Petite histoire de la banane

Dans les années 1920, seules les bananes Gros Michel étaient destinées à l'exportation. Or, incapable de résister au champignon du Panama, la Gros Michel a disparu. Pendant un temps, les bananes se sont raréfiées, jusqu'à ce que le secteur lance une nouvelle espèce résistante au champignon: la Cavendish.

Banane Cavendish, Wikicommons
Banane Cavendish © Wikicommons

À l'exaspération de Gert Kema, chercheur pour Plant Research International, après cette crise, l'industrie s'est reposée sur ses lauriers. "Elle n'a absolument pas investi en recherche de nouvelles races, de résistance, de goût. C'était le retour du business as usual," explique-t-il au site De Correspondent. Depuis la crise précédente, le secteur de la banane s'appuie sur une seule race. Et c'est problématique, car l'histoire risque de se répéter très bientôt.

Manque de diversité

Fleurs de bananier Cavendish, Wikicommons
Fleurs de bananier Cavendish © Wikicommons

Si on mise tout sur une combinaison génétique particulière, il suffit d'une maladie ou d'un défaut génétique pour faire disparaître une espèce. C'est le cas de la banane, car aujourd'hui, une ancienne variante du champignon de Panama refait surface. Et le plant de banane est incapable de se défendre contre la maladie.

La situation est d'autant plus alarmante qu'il faut attendre pas moins de 30 ans pour cultiver de nouvelles bananes sur une plantation où le champignon a proliféré. La question n'est donc pas si la Cavendish va disparaître, mais quand. Et malheureusement, il est impossible de planter une nouvelle espèce puisqu'aucune ne résiste au champignon.

Le consommateur occidental ne sera pas le seul touché par cette pénurie. Après le blé, le riz et le maïs, les bananes sont les plantes alimentaires les plus cultivées du monde. C'est le fruit le plus mangé dans le monde, et surtout dans les pays où l'on les fait pousser, car seuls 15% de la production est destinée à l'exportation. La moitié de ces bananes sont des Cavendish.

Wikicommons
© Wikicommons

Peut-on encore sauver la banane?

D'après les experts, il est primordial de gagner du temps. Si on diagnostique la maladie à un stade précoce, il est encore possible de mettre les plants touchés en quarantaine. C'est la seule façon d'endiguer le champignon. Bien entendu, c'est plus facile à certains endroits qu'à d'autres : les grands cultivateurs peuvent laisser une partie de leurs terres en friche, mais les paysans qui vivent d'une petite plantation n'ont pas d'autre choix que de jeter l'éponge et de chercher une autre source de revenus.

S'il existe déjà quelques pesticides contre le champignon de Panama, Kema estime qu'il s'agit plus d'une lutte contre les symptômes que d'une véritable solution. "Aujourd'hui, la manipulation génétique est possible, mais elle demande des années de recherche." Mieux vaut revoir tout le secteur : "Toute cette monoculture de la Cavendish est dépassée et ne fait qu'accélérer la propagation de maladies. Si vous voulez vraiment conserver durablement la banane, il faut travailler à l'améliorer en cultivant de nouvelles races dotées d'un maximum de bonnes caractéristiques", dit Gert Kema. "Le mot clé, c'est la diversité génétique."

(EK/ED)

Petite histoire de la banane Dans les années 1920, seules les bananes Gros Michel étaient destinées à l'exportation. Or, incapable de résister au champignon du Panama, la Gros Michel a disparu. Pendant un temps, les bananes se sont raréfiées, jusqu'à ce que le secteur lance une nouvelle espèce résistante au champignon: la Cavendish. À l'exaspération de Gert Kema, chercheur pour Plant Research International, après cette crise, l'industrie s'est reposée sur ses lauriers. "Elle n'a absolument pas investi en recherche de nouvelles races, de résistance, de goût. C'était le retour du business as usual," explique-t-il au site De Correspondent. Depuis la crise précédente, le secteur de la banane s'appuie sur une seule race. Et c'est problématique, car l'histoire risque de se répéter très bientôt. Manque de diversité Si on mise tout sur une combinaison génétique particulière, il suffit d'une maladie ou d'un défaut génétique pour faire disparaître une espèce. C'est le cas de la banane, car aujourd'hui, une ancienne variante du champignon de Panama refait surface. Et le plant de banane est incapable de se défendre contre la maladie.La situation est d'autant plus alarmante qu'il faut attendre pas moins de 30 ans pour cultiver de nouvelles bananes sur une plantation où le champignon a proliféré. La question n'est donc pas si la Cavendish va disparaître, mais quand. Et malheureusement, il est impossible de planter une nouvelle espèce puisqu'aucune ne résiste au champignon.Le consommateur occidental ne sera pas le seul touché par cette pénurie. Après le blé, le riz et le maïs, les bananes sont les plantes alimentaires les plus cultivées du monde. C'est le fruit le plus mangé dans le monde, et surtout dans les pays où l'on les fait pousser, car seuls 15% de la production est destinée à l'exportation. La moitié de ces bananes sont des Cavendish. Peut-on encore sauver la banane? D'après les experts, il est primordial de gagner du temps. Si on diagnostique la maladie à un stade précoce, il est encore possible de mettre les plants touchés en quarantaine. C'est la seule façon d'endiguer le champignon. Bien entendu, c'est plus facile à certains endroits qu'à d'autres : les grands cultivateurs peuvent laisser une partie de leurs terres en friche, mais les paysans qui vivent d'une petite plantation n'ont pas d'autre choix que de jeter l'éponge et de chercher une autre source de revenus. S'il existe déjà quelques pesticides contre le champignon de Panama, Kema estime qu'il s'agit plus d'une lutte contre les symptômes que d'une véritable solution. "Aujourd'hui, la manipulation génétique est possible, mais elle demande des années de recherche." Mieux vaut revoir tout le secteur : "Toute cette monoculture de la Cavendish est dépassée et ne fait qu'accélérer la propagation de maladies. Si vous voulez vraiment conserver durablement la banane, il faut travailler à l'améliorer en cultivant de nouvelles races dotées d'un maximum de bonnes caractéristiques", dit Gert Kema. "Le mot clé, c'est la diversité génétique." (EK/ED)