Le Big U, paquebot symbole de l'âge d'or américain, ne veut pas mourir

19/10/15 à 10:30 - Mise à jour à 10:30

Source: Afp

Splendeur fanée chargée d'histoire, il a transporté Marilyn Monroe, Coco Chanel, Marlon Brando et quatre présidents américains. Mais depuis des années, le paquebot United States se languit à quai et ses fans viennent de lancer un SOS pour qu'il ne finisse pas en pièces détachées.

Le Big U, paquebot symbole de l'âge d'or américain, ne veut pas mourir

Le paquebot United States, en plein heure de gloire © capture d'écran

Le temps semble compté et l'argent manque pour sauver l'immense paquebot américain amarré sur la rivière Delaware à Philadelphie (est), en face d'un magasin Ikea. Sa peinture est écaillée, ses énormes cheminées décolorées par le soleil, ses chaînes rouillées, et les pas résonnent à l'intérieur, vidé depuis longtemps des traces de son luxueux passé.

Le paquebot United States, à quai dans le port de Philadelphie en 2009.

Le paquebot United States, à quai dans le port de Philadelphie en 2009. © Wikicommons

Lors de son voyage inaugural le 3 juillet 1952, ce bateau de 301 mètres de long avait battu le record de traversée de l'Atlantique pour un paquebot, en trois jours, 10 heures et 40 minutes. Un record qui tient toujours.

Merveille d'élégance et de technologie, il avait été conçu pour être rapidement transformable, si besoin était, en bateau de transport de troupes et sa conception, largement financée par le gouvernement américain, avait été entourée du plus grand secret.

Son célèbre architecte William Francis Gibbs l'avait voulu ininflammable, avec force utilisation d'aluminium.

Un million de voyageurs, célébrités d'Hollywood, hommes politiques, industriels, immigrants, ont voyagé entre les Etats-Unis et l'Europe à bord de ce bateau doté de trois orchestres, une salle de bal, deux cinémas, 20 ascenseurs et une piscine.

"Tous ceux qui comptaient dans leur domaine étaient là", se souvient, nostalgique, Joe Rota, 82 ans, tour à tour garçon d'ascenseur, groom puis photographe à bord, quand il avait 20 ans.

"Tout était tellement parfait, la technologie, le confort, la vitesse, la nourriture. Nous n'avons jamais eu de panne ou de retard", ajoute-t-il en égrenant ses souvenirs avec le Prince Rainier, Marlon Brando, le président américain Harry Truman ou Salvador Dali.

La Joconde, passagère protégée

La célèbre Joconde emprunta elle aussi le United States pour rentrer d'une exposition à la National Gallery de Washington. Elle avait sa propre cabine, devant laquelle chaque soir on déposait des chaussures à cirer de taille 48, pour faire croire qu'elle était gardée par un colosse.

Mais l'avion, très vite, sonne le glas des paquebots transatlantiques, et le 11 novembre 1969, après 400 voyages, le United States, qui pouvait transporter 2.000 passagers pour 1.000 membres d'équipage, est mis hors service.

Il est racheté à plusieurs reprises, les idées se succèdent - casino, bateau de croisière, bateau hôpital - sans se concrétiser. En 1984, ses meubles et ce qui reste de l'intérieur sont vendus aux enchères. Le bateau est finalement racheté en 2011 par l'association à but non lucratif "SS United States Conservancy", dont la directrice, Susan Gibbs, n'est autre que la petite-fille de l'architecte.

Le groupe sollicite les donations, explore les possibilités de partenariat.

Plusieurs hypothèses sont envisagées: une combinaison hôtel-restaurant, un musée, des bureaux, ou encore un incubateur d'entreprises à Brooklyn. "C'est comme un gratte-ciel horizontal, il a exactement la hauteur du Chrysler Building", souligne Susan Gibbs.

Elle le verrait bien accueillir des entreprises de technologie, clin d'oeil à son passé de bijou technologique. Elle insiste sur la surface disponible, plus de 46.000 m2, et sur le fait que le bateau est "structurellement très sain". Elle évoque des discussions en cours pour "une utilisation contemporaine très innovante de l'espace".

"Cela pourrait être extraordinaire", dit-elle, en évoquant la deuxième vie d'autres grands paquebots, comme le Rotterdam ou le Queen Mary.

Mais en attendant que les projets aboutissent, l'association doit débourser chaque mois 60.000 dollars (52.500 euros) pour garder à quai le United States. "Ce n'est pas tenable", reconnaît-elle.

Des dons sont venus des 50 Etats américains et de 36 pays.

"Nous n'avons jamais été plus près de le sauver, mais nous n'avons aussi jamais été plus près de le perdre", dit-elle.

Car les dons ne suffisent pas. Et le conseil d'administration a récemment annoncé son intention de le vendre à des recycleurs si de nouveaux donneurs ou investisseurs ne se signalent pas avant fin octobre. "Il faudrait un vrai changement", précise Susan Gibbs.

Un appel a été aussi lancé au maire de New York, Bill de Blasio.

Joe Rota veut y croire, en arpentant le pont silencieux. "C'était le plus beau paquebot du monde", soupire-t-il. "Un symbole de l'Amérique"

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