On ne va pas se mentir, comme on dit dans les émissions de téléréalité : début janvier, le coeur et l'estomac n'y étaient pas. On s'usait les molaires sans plus y croire, persuadé que la gastronomie n'avait plus rien à dire. Certes on mâchait, mais dans l'assiette ça rabâc...

On ne va pas se mentir, comme on dit dans les émissions de téléréalité : début janvier, le coeur et l'estomac n'y étaient pas. On s'usait les molaires sans plus y croire, persuadé que la gastronomie n'avait plus rien à dire. Certes on mâchait, mais dans l'assiette ça rabâchait. Le spectre lourd des repas de décembre ? Pas que... il manquait cette étincelle. Par la grâce d'un dieu, elle nous a rattrapé dans cette cantine flamboyante et lumineuse comme une oeuvre de Claude Lévêque. Gramm, c'est d'abord un décor modeste et génial - formidables panneaux "lunaires" qui font du plafond une installation. C'est ensuite un repaire à vins naturels qui s'apparente aux " TAZ " d'Hakim Bey, ces zones libres où l'on se sent moins seul et où la vie semble plus festive. Les flacons ? Une syrah veloutée venue du Bout du Monde, des bulles pour arroser le facteur. Mais l'endroit culmine surtout en un menu unique 5 services à 55 euros qui arrache des larmes de bonheur. L'enchaînement nous fut thérapeutique, entre bouillon de crustacés profond comme un baiser et coucou de Malines délicat comme une caresse. Même l'ananas, dont on se méfie rudement, se fit imparable entre les mains du chef ayant eu le génie de faire d'un miso une sorte de crème brûlée ponctuée de fleur de muscade.