La mention peut sembler anecdotique, elle n'en demeure pas moins révélatrice de l'air du temps. Dans son édition du 8 août dernier consacrée aux nouveaux snobismes, le magazine français " L'Express " épinglait, en effet, la tendance belge dans ses " 70 idées pour être dans le coup ". Sous le titre " Belge, c'est top " avec une photo des frères Dardenne en prime, la rédaction parisienne y expliquait, je cite : " Il y a encore dix ans, les Français mettaient Wallons et Flamands dans le même sac d'histoires drôles ponctuées de frites et d' "une fois". Depuis, ils se ...

La mention peut sembler anecdotique, elle n'en demeure pas moins révélatrice de l'air du temps. Dans son édition du 8 août dernier consacrée aux nouveaux snobismes, le magazine français " L'Express " épinglait, en effet, la tendance belge dans ses " 70 idées pour être dans le coup ". Sous le titre " Belge, c'est top " avec une photo des frères Dardenne en prime, la rédaction parisienne y expliquait, je cite : " Il y a encore dix ans, les Français mettaient Wallons et Flamands dans le même sac d'histoires drôles ponctuées de frites et d' "une fois". Depuis, ils se pâment devant l'émission "Striptease", plébiscitent Benoît Poelvoorde et prennent régulièrement le Thalys pour passer un week-end à Bruxelles. " Dont acte. En passant, " L'Express " aurait pu aussi évoquer la nouvelle scène rock noir-jaune-rouge qui séduit de plus en plus l'Hexagone. Mais bon, ne soyons pas gourmands. Le fait est bel et bien là : la Belgique séduit désormais les Français qui nous trouvent décidément trop fooooorts. Comprenez décalés, talentueux, surréalistes, modestes, exotiques. Mieux : jadis, il fallait obligatoirement monter à Paris pour réussir ; aujourd'hui, certains Gaulois partent à l'assaut de Bruxelles pour faire décoller leur carrière. Dans le secteur de la mode, notamment. Tiens, la mode, justement. Voilà un domaine qui n'a pas attendu " Rosetta ", " Podium " et " L'Enfant " pour susciter l'extase des initiés outre-Quiévrain. Car à l'époque des " frites et des une fois ", les créateurs belges avaient déjà réussi l'exploit de forcer le respect de leurs pairs étrangers. D'abord, grâce à la mythique bande des Six d'Anvers à la fin des années 1980 ; ensuite, avec la nouvelle vague anversoise et aussi bruxelloise à l'aube des années 2000. Cette éclosion de talents belges tels que A.F. Vandevorst, Raf Simons ou encore Bruno Pieters sur les podiums parisiens et, surtout, l'engagement de stylistes " made in Belgium " au sein de grandes marques internationales (Laetitia Crahay chez Chanel, Olivier Theyskens chez Rochas, Jose Enrique Oña Selfa chez Loewe, Raf Simons chez Jil Sander...) démontrent, s'il le fallait encore, que la Belgique est assurément une nation leader dans le domaine de la créativité vestimentaire. Attentif au moindre frémissement de la planète mode depuis vingt ans déjà, notre magazine ne peut donc que se réjouir de cette nouvelle " belgibranchitude " et poursuivre, plus que jamais, sa mission de soutien à la jeune création. Avec, en filigrane, ce souci constant d'une originalité éditoriale à travers, notamment, des collaborations inédites. Comme cette carte blanche (audacieusement rebaptisée carte noire par l'auteur) à Xavier Delcour qui signe une superbe production de mode en exclusivité pour Weekend Le Vif/L'Express ( lire pages 42 à 57). Ce n'est pas un snobisme. C'est juste une envie d'être constant. Frédéric Brébant