SALADE POLIE, POLIE, POLIE, POLIE...

Je gage, chers lecteurs, que nos parents respectifs se sont efforcés de faire de nous des êtres policés quant à la bienséance à table : " Tiens-toi droit(e), tu veux être bossu(e) plus tard ? Mange la bouche fermée, on voit tout ton magasin ! Eh là ! La viande c'est pour que toi tu grandisses, pas le chien "... Enfin, venait le " On ne coupe pas sa salade avec son couteau : ça ne se fait pas ! - pourquouâââ ? - parce que ! " (après, on voudrait que nous ayons le sens critique). Et nous devions enfourner des feuilles de salade grandes comme des nénuphars victoria, tandis...

Je gage, chers lecteurs, que nos parents respectifs se sont efforcés de faire de nous des êtres policés quant à la bienséance à table : " Tiens-toi droit(e), tu veux être bossu(e) plus tard ? Mange la bouche fermée, on voit tout ton magasin ! Eh là ! La viande c'est pour que toi tu grandisses, pas le chien "... Enfin, venait le " On ne coupe pas sa salade avec son couteau : ça ne se fait pas ! - pourquouâââ ? - parce que ! " (après, on voudrait que nous ayons le sens critique). Et nous devions enfourner des feuilles de salade grandes comme des nénuphars victoria, tandis que la vinaigrette nous coulait des commissures comme deux cataractes du glacier du Mont-Blanc en plein réchauffement climatique. En fait, cet interdit remonte à l'époque où le vinaigre corrodait les lames de fer ou d'argent des couteaux. Aujourd'hui, à part peut-être en Corée du Nord, on ne mange plus guère avec des couverts en fer. L'Inox ou l'alliage d'argent actuel supportent sans broncher les attaques acétiques et cet usage ne se justifie donc plus. Mais voilà, les traditions obsolètes ont la dent dure. Personnellement, je suis convaincue que sur ce point les Américains sont plus civilisés que nous : là-bas, toute salade est servie émincée. D'accord, c'est moins élégant que les laitues délicatement ourlées qui ondoient dans nos assiettes comme autant de vagues à l'équinoxe (c'est que je peux être poétique, quand je me lâche !) mais au moins... On les mange ! En effet, combien de belles grandes feuilles ornementales ai-je vues abandonnées dans l'assiette et repartir en cuisine une fois les tomates-crevettes ou l'£uf mayo dévorés ? Comme ni nous, ni les restos ne disposent nécessairement d'un escadron de lapins affamés, bonjour le gaspi ! 1. Éco de calories : il faut beaucoup moins de vinaigrette bien huileuse ou de mayo à 75 % de M.G. pour le même poids de salade, les lamelles s'enrobant plus facilement de sauce que les grands parapluies. 2. Éco de produit vaisselle et d'eau de rinçage : émincée, la salade diminue drastiquement de volume et vous utilisez un saladier plus petit. 3. Éco de temps : la salade est beaucoup plus vite mélangée (et plus facilement). 4. Éco de boulot : un saladier plus petit entre dans votre lave-vaisselle, au lieu de cet abreuvoir à vaches qui ne se nettoie qu'au Kärcher. 5. Le plein de vitamines : trois grandes feuilles eussent rempli votre assiette, vous donnant l'impression de vous être servi copieusement. Ces trois feuilles débitées en lamelles se réduisent à une cuiller à soupe, du coup on en prend beaucoup plus et on atteint comme rien son quota de légumes. 6. Éco de lessive (savon, eau, électricité, repassage, pressing...) : les grandes feuilles imprégnées de vinaigrette prennent un malin plaisir à s'ébrouer comme des chiens mouillés au-dessus de nos cravates, beau chemisier de chez Prout-ma-Chère ou linge de table en organdi...