Il a l'allure des flâneurs en éveil, l'£il glaneur. La chemise est blanche, peu importe, la barbe a plus de trois jours, ses joues disent : " Volontiers, merci." On dirait un bon copain, Grégoire Polet. De ceux avec qui on refait le monde jusqu'à pas d'heure. Parce que les questions, il les écoute et les réponses, il les raconte. Une sorte d'empathie hyperactive, de connexion haut débit au moment, dont on profite avant tout à travers ses quatre romans.
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Il a l'allure des flâneurs en éveil, l'£il glaneur. La chemise est blanche, peu importe, la barbe a plus de trois jours, ses joues disent : " Volontiers, merci." On dirait un bon copain, Grégoire Polet. De ceux avec qui on refait le monde jusqu'à pas d'heure. Parce que les questions, il les écoute et les réponses, il les raconte. Une sorte d'empathie hyperactive, de connexion haut débit au moment, dont on profite avant tout à travers ses quatre romans. Chacun, Madrid ne dort pas (2005), Excusez les fautes du copiste (2006), Leurs vies éclatantes (2007), Chucho (2009) (1), met en scène un copieux ballet de pékins, par-delà classes et milieux, une sorte de grand plateau de " Qui est-ce ? " avec pas mal d'artistes, des éternels anonymes, des amoureux, des quidams abîmés. Dont les pas se croisent ou non, dont les corps se frôlent parfois. De Madrid à Bruxelles, de Paris à Barcelone. Où ce garçon du Brabant wallon vit aujourd'hui de sa plume, avec femme et enfants. On pense à Babel d'Alejandro González Iñárritu et à tous ces films dits " choral ", qui squattent les salles de ciné et le vocabulaire des critiques. Pas seulement parce que Grégoire Polet tient sa plume comme une caméra, aussi parce qu'il compose des fictions à la Balzac, en cimentant son récit de multiples personnages. Dont les histoires se font écho, toujours. D'un roman à l'autre, souvent. Pour n'en constituer au final qu'un seul. Qui devrait, un jour, dessiner une radioscopie sensuelle et impressionniste de notre époque, narrée à la faveur des plus ou moins petites existences qui la traversent. Parce que " l'autre reste fascinant même s'il est lamentable ", Grégoire Polet prend le train, l'air ou un café en terrasse comme on va au spectacle, en observation. Au panthéon de son école du regard, il cite Jacques Tati, " ses prises de vues sont des invitations constantes à rester attentif ", Breughel, aussi, parce que " comme disait Mies van der Rohe, Dieu est dans les détails ". Esthète en projet, " j'aimerais bien. On ne le devient pas du jour en lendemain ", drogué à " la question du beau ", pas dévoreur de livres pour autant, " même si j'ai toujours lu ". Du côté de ses lectures fondatrices, beaucoup " de vieilleries, désolé ", dénichées " par hasard, par surprise " dans la bibliothèque de son père, professeur de littérature à l'UCL. " Du Ernest Renan, par exemple, des Maupassant, des livres avec une odeur - celle de mon enfance - que j'ai commencés par picorer, pas très intelligemment. Mais cela m'a nourri très jeune, sur l'écriture notamment. Quand on ne lit pas une histoire, on lit un style ". D'où une passion précoce pour la poésie, qu'il pratique dès l'adolescence, avec son copain de classe, Jean-François Dauven, devenu romancier, lui aussi. Le roman précisément, qui vient plus tard. A 26 ans, en parallèle à la rédaction de sa thèse sur " l'intertextualité dans la littérature espagnole au xxe siècle ", c'est Madrid ne dort pas, composé dans la capitale espagnole, en prise directe. Car, c'est jusqu'ici systématique et raccord avec sa méthode réaliste, chaque intrigue de Polet prend place à l'endroit où il réside. Chucho, son dernier, donnait chair à un gamin des rues de Barcelone, magnifiquement décrites : " Mes copains m'ont dit : ben merde Grégoire, tu vas devoir te tailler pour écrire le prochain !... C'est vrai que je suis fasciné par le déterminisme des villes, mais là j'ai trouvé la mienne. Et je continue de voyager pour de courts séjours ". Au pire, en cas d'assèchement des pupilles, reste Tati, Breughel et les autres. (1) Éditions Gallimard. Retrouvez la chronique de Grégoire Polet pour Le Vif Weekend en page 70Baudouin Galler" Esthète ? J'aimerais bien. On ne le devient pas du jour au lendemain. "