L'INSPIRATION RÉTRO

Quand Prada défile, la sphère fashion retient son souffle. Et une fois encore, elle est restée abasourdie par le show du label italien, tant pour les vêtements que pour l'atmosphère qui s'en dégageait. Sur fond de projection cinématographique, les héroïnes de Muccia Prada évoluent, semblant avoir échappé au pire. Ereintées, elles ont les cheveux trempés, la mise pas toujours bien ajustée, un sac qu'on imagine cachant un couteau ensanglanté. Si la collection puise clairement son inspiration dans les années 40 et 50 (jupes corolle, tailleurs stricts, ourlets sous le genou, imprimés vichy, étoffes lourdes, abondance de noir et de brun...), la créatrice injecte à l'ensemble des touches de modernité : les manches des manteaux deviennent démesurées, les jupes se déstructurent, les cardigans se portent sous une robe, quelques looks se parent de strass épars... Applaudissements.
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Quand Prada défile, la sphère fashion retient son souffle. Et une fois encore, elle est restée abasourdie par le show du label italien, tant pour les vêtements que pour l'atmosphère qui s'en dégageait. Sur fond de projection cinématographique, les héroïnes de Muccia Prada évoluent, semblant avoir échappé au pire. Ereintées, elles ont les cheveux trempés, la mise pas toujours bien ajustée, un sac qu'on imagine cachant un couteau ensanglanté. Si la collection puise clairement son inspiration dans les années 40 et 50 (jupes corolle, tailleurs stricts, ourlets sous le genou, imprimés vichy, étoffes lourdes, abondance de noir et de brun...), la créatrice injecte à l'ensemble des touches de modernité : les manches des manteaux deviennent démesurées, les jupes se déstructurent, les cardigans se portent sous une robe, quelques looks se parent de strass épars... Applaudissements.En combien de temps un globe terrestre fait-il sa révolution ? En un gros quart d'heure, si c'est une mappemonde mode Chanel, autour de laquelle marchent 81 silhouettes cuissardées. Au Grand Palais, à Paris, la maison fondée par Coco a planté son décor crépusculaire mais pas funèbre : un énorme globe dans " une palette très mystérieuse de gris ", dixit Karl Lagerfeld, sur lequel scintillent des drapeaux au double C plantés là où brille une boutique (rien en Afrique, plein en Floride). Il n'est point question de conquête du monde mais de " voyage autour de la terre ". Avec quelle étoffe. Il y a luxe et luxe - chez Hermès, on sait que Dieu est dans les détails. Dans la bibliothèque du Lycée Henri IV, les collections de livres reliés en cuir, les fauteuils vintage ou maison façon coin salon font écho à un vestiaire chic, parfait, très feu sous la glace. Christophe Lemaire, directeur artistique de la griffe depuis 2011, peut prendre son envol, comme le fit Martin Margiela à l'époque, et magnifier les matières avec ses coupes maîtrisées. Rien n'est superflu, surtout pas la beauté. Histoire de s'écarter un peu de l'éternel noir, les créateurs jettent leur dévolu sur le bleu marine. Une teinte profonde repérée chez Jil Sander, Dries Van Noten, Chloé, Salvatore Ferragamo ou Céline. Autres éléments piqués aux marins de la Royal Navy ? Le caban et la casquette, vissée sur toutes les têtes !Nicolas Ghesquière fut tant aimé, admiré, adulé que lui succéder, surtout chez Balenciaga, n'avait rien de simple. Alexander Wang, jeune créateur pressé, américain et même pas trentenaire, a eu trois mois à peine pour relever le défi. Sur le podium, cela donne " un contraste entre la structure et le mouvement, la statuaire et l'organique ", des dos très travaillés, en hommage au maître-fondateur Cristóbal Balenciaga, des jeux de matières et des expériences textiles dont on le savait friand. Un premier défilé de tous les dangers réussi, Wang, " soulagé ", peut désormais écrire la suite. Partout, sur tout. Comme coiffe, sur les montures de lunettes, à même la