carpes japonaises. Le moment le plus solennel reste bien sûr le banquet d'Etat offert par l'empereur. Dans la gigantesque salle, à la table d'honneur, se tiennent la famille impériale et Philippe et Mathilde en grande tenue de soirée. Le "white tie" est exigé ! Akihito prononce un discours émouvant dans lequel il fait de nombreuses références à la dynastie belge. Il cite Léopold II, le deuxième Roi des Belges, qui avait été l'un des premiers souverains à entretenir des relations diplomatiques avec le Japon. Il évoque aussi le souvenir de ses amis proches, le Roi Baudouin et la Reine Fabiola. Dans son discours, Philippe fait également référence à Léopold II qui était fasciné par le Japon et avait été jusqu'à faire bâtir une tour japonaise à deux pas de son Château de Laeken. Le souvenir de la Reine Fabiola et de la venue de l'Impératrice Michiko à Bruxelles pour ses funérailles n'est pas oublié.

Philippe en pleine forme

La proximité des deux familles n'est pas une amitié de façade. Elle est profonde et sincère, comme le démontrent mille et un détails tout au long du voyage. Le Roi Philippe est en pleine discussion avec l'empereur, tandis que la Reine Mathilde prend le bras de Michiko. Des sourires sont échangés, beaucoup de respect partagé et la richesse des souvenirs familiaux évoquée. Philippe semble particulièrement en forme, aminci et très concerné par l'ensemble de la visite. Lors des rencontres avec les journalistes, il se révèle très détendu et prolonge les conversations, ce qui n'est pas toujours le cas. On sent que la civilisation japonaise lui parle, notamment dans son rapport particulier avec le temps et son respect des règles civiques. De son côté, Mathilde a soigneusement préparé le voyage, en visionnant notamment le très beau film "Les Délices de Tokyo" ou en lisant "Neige de printemps" de Mishima. Elle en a d'ailleurs parlé aux enfants qui étaient très curieux de ce lointain périple, dans un pays aussi méconnu que fascinant. Mathilde révèle aussi une facette méconnue de son personnage en avouant une faiblesse pour la cuisine japonaise et on la comprend ! Le programme prévoit aussi une étape à Yuki (selon la volonté de l'empereur) ainsi que le traditionnel dîner offert par le Premier ministre Shinzo Abe à la State Guest House. Côté look, Mathilde réussit un sans-faute en alternant les créations des meilleurs stylistes belges : Edouard Vermeulen, Dries Van Noten, Bernard Depoorter, Esmeralda Ammoun, Ann Demeulemeester ou encore, l'incontournable Fabienne Delvigne. Mais le voyage est aussi un prétexte à développer des échanges économiques qui tiennent particulièrement à coeur au souverain.

Délices made in Belgium

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Direction Nagoya à bord du train Shinkansen, l'une des plus grandes fiertés nationales. Ce matin, on se bouscule au magasin Matsuzakaya. Nous sommes dans le quartier de Sakaemachi qui est jumelé avec les très chics avenues Montaigne à Paris et Louise à Bruxelles. La grande surface organise une semaine belge qui a pour ambition de mettre les fleurons belges en avant et Mathilde joue pleinement son rôle d'ambassadrice du savoir-faire noir-jaune-rouge. L'événement est d'importance puisque le Japon représente le deuxième marché hors-Europe de la Belgique, après les Etats-Unis. On parle de 785 millions de chiffre d'affaires par an avec une croissance de 25 % en cinq ans. Au sommet du hit-parade des délices à la belge, on trouve le chocolat, les frites surgelées et les bières spéciales. Rassemblées sous le label Food.be, les délices belges s'exportent bien et font le beurre de ces PME qui se partagent 85 % du gâteau. Il ne faut donc pas s'étonner de découvrir des chocolats Godiva ou des biscuits Destrooper dans les magasins de Tokyo. Quant à Mathilde, elle se promène à travers les allées de ce petit salon et se fait expliquer les secrets de fabrication du chocolat, tout en prenant garde à ne pas y goûter. Histoire de conserver une ligne parfaitement royale, à l'écart des tentations. Par la suite, la souveraine prend le chemin des grands boulevards de la ville pour assister à l'inauguration d'un nouveau costume pour le Manneken-Pis offert par la Belgique qui est devenu une fierté locale et l'objet de beaucoup de conversations.

Cadeau musical

Lors d'une visite d'Etat, il faut savoir recevoir mais aussi pouvoir offrir. Cette fois, la Belgique a choisi de donner un concert mémorable au Kioi Hall. Pour l'occasion, toute la famille impériale est venue saluer les souverains belges. Délicate attention, Philippe et Mathilde ont intégré dans la programmation musicale un morceau composé en personne par l'impératrice. Le lendemain constitue déjà la dernière étape du voyage pour la délégation belge qui arrive dans la trépidante cité d'Osaka. Philippe et Mathilde ont tenu à assister à une représentation de théâtre traditionnel au théâtre Ohtsuki Noh. Ils ont même le privilège de rencontrer un trésor national vivant en la personne du musicien de tambour Mishima Gentaro. La journée est décidément placée sous le signe de la musique puisque le soir, c'est au tour de la Belgique de révéler ses talents à travers un concert donné par Jef Neve et Melanie De Biasio.

