"Il était l'un des derniers grands créateurs de Paris (...) Ce créateur était un visionnaire. Nous ne t'oublierons pas, cher Alain. Tu nous manques déjà", a écrit le critique sur son blog, avant de confirmer à l'AFP cette disparition également annoncée par Le Figaro sur son site.

"On a perdu une des plus belles mains de la cuisine française. C'était la précision, la justesse, l'originalité, la créativité. J'avais en face de moi avec un peintre, un poète", a réagi le chef Alain Passard qui avait travaillé avec lui à la fin des années 70.

Alain Senderens faisait partie des plus grands chefs français, récompensé de trois étoiles Michelin depuis 1978, quand il dirigeait l'Archestrate rue de Varenne (devenu l'Arpège, repris par Alain Passard), puis Lucas Carton près de la place de la Madeleine.

Jusqu'à un coup d'éclat en 2005: il décide alors de renoncer aux trois étoiles que le célèbre guide gastronomique lui accordait depuis 28 ans, pour faire un nouveau restaurant "sans chichi" et plus abordable, qu'il rebaptisa "Senderens".

"Je veux faire un restaurant différent, une grande bouffe sans chichi, moins ampoulé" où le prix du repas tournerait autour de 100 euros", plaidait alors celui qui fit ses classes à la Tour d'Argent en tant que commis.

"Il faut bouger les choses (...) il y a les grands palaces qui dépensent énormément d'argent et on ne pourra jamais les suivre", insistait ce grand nom de la gastronomie.

Dans l'assiette, Alain Senderens était un inventeur à l'origine de mets "qui revisitaient la cuisine d'aujourd'hui à l'aune des grimoires d'autrefois", se souvient Gilles Pudlowski, évoquant son foie gras chaud au chou ou sa raviole de langoustine.

Il a agité la gastronomie française en proposant des associations salées-sucrées ou en exhumant de vieilles recettes, comme le canard Apicius rôti (datant de l'époque romaine) ou le homard à la vanille.

Après avoir été "raciste dans le vin" - "comme beaucoup de gens je ne connaissais que le Bordeaux quand j'étais plus jeune"-, il a mis les bouchées double pour rattraper son retard et a modifié sa cuisine.

Au point de devenir le maître de l'accord mets et vin, un thème sur lequel il a écrit de nombreux ouvrages.

Sa première introduction d'un vin blanc sur un plateau de fromages a fait scandale à l'époque.

"Un vin me donne des idées", expliquait M. Senderens en recevant en 2002 l'AFP. "Il donne un cadre à mon travail, dans la recherche des accords, c'est-à-dire en texture, volume et densité. Quand je me suis trompé, le vin devient plat, le mets sonne faux".