Lors de votre prochaine visite chez le psy, jetez un oeil aux quelques ouvrages qu'il ou elle n'a pas manqué d'installer dans son bureau ou à côté du divan, et qu'il ou elle vous conseillera sans doute de lire un jour, en fin de séance. Entre sa Bible (Freud), sa sélection de guides pratiques (du genre Savoir gérer son stress, L'estime de soi ou Anti-déprime, mode d'emploi) et quelques romans incontournables (au moins un Monde de Sophie, beaucoup de Paulo Coelho, toute l'oeuvre d'Eric-Emmanuel Schmitt...), votre thérapeute y aura peut-être ajouté, et c'est nouveau, quelques BD. Sans doute pas, hélas, les meilleurs opus de Franquin ou de Peyo - et c'est dommage, le rire est un excellent médicament de l'âme -, mais plus probablement quelques titres récents, et de plus en plus nombreux, qui tous ont la particularité de mêler la fiction au réel et de se frotter aux maux psycho, sociaux ou très concrets de notre temps. Et, en gros, de faire du bien à ceux qui se sentent concernés. Problèmes de harcèlement à l'école, enfance maltraitée, deuil, insomnies, angoisses, quête du bonheur, crise de la cinquantaine ? A chaque mal son album : la " bibliothérapie " devient de plus en plus " BDthérapie ".
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Lors de votre prochaine visite chez le psy, jetez un oeil aux quelques ouvrages qu'il ou elle n'a pas manqué d'installer dans son bureau ou à côté du divan, et qu'il ou elle vous conseillera sans doute de lire un jour, en fin de séance. Entre sa Bible (Freud), sa sélection de guides pratiques (du genre Savoir gérer son stress, L'estime de soi ou Anti-déprime, mode d'emploi) et quelques romans incontournables (au moins un Monde de Sophie, beaucoup de Paulo Coelho, toute l'oeuvre d'Eric-Emmanuel Schmitt...), votre thérapeute y aura peut-être ajouté, et c'est nouveau, quelques BD. Sans doute pas, hélas, les meilleurs opus de Franquin ou de Peyo - et c'est dommage, le rire est un excellent médicament de l'âme -, mais plus probablement quelques titres récents, et de plus en plus nombreux, qui tous ont la particularité de mêler la fiction au réel et de se frotter aux maux psycho, sociaux ou très concrets de notre temps. Et, en gros, de faire du bien à ceux qui se sentent concernés. Problèmes de harcèlement à l'école, enfance maltraitée, deuil, insomnies, angoisses, quête du bonheur, crise de la cinquantaine ? A chaque mal son album : la " bibliothérapie " devient de plus en plus " BDthérapie ". Les livres, c'est connu, font réfléchir, divertissent et, parfois, aident à guérir. Au point que la pratique de la lecture, ou de certaines lectures, soit aujourd'hui considérée comme paramédicale, entre art-thérapie et développement personnel. Une technique nommée dès 1916, mais réellement utilisée depuis quelques années seulement, et essentiellement dans les pays anglo-saxons - en Angleterre, des bouquins sont prescrits sur ordonnance et pourraient bientôt faire l'objet d'un remboursement par la sécurité sociale ! " La bibliothérapie fonctionne pour l'essentiel sur trois niveaux, explique ainsi Christophe André, psychiatre, psychothérapeute et auteur français, spécialisé dans les troubles anxieux et phobiques. Certaines fictions peuvent activer les prises de conscience, parfois jusqu'au transfert. " Régine Detambel, autre experte française en la matière, le confirme dans son recueil Les livres prennent soin de nous : Pour une bibliothérapie créative (Actes Sud) : " C'est exactement sur ce phénomène que se penchent les adeptes de la bibliothérapie : se mettre à la place de l'autre pour stimuler l'empathie, l'altruisme, la compassion ou à l'inverse, le dégoût, le rejet, la colère... Bref, susciter des émotions et permettre de montrer au lecteur-patient qu'il n'est pas seul à éprouver tel sentiment ou avoir vécu telle situation. " Un terreau fertile pour la bande dessinée, et en particulier celle qui se penche sur la réalité. Cela fait plusieurs années déjà que les planches, après s'être focalisées, pour l'essentiel et pendant près d'un siècle, sur la fiction pure et les séries, se sont ouvertes à tous les genres et à tous les formats, et en particulier au traitement du réel : BD-reportages, interviews dessinées, récits historiques ou pédagogiques, autofiction... De nouveaux créneaux qui ont par exemple transformé certains albums en condensé de dictionnaire médical : Frederik Peeters a évoqué la séropositivité dans Pilules bleues, Manu Larcenet a traité de l'Alzheimer dans Le combat ordinaire, Pozla a récemment tout expliqué de la maladie de Crohn dans Carnet de santé foireuse, Judith Vanistendael a fait le tour du cancer dans David, les femmes et la mort, même l'herpès est au centre du Monsters de Ken Dahl ! Des témoignages mis en fiction ou traités de front qui s'attaquent désormais à tous les maux, y compris sociétaux ou psychiques... et dont le partage ne peut être que bénéfique. La Belge Pascaline Manbour, ancienne psychothérapeute et créatrice d'un site Web largement consacré à la bibliothérapie (http://aidepsy.be/bibliothérapie), confirme ce diagnostic : " Les livres ne soignent pas, ils sont des " outils " dans le cadre d'une thérapie, car ils permettent à la personne d'amener un matériel psychique qui n'aurait peut-être pas été mis au jour sans cela. Les BD peuvent également être intéressantes si elles suscitent autre chose que le plaisir et la distraction chez le lecteur mais l'invitent à rêver, imaginer, se projeter, se poser des questions... " Soit exactement ce que proposent de faire toute une série de publications récentes (lire par ailleurs), donnant naissance à une tendance qui ne fera sans doute que croître : de véritables planches thérapeutiques et autres " feel good comics " dont le segment de marché importera peut-être plus, pour les éditeurs, que leur qualité purement " bédéphilesque ". On a ainsi vu passer, dans les prévisions de sorties, un Cultiver le bonheur pour les nuls qui pourrait angoisser les amateurs de BD. Ils en parleront à leur psy...