Le Québec, pays de la cabane à sucre? Oui, mais pas seulement. L'image qui colle à la Belle Province est à dix mille lieues du quotidien de la ville métissée qu'est Montréal et ses (environ) 6.000 restaurants. Si l'érable édulcore certains desserts et plats de résistance, d'autres saveurs moins attendues mettent les papilles en émoi. Dans le quartier du Mile-End, on casse la croûte avec des bagels. Sur le Plateau-Mont-Royal, on déguste une grillade portugaise. Dans La Petite-Italie, ça sent bon la pizza et autres saveurs méditerranéennes. Quant au centre-ville, il offre un peu de tout, entre sushis japonais ou poke bowls hawaïens. Le tout dans une fourchette de prix qui permet à chacun de s'initier aux cuisines classiques ou nouvelles.
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Le Québec, pays de la cabane à sucre? Oui, mais pas seulement. L'image qui colle à la Belle Province est à dix mille lieues du quotidien de la ville métissée qu'est Montréal et ses (environ) 6.000 restaurants. Si l'érable édulcore certains desserts et plats de résistance, d'autres saveurs moins attendues mettent les papilles en émoi. Dans le quartier du Mile-End, on casse la croûte avec des bagels. Sur le Plateau-Mont-Royal, on déguste une grillade portugaise. Dans La Petite-Italie, ça sent bon la pizza et autres saveurs méditerranéennes. Quant au centre-ville, il offre un peu de tout, entre sushis japonais ou poke bowls hawaïens. Le tout dans une fourchette de prix qui permet à chacun de s'initier aux cuisines classiques ou nouvelles. Certes, les chefs locaux ne bénéficient pas de la même aura que leurs confrères d'outre-Atlantique, mais le savoir-faire de plusieurs d'entre eux a néanmoins traversé les frontières. Des noms? Normand Laprise, chef du Toqué!, considéré comme le pionnier de la gastronomie québécoise. Jérôme Ferrer, qui officie à l'Europea, un établissement Relais & Châteaux et, selon TripAdvisor, l'un des 10 meilleurs restos... du monde. Ou encore David McMillan et Frédéric Morin qui, à la fois aux commandes du Joe Beef, du Liverpool House (où le Premier ministre canadien Justin Trudeau a dîné avec Barack Obama en 2017) et du Vin Papillon, ont contribué à remettre sur la carte touristique le quartier de La Petite Bourgogne, repaire des jazzmans durant la Prohibition. En 2012, pour élargir l'horizon culinaire des Québécois et des visiteurs, l'office de tourisme lançait l'événement annuel Montréal à table. Au programme: une centaine de restaurants qui, durant onze jours, proposent des menus 3 services à prix doux et fixes: 23, 33 ou 43 dollars canadiens (environ 15, 22 et 29 euros). Cela avec des recettes invoquant les produits locaux. Ce rendez-vous, au même titre que des jeunes magazines à l'esthétique léchée comme Dînette et Trois fois par jour disponibles jusqu'en Europe, montrent clairement la créativité bouillonnante qui agite aujourd'hui le pays. Pour s'en convaincre, le mieux, c'est de se laisser allécher. Les gastronomes n'ont d'autre choix que de réserver un jour une table dans cette adresse du quartier de Rosemont logée dans un ancien atelier de construction de trains. Le lieu doit d'ailleurs son nom aux cultivateurs Hoogan et Beaufort qui, en 1879, ont vendu leurs terrains au Canadian Pacific Railways. Le chef Marc-André Jetté conçoit des mets divins à base de produits de saison en revampant les légumes. L'assiette, belle comme une nature morte, et le décor aux hauts plafonds avec un feu ouvert à l'arrière-plan pensé par APPAREIL architecture, méritent cette petite expédition hors du centre-ville. Le week-end, un brunch permet de se faire plaisir à un tarif plus accessible. Les tartes au citron meringuées de cette pâtisserie font courir le tout-Montréal au Plateau. Avant de l'ouvrir, Stéphanie Labelle s'est fait la main chez Pierre Hermé, à Paris. Lors d'une balade dans un quartier aux maisons ornées de jolis escaliers en fer forgé, il faut absolument prévoir une pause dans ce salon de thé rehaussé des lampes Perle du studio de design québécois Larose Guyon. A un jet de pierre, le Comptoir Rhubarbe, dans les anciens locaux de la pâtisserie, comble les envies salées pour un prix très light. Parmi les irrésistibles du brunch: les oeufs Bénédicte sur un muffin coiffé de gravlax. L'équipe accepte quelques réservations. Dans la famille des cafés hybrides de Montréal, nous appelons cette enseigne ouverte l'hiver dernier dans le Mile-End. Le lieu accueille un café, mais aussi les ateliers d'une chapelière et d'une maroquinière, ainsi qu'une boutique d'objets design. Le tout dans un décor à la Wes Anderson imaginé par la firme APPAREIL architecture. Gabriel Malenfant, membre d'un groupe d'électro-rap, et sa "blonde" Véronique Orban de Xivry, fondatrice de la marque de sacs Bouquet, sont derrière ce concept rassembleur. Si les cafés troisième