peau, comme robe ou minijupe... La fourrure est au rendez-vous, pour contrer la froideur de l'hiver. Surtout ne pas hésiter à bousculer les codes et s'amuser avec ces poils, en les choisissant multicolores, zébrés, parsemés de métal... Exemple à suivre du côté de l'expert du genre, la griffe italienne Fendi.Si l'été va porter aux nues les rayures verticales, l'hiver 13-14 se damnera pour les carrés. Version quadrillage ou tartan, pas besoin de choisir son camp ! C'est le cri que l'on devrait pousser devant les talents des Belges qui montrent à Paris de quel bois ils se chauffent. Jeune prometteur ou vieux de la vieille, chacun poursuit sa route, avec cette rigueur que le monde nous envie. Et cette humilité propre au plat pays. Il n'y a qu'à voir le sourire de Christian Wijnants, auréolé de son premier prix au concours international Woolmark qui, depuis 1954, récompense les créateurs qui aiment la laine. Le génie de la maille défilait à nouveau, et cela faisait plaisir à voir. Il a trouvé sa voix. Riccardo Tisci, directeur artistique de Givenchy, a invité Antony and the Johnsons, accompagné par The Heritage Orchestra pour donner le la à son show. Quelle leçon magistrale. On retiendra qu'il faut toujours préférer le cri du coeur et la liberté d'être un être humain. Dans la Halle Freyssinet, Paris XIIIe, le chef a levé sa baguette, Antony peut entonner son hymne à l'amour - " You are my sister and I love you... Dreams come true. " Sur le sweatshirt du premier mannequin aux jambes de faon, un Bambi. Plus tard, on verra des madones, des robes de gitane à volants flamboyants mixées au romantisme victorien un peu dark qui caractérise le créateur depuis ses débuts en 2005, dans la maison fondée par Hubert James Marcel Taffin de Givenchy. Riccardo Tisci a trouvé sa voie. On sait qu'Hedi Slimane aime les ados, surtout s'ils sont grunge et californiens. Qu'il veuille honorer cet âge où les hormones yoyotent et habiller les teen-agers en Saint Laurent, pourquoi pas. Que leurs mères aient envie de s'encanailler en robe baby doll ou bas résille sous minijupe en cuir noir siglé, c'est leurs affaires. Ce que l'on ne saisit pas, c'est la motivation profonde d'Hedi. Car, dans cette deuxième collection prêt-à-porter pour la maison fondée par Yves et Pierre (Saint Laurent et Bergé), on ne trouve pas grand-chose d'YSL. Ou alors juste cette idée de " choquer " l'establishment. Certes monsieur Saint Laurent le fit aussi, on lui reprocha des mannequins maquillés comme des putes et des vêtements venus de la rue. Sauf que, à l'époque, quand la couture ne collait plus au mode de vie des femmes, tout cela faisait sens.Porte-t-il mieux la jupe ou ce déshabillé à imprimé fleuri ? Là n'est pas la question, Marc Jacobs en pyjama, ça a de la gueule. S'il salue dans cette tenue, ce n'est pas parce qu'il est culotté mais juste pour les besoins du scénario de ce show à grand spectacle estampillé Louis Vuitton. Intérieur nuit, couloir de grand hôtel, moelleuse moquette qui étouffe les bruits de pas, papier peint damassé et alignement de portes closes derrière lesquelles il doit s'en passer des choses. Une à une, les chambres libèrent leurs locataires, cheveux courts noirs décoiffés, grand manteau confortable sur nuisette transparente, elles ont sans doute rendez-vous avec un amant, à moins qu'il ne soit déjà dans leur lit... La vie de palace. Vu le climat économique morose, le luxe regarde en arrière, direction l'Occupation. Les jupes prennent une longueur d'avance ; elles arrivent sous le genou, quand elles ne frôlent pas le mollet. Même logique pour les manteaux, qui s'apprécient aussi dans un format maxi, tandis que les tailleurs années 40 - veste à basques, fine ceinture, jupe ample - n'ont jamais été autant au goût du jour. Pour rendre sexy cet esprit récession, on osera les modèles fendus sur la cuisse. Ou la crise version 2.0.PAR ANNE-FRANÇOISE MOYSON ET CATHERINE PLEECK