C'est une nature à perte de vue, ponctuée de parcelles de vignes et d'éperons rocheux, que désigne du bout du doigt Marc Verstraete. Cet entrepreneur originaire de Roulers ne peut cacher sa fascination pour le cirque de verdure, situé à près de 300 m d'altitude, qui vient d'absorber son regard pendant une interminable minute. " Je ne me lasse pas de ce paysage ", confie-t-il, songeur, avant de remettre le contact de sa Kawasaki Mule. A bord du petit buggy tout-terrain vert bouteille, il emmène le visiteur pour un très justement nommé " ski safari ", une découverte chahutée de son domaine de 150 hectares s'étendant en bordure du Minervois. Souple et nerveux, le véhicule file à travers les chemins étroits et escarpés devenus étincelants sous un soleil de plomb que ne tempère pas le mois de septembre. Sur la banquette arrière, oreilles au vent, le chien Billy, compagnon inséparable du self-made-man, expose sa truffe aux effluves de garrigue. Sauge, pin, romarin, thym... il n'en rate pas une.
...

C'est une nature à perte de vue, ponctuée de parcelles de vignes et d'éperons rocheux, que désigne du bout du doigt Marc Verstraete. Cet entrepreneur originaire de Roulers ne peut cacher sa fascination pour le cirque de verdure, situé à près de 300 m d'altitude, qui vient d'absorber son regard pendant une interminable minute. " Je ne me lasse pas de ce paysage ", confie-t-il, songeur, avant de remettre le contact de sa Kawasaki Mule. A bord du petit buggy tout-terrain vert bouteille, il emmène le visiteur pour un très justement nommé " ski safari ", une découverte chahutée de son domaine de 150 hectares s'étendant en bordure du Minervois. Souple et nerveux, le véhicule file à travers les chemins étroits et escarpés devenus étincelants sous un soleil de plomb que ne tempère pas le mois de septembre. Sur la banquette arrière, oreilles au vent, le chien Billy, compagnon inséparable du self-made-man, expose sa truffe aux effluves de garrigue. Sauge, pin, romarin, thym... il n'en rate pas une. Rythmant la balade de nombreux arrêts, l'homme d'affaires énumère ce qui fait le charme de ce coin de paradis qu'il a mis longtemps à dénicher : la proximité avec la mer - Narbonne n'est pas loin -, les impressionnants canyons rocailleux, la silhouette floue et lointaine des Pyrénées - ce caractère approximatif de la chaîne de montagnes est une bonne nouvelle, une vision claire annoncerait l'arrivée de la pluie à coup sûr -, les prometteurs chênes truffiers plantés récemment, le parc naturel du Haut-Languedoc à quelques encablures ou encore les traces d'un passé glorieux - des oeufs de dinosaure, une pierre sacrificielle qui fait froid dans le dos ou les fondations d'une villa romaine. Personne ne l'ignore désormais : longtemps snobés, les vins du Languedoc-Roussillon renouent depuis quelques années avec l'estime des amateurs. Trop modeste pour le reconnaître, Marc Verstraete figure parmi ces entrepreneurs qui ont redoré le blason de ce pan d'Occitanie : " Lorsque j'ai vendu mes affaires, mon épouse et moi souhaitions faire du vin à petite échelle. L'idée était d'acheter tout au plus 2 hectares de vignes pour couler des jours heureux. Nous avons arpenté une bonne partie de la planète avant de trouver. " Comme souvent pour ce genre de projets, les choses ne se sont pas passées comme prévu. En 2007, le couple tombe amoureux d'une propriété viticole du côté d'Assignan, un petit village de l'Hérault. Mal exploité, le domaine posé sur les terres de l'appellation saint-chinian fait place à une ancienne commanderie cathare du xiie siècle s'ouvrant sur un vaste amphithéâtre complanté de cépages. Face à ce paysage intact, Marc et Tine ne résistent pas, ils acquièrent 27 hectares en un premier temps. Terroir complexe rythmé de veines calcaires, de grès et d'argile, présence conséquente de vignes de plus de 70 ans et caractère préservé du site, les Verstraete prennent rapidement la mesure du potentiel qu'ils ont entre les mains. Cette révélation leur donne l'envie d'investir et de tirer le projet vers le haut. Entre 2007 et 2018, le duo ne ménage pas sa peine. Avec pas mal de flair, il ne néglige aucun des détails qui importent aujourd'hui : conversion au bio, vinification parcellaire, goût pour les cépages rares - carignan blanc -, petits rendements, recours à des " flying winemakers " de renom - Michel Tardieu et Philippe Cambie... Sans oublier l'élaboration d'une gamme élargie, allant de l'effervescent - un brut rosé qui fait l'impasse sur le dosage - au vin doux, en passant par un rouge de soif sans soufre ajouté. Le tout pour une montée en puissance qui s'est accompagnée d'un élargissement progressif des terres - 150 hectares dont 32 sont consacrés à la vigne. Non content de faire bon et beau, le tandem entend également se mettre au diapason de l'écrin