vague y sont excellents, on vient surtout ici pour se mêler à la jeunesse créative de la ville. L'endroit, ouvert de 8 à 20 heures en semaine, est fidèle à la générosité de Rita, la grand-mère de Gabriel, qui a fêté ses 105 ans en 2018! Dans une tour du quartier des affaires dont l'entrée ressemble à celle d'un vieux cinéma, cet établissement mexicain a vu sa réputation croître à la vitesse de l'éclair dès son ouverture en 2015. Une taverne avec des murs glorifiant Lucha Libre et Frida Kahlo, avec une carte proposant des tapas et cocktails endiablés. Le guacamole avec tacos pimentés maison, le ceviche de camarones, la morue croustillante et les côtes de porc aux cerises sont à se lécher les doigts. A noter: Escondite dispose d'une deuxième adresse près du Centre Bell, où sont diffusés les matchs de hockey sur glace. Pour peu, on passerait devant sans le remarquer. Le Larry's, adresse chouchou du Mile-End, surtout à l'heure du brunch le week-end, compte une trentaine de places, zinc compris, avec vue sur la micro-cuisine ouverte. Les contours de ce lieu intime ont été imaginés par les propriétaires du restaurant et de la boucherie voisine Lawrence, une institution pour les gourmets. On s'y arrête pour des assiettes délicieuses: pancakes au sirop d'érable, courge gratinée, spaghettis au maquereau ou au tartare de poisson... L'idéal étant de partager trois ou quatre portions en fonction de l'appétit. Ouvert de 8 heures à 1 heure, sans réservation. Avant l'arrivée du Butterblume, ce coin du Mile-End au pied du viaduc Van Horne était plutôt tristounet. Julie Romano (dont le C.V. comporte le renommé Olive & Gourmando et la pâtisserie Rhubarbe) et Nadine Boudreau (ex-sommelière du très chic bar à vin Pullman) ont investi en 2016 une ancienne boulangerie pour en faire un café-boutique-restaurant inspiré des meilleurs spots de la côte ouest. Cette adresse fleurie, ouverte sur une ruelle, ne désemplit pas. Parmi les classiques: les raviolis allemands ou encore le cake au chou-fleur. Léger bémol: la maison ne prend pas de réservation pour le brunch, et elle ferme à 16 heures. Mais rien n'empêche de se rabattre sur le comptoir voisin et ses délices à emporter. Ouvert en juin dernier dans le Vieux-Port, ce café s'est tout de suite hissé parmi les meilleures adresses de Montréal. Eric Girard et Dyan Solomon - aussi derrière les restaurants Olive & Gourmando et Foxy - ont confié le décor au designer Zébulon Perron auquel on doit les plus beaux bars, cafés et restaurants de la ville. Banquettes en velours, luminaires anciens, grands zincs et mosaïque au sol rappellent les vieux cafés italiens. On retrouve en cuisine le chef Nicholas Giambattisto, ancien du mythique Joe Beef. Les plats, magnifiquement mis en scène, se partagent. Parfait à toute heure, et notamment à l'apéro pour déguster des vins italiens nature ou d'importations privées... à tomber. Le designer Zébulon Perron, encore lui, a sorti le grand jeu pour la transformation en bar de cette ancienne boutique de mode pour hommes du centre-ville: lustres de cristal, tables en marbre, boiseries... mariés à des murs en béton brut qui ajoutent une touche industrielle. Dans sa cuisine ouverte, le chef Marino Tavares, venu du restaurant portugais haut de gamme voisin Ferreira, prépare des classiques catalans, à commencer par une savoureuse paella aux fruits de mer. Si la facture d'un repas plusieurs services est un peu salée, l'adresse est parfaite pour un apéro accompagné de tapas et de vins charpentés. L'une des tables les plus réputées de Montréal est tenue par un chef d'origine belge, Marc De Canck, qui a ouvert La chronique en 1995 et s'est associé au Québécois Olivier de Montigny pour une évolution saluée des critiques gastronomiques les plus exigeants. L'espace intemporel développé avec MU architecture dans le quartier d'Outremont ne détourne pas l'attention du principal: l'assiette, d'inspiration française, aux saveurs et couleurs savamment travaillées. Bien sûr, une telle expérience a un prix: comptez environ 80 dollars canadiens (53 euros) pour un menu à trois services. L'astuce? Privilégier une venue en semaine pour le lunch (entrée + plat), où l'on peut alors se régaler à partir de 25 dollars (17 euros, hors taxes et service). Avec ses vieux Chesterfield, ses lettres lumineuses vintage et sa jungle de plantes vertes, le Darling, situé en face de la maison de Leonard Cohen sur le Plateau-Mont-Royal, est l'un des bars les plus instagrammés de Montréal. Dès 8 heures, entouré d'étudiants ou de jeunes cadres, on s'y installe pour un café accompagné de viennoiseries. Plus tard dans la journée, on revient y paresser pour siroter un cidre ou une bière artisanale en fût du Québec, avec des charcuteries et des fromages. Ce bar élégant, qui ferme à 3 heures du matin, est interdit aux moins de 18 ans.