Quand vous avez démarré, vous avez fait le pari, marginal alors, du bio. Les choses sont-elles en train de changer?
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Quand vous avez démarré, vous avez fait le pari, marginal alors, du bio. Les choses sont-elles en train de changer? L'évolution, quand elle se produit, vient de la pression mise par les citadins qui paradoxalement sont plus sensibles aux questions d'environnement que le monde rural. Chaque année, j'accueille de jeunes vendangeurs de tout horizon et je sens chez eux l'envie de changer de vie, de revenir à la terre mais pas avec les canons de l'agriculture conventionnelle. En revanche, dans les exploitations établies, se transmettant de génération en génération, les changements sont rares. Cela concerne l'écume de l'écume. La chimie concerne les cultures mais est aussi de plus en plus présente à la cave. Avec quelles conséquences? En soi, le vin est chimie! Il ne se fait pas sans levures. Mais on parle ici d'additifs qui jouent en quelque sorte un rôle d'assurance vie, et c'est en cela que le vin est le reflet de notre époque. Notre société n'accepte plus le risque, ne fait plus preuve de courage. On pousse les exploitants à grossir, à produire plus de bouteilles, c'est même souvent uniquement en suivant cette philosophie que l'on a droit à des subventions. Nous devons repenser notre manière d'habiter le monde. Le consommateur est-il encore prêt à se laisser surprendre? On a tendance à lisser le goût des vins, c'est une déviance de l'AOC, qui définit en quelque sorte ce que l'on doit attendre d'un terroir. Heureusement, il existe encore des curieux. Le vin est une communauté de pensées: l'amateur curieux acceptera d'être surpris par le vigneron prêt à prendre des risques, à accepter une part d'aléatoire dans son millésime. A mon fils qui va prendre ma suite, je suis moins dans une mission de transmission de patrimoine que de passage de relais. Pour qu'il puisse lui aussi tracer son chemin.