Visite d’une maison d’Ixelles en osmose avec la ville

espace de vie chaleureux garni de meubles sur mesure en noyer, d’un sol en chêne fumé, de coussins en velours et d’œuvres provenant du Brussels Design Market.
Grâce à son expérience dans l’aménagement horeca, Roxane a créé un espace de vie chaleureux garni de meubles sur mesure en noyer, d’un sol en chêne fumé, de coussins en velours et d’œuvres provenant du Brussels Design Market. © Photo Jan Verlinde

Dans ce quartier dense d’Ixelles, Henry et Roxane ont créé un nid lumineux et chaleureux. Tout en gardant un contact visuel permanent avec le décor urbain, qu’ils adorent.

«Montez, c’est ici que ça se passe!» Nous sommes mercredi après-midi. Henry nous attend au sommet des escaliers avec Robin, son fils de 2 mois dans les bras, tandis que sa femme, Roxane, aide Mathys, 3 ans, à terminer son assiette de pâtes. Un humide soleil de basse saison baigne les lieux, ainsi qu’une douce musique. Une sélection soignée de meubles vintage et de mobilier sur mesure en noyer chaleureux sert de cadre à la vie de ces jeunes parents bien occupés: ici la plaisante animation des rues avoisinantes d’Ixelles ne s’arrête pas à l’entrée mais court – c’est ce qu’on découvre – d’étage en étage jusqu’au faîte du toit. «J’espère que vous ne vous attendiez pas à une habitation haut de gamme», nous dit-on presque comme pour s’excuser. Mais pas du tout. C’est le genre de maison où l’on a spontanément envie de retirer ses chaussures et de papoter pendant des heures, installé dans le canapé.

Roxane et Henry ne courent pas après les grands noms. Ils chassent les pièces qui les touchent, comme ce fauteuil noir en cuir, trouvé chez un antiquaire de la Kloosterstraat à Anvers, ou des pièces venant de chez Rotor DC.
Roxane et Henry ne courent pas après les grands noms. Ils chassent les pièces qui les touchent, comme ce fauteuil noir en cuir, trouvé chez un antiquaire de la Kloosterstraat à Anvers, ou des pièces venant de chez Rotor DC. © Photo Jan Verlinde

Ruine avec potentiel

Après ses études, Henry est resté à Bruxelles et a acheté cette maison. Ou plutôt la vue qu’on y avait, car ce bâtiment du début des années 30 était devenu un refuge délabré pour squatteurs. Au départ, le projet était d’habiter ici avec son frère Clément. Chacun son étage et un espace de vie partagé: ça semblait parfait pour les deux vingtenaires. Mais lorsque Henry a rencontré Roxane, les plans de rénovation ont pris une nouvelle direction. «Ça a un peu changé mon lien avec la maison, confie-t-il. C’est moi qui, il y a dix ans, ai vu un avenir dans ce désordre. Même si Roxane est architecte d’intérieur, je voulais participer à la réflexion pour sa transformation.»

La chambre donne sur une terrasse à l’avant et à l’arrière. En été, les portes en accordéon s’ouvrent complètement, donnant l’impression de dormir au-dessus de la ville.
La chambre donne sur une terrasse à l’avant et à l’arrière. En été, les portes en accordéon s’ouvrent complètement, donnant l’impression de dormir au-dessus de la ville. © Photo Jan Verlinde

L’espace de vie est resté au premier étage et l’intérieur a été vidé, de sorte que la cuisine, la salle à manger et le salon forment une pièce. Le mobilier sur mesure en noyer – pour les banquettes, les placards et la cuisine – représente le ciment visuel et procure de la chaleur, tout comme les coussins en velours, les élégantes armatures lumineuses et les cadres aux murs.

On remarque également que Roxane a de l’expérience dans l’aménagement de bars et hôtels. «Nous avons beaucoup travaillé sur l’atmosphère, raconte-t-elle. Le soleil entre de belle manière, sans que ce soit en abondance. C’est justement pour cela que j’ai accentué le côté chaleureux et en même temps peint les parois en blanc.» Les meubles et accessoires constituent un mélange d’éléments réalisés sur mesure et d’objets qui ont déjà vécu. L’intuition et une dose de chance sont les deux facteurs qui ont joué un rôle dans la sélection. «Nous ne cherchons pas les grands noms, poursuit-elle, plutôt des pièces qui nous touchent. Nous allons à peu près à chaque édition du Vintage Market à Tour & Taxis et nous avons aussi trouvé quelques perles chez Rotor DC.» Une ancienne table d’expo de la Bibliothèque nationale, par exemple, mais aussi les petites lampes fumées de la cuisine, celle du coin lecture et les fauteuils en cuir noir. Le sol en chêne fumé se prolonge dans les pierres du petit jardin de ville.

