Des artistes aspirent de faire d'Athènes le "new Berlin"

13/10/17 à 10:45 - Mise à jour à 10:45

Source: Afp

"Tout mur de bâtiment abandonné est une toile pour nous": Cacao Rocks, graffiteur connu à Athènes, explique comment la capitale grecque frappée par la crise financière puis par celle des migrants, s'est transformée en "un meeting point" international de l'art de la rue.

Des artistes aspirent de faire d'Athènes le "new Berlin"

© Reuters

Ces dix dernières années, le centre-ville émaillé de magasins fermés et de résidences abandonnées a servi de terrain de jeu idéal pour des artistes ayant profité des loyers bas pour s'y installer ou dessiner dans les quartiers défavorisés.

A l'époque de la surmédiatisation de la Grèce, des graffitis reflétant misère, colère ou désillusion ont souvent illustré les manifestations massives place Syntagma devant le Parlement, ou plus tard les camps de réfugiés improvisés sur des places.

Aujourd'hui, iNO, Lotek, Cocoa Rocks, WD (Wild drawing) et de nombreux autres créateurs ont su capitaliser sur cette notoriété et continuent d'être présents dans les rues, illustrant le quotidien de la post-crise qui commence par des dessins plus colorés et futuristes. De nombreux artistes étrangers viennent à présent à Athènes pour y laisser leur signature.

Pour la troisième année consécutive, l'opérateur touristique Alternative Athens organise des balades guidées par des graffiteurs pour permettre aux touristes de comprendre "la situation économique et sociale de la ville".

"Athènes est en train de développer une identité plus extravertie (...); elle n'est plus liée seulement aux vestiges de l'Antiquité comme le Parthenon, et les touristes, surtout ceux d'Europe du nord, s'intéressent au quotidien raconté sur les murs", explique Tina Kyriaki, responsable de la société.

- 'Printemps artistique' -

Pour Nik Karisson, curateur d'une récente exposition consacrée aux "artistes d'Athènes, ville de crise", la capitale "se différencie des autres métropoles européennes" par "la tolérance des autorités vis-à-vis de l'art de rue en raison d'une absence de législation stricte en la matière".

"Cela crée un espace de créativité pour les artistes comme par le passé dans des quartiers abandonnés de Londres, Copenhague, Amsterdam, Barcelone, Paris ou Berlin", explique-t-il.

Organisée par deux fondations allemandes et une grecque, cette exposition a rassemblé des oeuvres (tableaux, installations et dessins apparus sur les murs d'Athènes) de 14 artistes, effectuées pendant la crise.

L'objectif est "d'étudier la relation entre crise et art sur fond d'apparition de nouveaux groupes d'artistes", indique l'un des responsables de l'exposition, Georg Georgakopoulos.

"Nous vivons un printemps artistique particulier. L'avenir dira s'il va évoluer vers un mouvement plus international ou s'il va simplement rester une histoire interne vouée à disparaître", observe-t-il.

- 'Berlin is the new Athens' -

"Athens is the new Berlin", avait gravé Cacao Rocks au pic de la crise en 2012 sur un mur du centre-ville, au début alors de cette émergence artistique.

Il parlait alors de l'éclosion de la capitale allemande dans les années suivant sa réunification en 1989 quand des artistes du monde entier avaient afflué à Berlin-est, profitant des loyers bas ou des immeubles abandonnées.

En 2016, Cacao Rocks a paraphrasé son tag par un autre : "Berlin is the new Athens".

"Maintenant qu'il y a un vrai mouvement artistique, je voudrais que la mairie d'Athènes ou l'Etat créent des opportunités à l'instar de Paris ou d'autres capitales européennes dans le passé, pour soutenir la production artistique actuelle", explique-t-il à l'AFP.

La crise a favorisé "la coopération entre les artistes, ce qui renforce la créativité", assure Yannis Psychopedis, vétéran des arts plastiques.

L'apport de Documenta, le festival d'art contemporain allemand dont une partie s'est déroulée à Athènes au printemps en hommage à "la capitale de la crise", a contribué à intégrer, au moins temporairement, Athènes sur la scène artistique internationale.

Mais certains artistes ne partagent pas cet optimisme, déplorant que l'Etat grec n'ait jamais vraiment soutenu l'art, traditionnellement laissé au secteur privé faute de fonds publics suffisants et d'absence de politique adéquate.

La crise "a aidé à renforcer le lien entre les artistes. C'est vrai qu'il y a à Athènes un espace public dit +indéfini+ qui les inspire mais est-il suffisant pour sortir de l'impasse?", s'interroge Natassa Poulantza, l'une des 14 artistes exposant actuellement à Athènes.

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