Il ne reste plus qu'à se rendre à la petite rencontre informelle avec les souverains organisée par eux-mêmes. L'usage interdit de dévoiler la teneur des propos échangés avec le roi et la reine mais nous pouvons vous dire qu'ils étaient particulièrement heureux de ce voyage. Non seulement pour le cadre économique très satisfaisant mais aussi en épinglant les petits moments de la vie quotidienne qui font toute la différence. C'est notamment le cas des trains au Japon dont la ponctualité et la propreté n'ont pas fini d'étonner les occidentaux que nous sommes. Demain, il faudra rentrer à Bruxelles mais il y a fort à parier que les relations entre les souverains des deux bouts du monde connaîtront encore de beaux jours. Après tout, la diplomatie est aussi une affaire de contacts personnels et les liens d'amitié entre la Belgique et le Japon ne pourront que profiter de l'amitié mutuelle que se portent leurs souverains.

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Après l'agenda des différentes activités accomplies par le couple royal, vous trouvez ci-dessous notre ABC qui est davantage anglé sur le côté mode.

ABCouture

Les créateurs ont toutefois dû respecter quelques règles. Pas question, par exemple, de proposer à la souveraine des modèles jaunes et blancs car le blanc symbolise le deuil au Japon, tandis que le jaune est non seulement une couleur sacrée, mais aussi celle de l'Empereur Akihito.

Mais ce n'étaient pas là les seules restrictions. "Pas de talons trop hauts", a confié le créateur de Natan. "Les Japonais sont des personnes de petite stature et le contraste avec la reine aurait été trop marqué." Mathilde mesure en effet environ 1m75, une taille déjà relativement grande par rapport au Japonais moyen. Elle a par ailleurs été amenée à s'incliner à plusieurs reprises durant la visite, une marque de respect ancrée dans la tradition nippone qu'il aurait été difficile d'honorer en talons aiguilles.

Une visite d'Etat est toujours l'occasion idéale de dévoiler de nouvelles créations. Pour la visite officielle au Japon, la Reine Mathilde a fait appel à des couturiers de renom, dont Edouard Vermeulen, de la maison Natan, et Dries Van Noten, mais aussi au jeune styliste wallon Bernard Depoorter, qui lui a dessiné une robe pour la fête nationale, ou encore à Esmeralda Ammoun, une créatrice de Crainhem d'origine libanaise et encore peu connue qui coud elle-même les pièces qu'elle réalise. Mathilde avait déjà porté une de ses créations lors de la visite en Belgique de la Reine Rania de Jordanie.

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DEntourage

Une visite d'Etat est un travail d'équipe. L'entourage des souverains se compose d'une trentaine de personnes, dont des gardes du corps, des membres du service protocole et sécurité, les conseillers du roi et de la reine. Le service de presse, dirigé par Pierre-Emmanuel De Bauw, doit veiller à ce que les journalistes puissent faire leur travail, et répond autant que faire se peut à toutes leurs questions. Durant les dernières années du règne d'Albert II, un médecin l'accompagnait lors de chacune de ses visites, ce qui n'est plus le cas avec Philippe.

Frédéric Van Espen

Lorsque Mathilde était encore princesse, elle faisait de temps en temps confiance à un coiffeur local lors de ses missions à l'étranger. Pour cette visite d'Etat, son coiffeur personnel Frédéric Van Espen était du voyage pour veiller à ce que l'apparence de la souveraine soit à tout moment impeccable.

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Dans certains pays, les règles sont plus souples à l'égard des têtes couronnées quand elles sont en visite. L'Empereur du Japon ayant le statut de quasi-divinité, le "petit peuple" est tenu le plus possible à l'écart. La Kunaichô, l'Agence de la Maison impériale, est un véritable cauchemar pour les journalistes car elle prend de nombreuses mesures pour les empêcher de trop s'approcher de l'empereur et de sa cour.

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Lors d'un dîner d'Etat à Tokyo, la Reine Mathilde portait un magnifique diadème. Hérité de la Reine Fabiola, ce bijou de tête est serti de pas moins de 200 diamants. Mathilde avait combiné le diadème Wolfers avec des boucles d'oreilles en diamant et une robe signée Dries Van Noten, richement brodée de motifs floraux en fil d'or et sequins.

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Aussi minutieux soient les préparatifs, personne n'est à l'abri d'un imprévu. L'avion qu'avaient pris le Roi Philippe et la Reine Mathilde pour retourner en Belgique au terme de leur visite d'Etat a ainsi été dévié vers Hohhot, en Chine, en raison des vents violents au-dessus d'Oulan-Bator, la capitale mongole, où l'Airbus A321 devait faire escale. La descente, qui avait été amorcée, a été interrompue. Après cet arrêt, l'appareil a tout de même rallié la Mongolie, d'où il est reparti aux alentours de 15 h 45. Au total, il aura fallu aux souverains 23 heures pour rentrer en Belgique depuis Tokyo, soit cinq heures de plus que prévu.

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