La restauration d'une oeuvre d'art gigantesque à admirer à La Haye

15/09/17 à 09:57 - Mise à jour à 09:58

Source: Afp

Deux restauratrices passent l'aspirateur dans le ciel, perchées sur une plate-forme à plus de dix mètres de hauteur. Puis suivent des coups d'éponge, de plumeau et de crayon sur la fresque cylindrique en format XXL. Petit à petit, les énormes nuages qui s'amoncèlent au-dessus de La Haye retrouvent leur couleur d'origine.

La restauration d'une oeuvre d'art gigantesque à admirer à La Haye

© Belga

Depuis le mois de juillet, le Panorama Mesdag, une gigantesque toile représentant la ville de La Haye, le port et la plage de Scheveningen, peinte au XIXe siècle par le Néerlandais Hendrik Willem Mesdag, est nettoyé et restauré, sous les yeux des visiteurs du musée haguenais où il est exposé.

Pièce unique du patrimoine, ce Panorama aux dimensions colossales -plus de 14 mètres de haut, 40 mètres de diamètre et 120 mètres de circonférence- est la plus ancienne fresque en trompe-l'oeil du monde conservée dans son lieu d'origine.

Mais au fil des ans, la poussière et la suie se sont accumulées au-dessus de la mer du Nord peinte par l'artiste.

Dans la boîte à outils de l'équipe de restaurateurs chargée de faire briller à nouveau l'horizon, des brosses, éponges, pinceaux et crayons de couleur.

"Il n'y a pas de couche de vernis, ce qui fait que la saleté, la poussière, la suie et beaucoup de choses peuvent pénétrer la peinture", explique Leonoor Speldekamp, l'une des restauratrices.

Délicatement, elle manie l'éponge pour libérer le clocher d'une église, et peu à peu, l'ocre de la toile réapparaît.

"Nous commençons tout en haut, à 14 mètres -- puisque la toile du Panorama s'arrondit vers l'intérieur, la plupart de la poussière se trouve en haut-- (...) avec l'aspirateur et un pinceau très doux pour brosser la poussière et l'aspirer", dit Mme Speldekamp.

La restauration d'une oeuvre d'art gigantesque à admirer à La Haye

© Belga

"Ensuite, avec cette éponge très douce, comme une sorte d'éponge naturelle, nous enlevons les saletés". Puis l'aspirateur fait le reste, éliminant les "petits grains qui tombent".

La rotonde et le phénix

Les visiteurs contemplent l'oeuvre à 360 degrés depuis une rotonde en bois placée au centre de la pièce et qui trône au sommet d'une dune bien réelle. L'illusion d'optique fait toujours son effet: "On se croit vraiment sur cette plage en 1880, c'est très impressionnant", murmure un touriste chinois.

Mais les deux restauratrices affairées à rendre ses couleurs au ciel de Mesdag volent rapidement la vedette. "Parfois, les gens nous font coucou", sourit Mme Speldekamp, qui trouve amusant de travailler ainsi sous les yeux de l'assistance.

"Certains viennent spécialement au musée pour voir le nettoyage de l'oeuvre. Lorsque nous sommes absents ou en pause déjeuner, ils sont déçus de ne pas nous voir sur la plate-forme", raconte celle qui était déjà de la partie il y a vingt ans, lors de la "mission sauvetage" du Panorama.

A l'époque, "il y avait des trous dans la toile, elle était complètement abîmée à cause d'un oiseau qui avait dégradé un joint sur le toit du musée, causant des fuites d'eau", se souvient la restauratrice.

C'était la première fois que la toile subissait un tel lifting. "Auparavant, elle était nettoyée et restaurée occasionnellement", raconte Suzanne Veldink, membre de la direction du musée. Il est dorénavant prévu de faire appel à des restaurateurs "tous les cinq ans pour préserver la peinture et la toile."

Le Panorama Mesdag? Un phénix qui renaît toujours de ses cendres, de cette poussière grisâtre, de fuites néfastes... Les gestes des deux restauratrices sont minutieux, les coups de crayons extrêmement précis. Il y aurait de quoi avoir le mal de mer sur la plate-forme, dont l'ossature suit le moindre mouvement des artistes.

Insolite

Pendant les heures d'ouverture du musée, les restaurateurs se fondent dans le décor de la station balnéaire du XIXe siècle, une situation aussi insolite qu'inévitable. "Le Panorama Mesdag est resté un musée privé et nous ne pouvons pas nous permettre de fermer pendant les trois mois que durent le nettoyage et la restauration", explique Suzanne Veldink.

"Pour le public, c'est une réelle valeur ajoutée à la visite. Cela arrive rarement, c'est donc très spécial d'en être témoin", poursuit-elle.

"Nous sommes venus exprès pour voir la restauration de la toile, c'est impressionnant à voir, et très rare", se réjouit un couple de retraités israéliens passionné d'art, et plus précisément par l'Ecole de La Haye.

Prévoyant et ingénieux, Mesdag, l'un des peintres les plus connus de ce courant, qui a lui-même créé et cofinancé ce musée conçu sur mesure pour abriter son oeuvre, avait eu la présence d'esprit d'installer des rails au sol, au pied de la fresque, pour permettre aux futurs restaurateurs de travailler sur une plate-forme.

Entamés en juillet, les travaux devraient s'achever mi-septembre. D'ici là, de nouveaux détails se dévoileront chaque jour à Leonoor Speldekamp et à sa collègue Jorinde Koenen, dans le sillon de leurs traits de crayon.

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