Douche de bière, gommage au chanvre, cire de cru: les cosmétiques naturels belges en plein essor

Bobone, des cosmétiques produits au cœur des Ardennes. © Élodie Grégoire

La cosmétique «made in Belgium» à base d’ingrédients d’origine naturelle est en plein boom. L’idée de travailler des matières premières cultivées localement fait aussi son chemin. Un désir de circularité qui touche toutes les étapes de la production.

A la source du projet lancé par Anne-Sophie Charle, voici moins de deux ans, il y a la vigne. Celle du domaine familial du Chant d’Eole, success-story wallonne dont les bulles délicates rivalisent avec de grands crus d’exception. «Je voulais valoriser tout ce qui peut l’être dans les résidus de la production des cuvées pour produire une gamme de cosmétiques naturels 100% made in Belgium, détaille-t-elle. Je m’étais fixé pour objectif que tout le processus de recherche, de formulation et de fabrication, jusqu’à l’emballage, se fasse en Belgique. Et qu’un maximum d’ingrédients soient sourcés chez nous.» La présence d’actifs intéressants dans le raisin n’est plus à démontrer, une marque comme Caudalie, en France, a fait de cette promesse le fil rouge de ses lignes. Mais notre entrepreneuse entendait faire ses propres découvertes. Les chercheurs qu’elle a emmenés sur le vignoble se sont penchés sur les sarments issus de la taille annuelle et les pépins dont est extrait le composant principal d’une huile de douche désormais best-seller. Ils ont aussi étudié les lies dans lesquelles se retrouvent les levures, les sucres et le sel tartrique qui colle sur les parois des cuves. Ce dernier est devenu la star du gommage corps.

Savon liquide à la bière, Trapp, 10,45 euros les 250 ml.
Savon liquide à la bière, Trapp, 10,45 euros les 250 ml. © Photos: sdp

Comme Maison Eole, de nouvelles marques se revendiquant d’une cosmétique naturelle et végane voient le jour chaque année en Belgique. Mais rares sont celles qui sourcent autant que possible localement, la taille de notre petit pays rendant l’exercice complexe. Dans les acteurs pionniers du secteur, RainPharma utilise du sucre de Tirlemont, issu de betteraves sucrières cultivées en Belgique, dans la composition de son Balming Face Polish. «Dès que je le peux, je choisis des ingrédients produits à proximité, plaide Dominique Bastin, le fondateur de la marque louvaniste. A condition que la qualité soit aussi bonne que celle de matières premières provenant de sources plus lointaines. En Belgique, les options pour des ingrédients de qualité sont malheureusement limitées. Mais tout ce qui est estampillé RainPharma est fabriqué et distribué depuis notre pays. De cette façon, nous essayons de garder la chaîne la plus courte possible.»

Baume nettoyant, MakeSenz, 30 euros les 120 ml.
Baume nettoyant, MakeSenz, 30 euros les 120 ml. © Photos: sdp

Douche de bière

En Flandre toujours, mais à Brecht cette fois, les moniales de l’abbaye Notre-Dame de Nazareth ont choisi de s’approvisionner chez leurs voisins trappistes de Westmalle pour lancer, en 2019, une gamme de soins pour le corps. Oubliés la lavande ou l’aloe vera: c’est la Dubbel qui entre dans la composition des shampoings, gels douche et laits hydratants de Trapp. L’Institut Meurice, à Bruxelles, a en effet mis en avant les bienfaits de la bière pour la peau et les cheveux, grâce à la présence de polyphénols, d’oligo-éléments, de vitamines et de minéraux.

De son côté, Sophie Trenteseaux le reconnaît: lorsqu’elle a créé MakeSenz, il y a une petite dizaine d’années, trouver ses actifs au plus près n’était pas sa priorité. «L’offre n’était pas aussi présente qu’aujourd’hui, souligne-t-elle. Maintenant, je réfléchis au sourçage dès que je formule ou reformule un produit. J’ai ainsi découvert les vertus de l’huile de chanvre cultivée en bio par des agriculteurs en Hesbaye. Pour moi, cela a d’autant plus de sens de l’utiliser dans un produit cosmétique qu’elle remplace avantageusement des huiles plus exotiques. Cela m’a permis d’abandonner l’avocat, par exemple, dans une de mes crèmes nourrissantes, car on sait que sa production est un désastre écologique. Se fournir localement est environnementalement intéressant mais je suis aussi convaincue que les variétés que l’on fait pousser ici sont également mieux adaptées aux besoins des peaux des personnes qui vivent à proximité.» La jeune femme s’intéresse également à l’huile de tournesol pour réaliser des macérats de calendula et de camomille. Un projet de culture à des fins cosmétiques est à l’étude en région liégeoise. «Il serait toutefois illusoire d’imaginer tout trouver en Belgique à moins de rester sur des formules assez brutes», nuance celle qui parvient quand même à utiliser entre 5 et 10% de matières premières du cru dans ses produits.

Concentré d’huile de douche, Maison Eole, 27,90 euros les 200 ml.
Concentré d’huile de douche, Maison Eole, 27,90 euros les 200 ml. © Photos: sdp

Cire du cru

Installée au cœur des Ardennes, Charlotte Renard, elle, a toujours voulu s’approvisionner près de chez elle au moment de lancer Bobone, il y a un peu plus de cinq ans. Tout a commencé avec le gommage Jack qu’elle fabriquait pour les clientes de son institut. La gamme compte aujourd’hui une trentaine de références. «Je suis attentive à la fabrication des ingrédients, insiste-t-elle. Je veux des producteurs qui partagent nos valeurs.» La cire d’abeille est fournie par quatre apiculteurs du coin, le chanvre aussi est noir-jaune-rouge, le sucre, lui, vient du nord de la France comme pas mal d’huiles végétales et d’épices – la frontière est à deux pas. «Depuis le début, nos fournisseurs sont les mêmes, se réjouit-elle. Et tout sort encore de notre atelier. C’est cela aussi le circuit court. Je ne m’interdis pas d’utiliser du beurre de karité ou de l’huile de coco mais les recettes sont les miennes, je les finalise avec un labo local qui m’aide pour la formulation et les tests.»

Balming Face Polish, RainPharma, 39,95 euros les 50 ml.
Balming Face Polish, RainPharma, 39,95 euros les 50 ml. © Photos: sdp

Preuve que l’argument fait mouche, la demande pour des ressources locales est de plus en plus forte. Parmi les grands groupes cosmétiques qui jouent la carte de la naturalité dans leurs formules, nombreux sont ceux qui se tournent désormais vers des matières premières cultivées si possible en Europe. Une affaire de storytelling sans doute. Doublée d’une nécessité à devenir, crises à répétition obligent, aussi autonomes que possible.

Gommage Jack, Bobone, à partir de 19,75 euros les 100 ml. © Photos: sdp

Vous avez repéré une erreur ou disposez de plus d’infos? Signalez-le ici

Partner Content