La boîte en bois, c’est comme ça qu’Henry appelle la chambre. Les murs et le plafond ont été recouverts de panneaux de bambou, créant ainsi un cocon douillet à l’acoustique agréable.
La boîte en bois, c’est comme ça qu’Henry appelle la chambre. Les murs et le plafond ont été recouverts de panneaux de bambou, créant ainsi un cocon douillet à l’acoustique agréable. © Photo Jan Verlinde

En été, les portes en accordéon s’ouvrent complètement, ce qui fait que l’espace de vie gagne encore quelques mètres de surface. Les plantes au feuillage persistant donnent à l’endroit un côté exotique. «Nous avons probablement le plus petit jardin de Bruxelles, mais nous pouvons au moins aller dehors, avance Henry. C’est une partie densément peuplée de Bruxelles. Le brouhaha des voisins, les odeurs de repas: ça pénètre l’intérieur par bribes. J’aime rester en contact avec la ville.»

Boîte en bois

Un bureau, une salle de yoga, un studio de musique, un espace pour changer bébé, une chambre d’amis ou une autre pour la sieste: aux deuxième et troisième étages, l’attribution des pièces est encore soumise aux aléas de la vie. Mais une chose est fixe: la douche extérieure… ou presque. A l’arrière de la maison s’est en effet implantée une serre de plusieurs mètres de hauteur − «Je voulais pouvoir voir le ciel pendant ma douche, explique Henry. Grâce à ce cocon de verre, à l’arbre sur notre terrasse qui depuis a grandi jusqu’à cet étage et aux plantes d’intérieur, c’est comme si on était au milieu de la nature.»

Le manque de lumière dans l’espace de vie a été largement compensé à l’étage supérieur. Le sommet, au sens propre comme figuré, est un nouveau volume qui a été placé sur l’ancien grenier. La boîte en bois, tel est le surnom qu’a donné Henry à leur chambre. «C’était mon coup de cœur. La vue incroyable sur Ixelles, pouvoir voir le soleil se lever sur les buildings, les lueurs du soir et les installations colorées sur le bâtiment Flagey: chaque jour, on a droit à tout un spectacle.» L’espace se prolonge devant et à l’arrière par une terrasse. Lorsque les portes en accordéon sont ouvertes, on a l’impression de dormir au-dessus de la cité. Depuis la terrasse, on a d’ailleurs un autre panorama de choix: le voisin est l’architecte pensionné Philémon Wachtelaer, qui a fait construire son chef-d’œuvre juste à côté: une habitation sur pilotis recouverte de cuivre. Le contraste ne peut pas être plus grand avec l’autre versant, où un supermarché occupe une partie de la rue. «J’ai travaillé sur une proposition et je suis allée voir le directeur, raconte Roxane. Parce qu’on peut faire quelque chose de ce gigantesque toit noir! Une toiture verte pour plus de nature dans notre rue… En outre, un potager créerait du lien avec les voisins. J’attends toujours une réponse…»

Cette douche est un véritable jardin d’hiver. Un laurier d’un mètre de haut, à l’extérieur, et des plantes intérieures renforcent l’illusion de nature.
Cette douche est un véritable jardin d’hiver. Un laurier d’un mètre de haut, à l’extérieur, et des plantes intérieures renforcent l’illusion de nature. © Photo Jan Verlinde

Même si la lumière et la vue sont ici les thèmes principaux, le couple a aussi opté pour une ambiance chaleureuse dans cette chambre à coucher en choisissant des points de lumière clairsemés et dimmables, mais aussi de recouvrir les murs et le plafond de panneaux en bambou. Ce bois brun tirant sur l’orange crée un cocon à l’acoustique agréable. Depuis sa création, le lit a déjà changé trois fois de place. «Ça semblait une bonne idée de se réveiller avec le soleil qui se lève doucement sur la ville, conclut Henry. Mais à 17 heures, c’est tout de suite un peu moins romantique.»

En bref

Henry Van Vyve (36 ans) Roxane Ribesse (32 ans)

Henry a étudié le business management à l’ICHEC. Il a travaillé dans l’e-commerce, notamment pour Groupon et Bellerose. Avec son frère Clément, il vient de relancer Meurisse, la plus ancienne marque de chocolat de Belgique, fondée par leur arrière-arrière-arrière-grand-père en 1845. Les deux frères y associent cette histoire de famille à des goûts audacieux, un look solide et une approche éthique.

@meurisse et meurisse.com

Roxane a étudié le marketing à la haute école EPHEC à Bruxelles et ensuite l’architecture d’intérieur à la LUCA School of Arts à Bruxelles.

Elle a travaillé quelques années chez Pinto & Co, principalement pour des projets d’hôtels et de bistrots, en Belgique et à l’étranger. Depuis 2017, elle officie comme architecte d’intérieur indépendante aussi bien pour des projets publics que pour des particuliers.

@roxaneribesse

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