vert sur lequel il a élu domicile. Guidoline et Princesse, deux chevaux de trait ménageant la structure des sols, témoignent de ce désir d'harmonie qu'une approche de récoltes manuelles prolonge. Ce n'est pas tout, dans un contexte où de plus en plus d'acteurs du secteur ont à coeur de se distinguer à la faveur d'un chai remarquable, le Château Castigno a inauguré pour sa dixième vendange une cave à couper le souffle. Pour la réaliser, il a été fait appel au décorateur autodidacte Lionel Jadot. Le Bruxellois a signé un impressionnant bâtiment en forme de bouteille. Si ce dessin n'est visible que depuis le ciel, il n'en reste pas moins que l'oeil s'extasie devant ce que le journal Le Parisien a qualifié de " première cathédrale du vin de France ". Entièrement recouverte de bois de chêne liège en provenance du Portugal et supporté par des colonnes en métal s'apparentant à des troncs d'arbre, la cave expose sa partie la plus étroite, son " goulot " en quelque sorte, vers le soleil couchant. Plus qu'une réalisation, il s'agit d'un véritable geste architectural, d'une sculpture en plein air, dont les lignes brutes et les textures organiques évoquent immanquablement le Land Art. A l'intérieur, rien n'a été laissé au hasard, qu'il s'agisse de l'agencement des cuves ovoïdes, du mobilier fabriqué à partir de rebuts de matériaux utilisés pour l'élevage du vin, des crachoirs dont les lignes évoquent des pots de peinture ou du cellier dans lequel de la musique classique est diffusée en permanence. Non loin des vignes chargées de raisins du Château Castigno, le petit village d'Assignan a des allures de carte postale. Le clocher qui scande heures et demi-heures renforce le sentiment de paix qu'inspire l'alignement des façades impavides qui abritent quelque 100 âmes. Comme atténué, le son de la cloche semble un écho surgi du passé. Le visiteur ne peut dissimuler sa surprise face au caractère pittoresque du décor : l'architecture est ici cohérente. La différence est marquée avec de nombreux autres hameaux de la France profonde où l'exode vers la ville a entraîné le morcellement et la décrépitude de l'habitat. Son charme préservé, Assignan le doit en partie à Marc et Tine Verstraete qui y ont transposé un art de vivre glané au contact du raisin. Le premier explique : " Quand nous sommes arrivés ici, la vie était ralentie, plusieurs maisons étaient à l'abandon. De la même façon que le Château Castigno a retrouvé de sa superbe, Tine et moi avons pensé qu'il était possible de faire de même avec le village. Nous avons fait du lobbying auprès des autorités locales pour enterrer les lignes électriques, faire paver les rues et rouvrir un café sur la place du village. " Le duo belge ne se contente pas de peser sur les décisions politiques, il met aussi la main au portefeuille en acquérant, année après année, plusieurs maisons qu'il restaure et repeint aux couleurs du jus de la treille, matière première dont il mesure désormais toutes les nuances chromatiques. En 2016, cet élan inspire un concept de séjours d'un nouveau genre au couple d'entrepreneurs. Les 17 bâtisses du village qui sont en leur possession font place à 24 chambres qu'il est possible d'occuper, au choix, en version hôtel ou maisons de vacances à louer. On retient tout particulièrement l'approche hôtelière qui, en plus d'offrir une expérience de petit-déjeuner unique, décline de nombreux services : espace bien-être, découverte de la région en Vespa, école du vin, approche " digital detox " qui bannit le Wi-Fi des chambres. A cela, il faut ajouter une dernière idée lumineuse des Verstraete, Marc et Tine ont implanté trois restaurants au coeur d'Assignan. Dès lors, la commune affiche un surprenant ratio d'un cuisinier pour 10 habitants. Au programme, une cantine thaïe, un bistro sans façon et une table gastronomique épurée de haut vol emmenée par les frères Ruben et Pieter De Maesschalck. Point commun entre ces trois adresses ? Une qualité remarquable, des menus " surprise " qui changent tous les jours et surtout des événements qui dynamisent l'ensemble - ainsi des soirées " asado " dédiées au fameux barbecue sud-américain dont les flammes disent le goût caramélisé des propriétaires pour l'Uruguay, pays où ils passent la moitié de leur temps. En 2017, un classement de la chaîne de télévision CNBC propulsait Saint-Chinian dans le top 5 des " best places to retire " (les meilleurs endroits où prendre sa retraite), provoquant ainsi un boom de fréquentation en provenance des Etats-Unis. Dans cette lignée, avec sa gamme étendue de services et son impact touristique limité à 50 voyageurs à la fois, cela ne fait aucun doute : Assignan figure désormais en lettres rouges sur la liste des lieux où poser ses valises pour ceux qui souhaitent art et douceur de vivre sans avoir à lever le petit doigt.