Légendes, mythes et histoires de bonne femme...

Cher lecteur, j'ai aujourd'hui l'ambition d'être le temps de cette rubrique votre bonne femme personnelle et inaliénable pour vous émerveiller d'un récit que je tiens d'une amie qui elle-même l'avait appris par sa voisine de palier laquelle était en accointance avec le facteur qui avait rencontré l'ordonnance d'un général argentin en visite officielle pour mission secret défense au département Conspirations du Paraguay de son ambassade d'Oulan-Bator... ouf !
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Cher lecteur, j'ai aujourd'hui l'ambition d'être le temps de cette rubrique votre bonne femme personnelle et inaliénable pour vous émerveiller d'un récit que je tiens d'une amie qui elle-même l'avait appris par sa voisine de palier laquelle était en accointance avec le facteur qui avait rencontré l'ordonnance d'un général argentin en visite officielle pour mission secret défense au département Conspirations du Paraguay de son ambassade d'Oulan-Bator... ouf ! Donc - attendez, je remets mon lorgnon en place sur mon nez - j'appris, par cette source d'une fiabilité indiscutable, que mes lectures, mes professeurs, mes parents, tous m'avaient trompée, bien que ce fût en toute bonne foi : oui, l'Eldorado existe bel et bien ! Vous me rétorquerez tout de go que, sans doute, ce pays mythique " existait ", avant que les Européens avides ne déciment Mayas, Incas, Aztèques et autres Arumbayas puis ne pillent leurs trésors fabuleux pour ne leur abandonner qu'un soupçon de poudre d'or qu'aujourd'hui encore des miséreux ruinent leur santé physique et mentale à tamiser au fond des bourbiers d'Amazonie... Et vous aurez raison, sauf que ce n'est pas à l'or jaune que je pense mais bien à ce que l'on peut qualifier, surtout en cette période de crise, où votre Caddie est davantage rempli de pâtes que de bidoche, d'or rouge. En effet, il paraît - il " paraît " - qu'en Argentine il est fréquent de voir dans les rues SDF, clochards et autres miséreux se griller sur un réchaud de fortune des côtes à l'os d'un calibre et d'une succulence qui renvoient nos barbecues dominicaux au statut de barbaque semelle-de-botte. Hélas, ces pauvres gens ne sont pas des milliardaires maniaques travestis en crève-la-faim. Mais, la viande de b£uf serait, dans ce pays, bon marché - au point que même les plus infortunés peuvent s'en offrir régulièrement - tant les troupeaux de b£ufs Angus, qui s'ébattent dans l'immense prairie d'Argentine sous l'£il jaloux des " gauchos ", sont nombreux et d'un entretien peu coûteux. Un pays où, lorsque vous êtes puni, on vous colle " au steak et à l'eau ", moi, je veux y croire. Ces visions d'or rouge grésillant à même les braises hantent de leur juteux crépitement mon imaginaire affamé de paradis perdu. Et oui - je ne sais pas vous - mais moi, l'Argentine c'est mon Eldorado - ou plutôt mon " Elcarnado " - à moi... l (*) Juliette Nothomb est aussi l'auteur de La Cuisine d'Amélie, 80 recettes de derrière les fagots (Albin Michel).