Hier, je me suis surprise à avoir un comportement peu glorieux. Mon chéri était dans la cuisine, touillant dans les casseroles, grillant des filets de saumon et une montagne de courgettes. Sortant de nulle part, je m'exclame : "J'ajouterais du citron".

Apparemment, je suis comme ça. Quand mon partenaire fait la cuisine, il faut que je m'en mêle. D'habitude, c'est parce que je pense que je suis plus capable que lui, mais aussi, parfois, par compassion. Après tout, nous avons tous les deux une journée de travail derrière nous, alors regarde, bébé, au lieu de traîner sur le canapé, je me sacrifie pour t'aider sous la hotte. "Tu ne rajouterais pas du sel ?"

Je sais pourtant pertinemment que la frontière entre vouloir aider et critiquer est bien mince. Et que trop interférer est un puissant tue-l'amour. Et malheureusement pour mon chéri, je n'interfère pas seulement dans la cuisine. Il y a d'autres choses dont je me mêle alors qu'il fait pourtant de son mieux. Du genre "Ce vase bleu ne serait-il pas mieux ?", "je ferais tourner une machine de laine si j'étais toi", "Il y a encore de la graisse sur la poignée de cette casserole"

Quand mon ami m'a dit qu'il voulait prendre deux semaines de congé pour s'occuper de notre fils de quatre mois, j'ai été touché. Il voulait s'en occuper à plein temps et tout faire tout seul. Il voulait être là tous les jours pour cet enfant à la tête ronde, en s'assurant qu'il boive suffisamment et qu'il ait les oreilles propres. C'était sans solde aussi, car il est indépendant et que le congé de paternité récemment mis en place est arrivé trop tard pour lui. Peu de temps après la naissance, il avait déjà pris trois semaines de congé. Mais maintenant que j'étais de retour au travail, mon ami voulait un tête-à-tête avec son fils. Face à sa demande, je décide immédiatement que, pour une fois, je ne m'en mêlerais pas. Moi, pendant quatre mois, j'avais eu toute liberté d'apprendre à connaître notre enfant et de pouvoir grandir dans mon rôle de mère. Je ne voulais pas le priver de ce merveilleux sentiment de victoire qu'on peut avoir à la fin d'une journée réussie.

Bien sûr, mon amour n'était pas totalement novice. Il a été le premier à apprendre à notre fils à s'allonger sur le ventre et quand il a dû retourner travailler, il a exigé le porte-bébé chaque week-end. Pour lui il était important de passer à l'étape suivante. Il avait hâte de garder son bébé. Un bébé qui pouvait rester heureux sans l'allaitement auquel il était habitué et sans la présence d'une mère. Il voulait essuyer seul les fesses sales dans un café sans table à langer. Il avait également prévu un rendez-vous chez le coiffeur et a simplement pris l'enfant avec lui. Je me suis mordu la lèvre, mais je n'ai rien fait, rien dit. Je lui ai laissé le droit et l'espace de tout régler par lui-même.

Depuis, notre fils va à la crèche. Et quand une des gardiennes téléphone pour dire que notre petit gars a une vilaine toux, je ne ressens plus une once de stress quand mon chéri propose d'aller le chercher et de l'emmener chez le médecin. Mon conjoint non plus. Le père et le fils ont rapidement appris à s'en sortir et ont même développé leur propre dynamique. Aujourd'hui, je ne vois pas une seule chose qu'il ne fasse pas aussi bien que moi, voire mieux. Et moi ? J'ai décidé de lâcher prise plus souvent. Car du saumon sans citron, c'est peut-être ce qu'il y a de mieux.