Voyager dans les étoiles exige une minutieuse préparation. Nul besoin de devenir astrophysicien cependant, pour peu que l'on s'y mette le coeur léger, on tordra simplement le cou à l'ignorance tout en délaissant l'apprentissage livresque pour passer à l'action, direction le Planétarium. Sa coupole verte se découpe sur le plateau du Heysel, à l'ombre de l'Atomium. A l'entrée, un buste de Nicolas Copernic (1473-1543) monte la garde, le regard posé sur l'horizon. Il est dit que dedans, l'univers sera à portée de main. Et c'est le cas depuis 1935, quand l'édifice fut érigé pour la première Exposition universelle de Bruxelles. Il portait alors le nom de Aedes Alberteum. Avec son dôme de 23 mètres de diamètre et son projecteur d'étoiles "planétaire", ce "musée de la modernité" esbaudissait les badauds du début du XXe siècle. On ne sait pas très bien ce qu'il advint après l'Expo 58. Une chose est sûre, il fut délaissé, abandonné, avant d'être détruit, après avoir sauvé son antique projecteur, puis d'être reconstruit à la fin des années 70 pour devenir le plus grand planétarium d'Europe, avec pour mission de "faire partie des activités éducatives" de l'Observatoire royal de Belgique.
...

Voyager dans les étoiles exige une minutieuse préparation. Nul besoin de devenir astrophysicien cependant, pour peu que l'on s'y mette le coeur léger, on tordra simplement le cou à l'ignorance tout en délaissant l'apprentissage livresque pour passer à l'action, direction le Planétarium. Sa coupole verte se découpe sur le plateau du Heysel, à l'ombre de l'Atomium. A l'entrée, un buste de Nicolas Copernic (1473-1543) monte la garde, le regard posé sur l'horizon. Il est dit que dedans, l'univers sera à portée de main. Et c'est le cas depuis 1935, quand l'édifice fut érigé pour la première Exposition universelle de Bruxelles. Il portait alors le nom de Aedes Alberteum. Avec son dôme de 23 mètres de diamètre et son projecteur d'étoiles "planétaire", ce "musée de la modernité" esbaudissait les badauds du début du XXe siècle. On ne sait pas très bien ce qu'il advint après l'Expo 58. Une chose est sûre, il fut délaissé, abandonné, avant d'être détruit, après avoir sauvé son antique projecteur, puis d'être reconstruit à la fin des années 70 pour devenir le plus grand planétarium d'Europe, avec pour mission de "faire partie des activités éducatives" de l'Observatoire royal de Belgique. En avril dernier, révolution numérique oblige, on inaugurait son tout nouveau système "doté d'une technologie apte à redonner tout son éclat aux astres", soit huit projecteurs de dernière génération, basés sur une technologie laser phosphore, prêts à "illuminer" les films 360 degrés qui y sont présentés, chaque jour, sur l'écran hémisphérique. Pour "un voyage virtuel dans l'univers connu". Ça tombe bien, on avait une furieuse envie d'envolées cosmiques. Joli jet-lag en une nanoseconde: la voûte céleste du Planétarium est étoilée alors qu'il fait grand jour dehors. Un précis d'astronomie filmé refait l'histoire de cette science qui n'était au début qu'un outil au service de l'astrologie jugée supérieure. Puis sur le même écran, s'affiche un "ciel de Belgique au printemps, début de soirée". Où l'on apprend que depuis toujours, l'être humain "relie les étoiles en dessins imaginaires nommés constellations", qu'il en existe 88, que la Terre tournant en un an autour du Soleil, elle nous promène de constellations en constellations au fil des saisons" et que, durant la nuit, celles-ci "semblent se déplacer d'est en ouest, se levant et disparaissant sur l'horizon". S'égrènent alors leurs noms - Taureau, Gémeaux, Vierge ... - et celui de planètes "qui pointent le bout du nez". Là, entre les constellations zodiacales du Taureau et du Lion, depuis le W qu'est Cassiopée, une vaste zone claire arpente les ténèbres, c'est la Voie lactée qu'hélas on ne distingue plus guère en vrai quand on vit à Bruxelles, la faute à la pollution lumineuse. Du coup, plus que jamais, le Planétarium, qui donne à voir ce qui ne peut l'être en réalité, est une précieuse vitrine. Mieux: un lieu d'indispensable vulgarisation - Rodrigo Alvarez, son directeur, y veille. "Notre projecteur optique date pour certaines parties de 1935, on l'utilise moins maintenant mais tous les deux mois, nous organisons pourtant des séances à l'ancienne, dans le noir complet. On montre comment les étoiles bougent au cours de la nuit et de l'année ; on peut voir du pôle Nord au pôle Sud ; on peut regarder le ciel tel qu'il sera dans mille ans ou tel qu'il fut pour les Egyptiens du temps de Ptolémée, mais on ne peut décoller de la Terre. Avec le nouveau système numérique, on peut la découvrir d'en haut, contempler la Lune tourner autour d'elle, s'éloigner encore et zoomer, sortir de notre galaxie, se balader dans l'univers. C'est plus riche en possibilités: on peut expliquer le mouvement du Soleil, le système Terre-Lune qui tourne autour de lui... On est encore plus pédagogiques tout en étant très cinématographiques." L'astrophysicien est le mieux placé pour glisser quelques conseils préalables à une Nuit des étoiles grandeur nature, dont la 31e édition est programmée un peu partout en Belgique ces 6, 7 et 8 août. "On peut faire ça dans son jardin, si les conditions sont bonnes. Mais comme on a un peu perdu l'habitude d'observer le ciel, et qu'en ville, il est rare d'apercevoir plus d'une dizaine d'étoiles, le mieux est d'aller dans un endroit où les astronomes amateurs ont installé des petits télescopes." Histoire de faire d'une pierre deux coups et de profiter de leur matériel et de leur savoir pour ne pas trop s'égarer dans l'immensité scintillante. En amont, autre conseil d'ami, le directeur nous invite à faire une petite visite à l'observatoire public Mira, à Grimbergen. Aussitôt proposé, aussitôt agendé. Le rendez-vous est pris pour un lundi soir, à la mi-juin, à 22 heures, car il faudra attendre que la voûte céleste s'enchâsse dans son manteau crépusculaire - étrange comme le sujet vous emporte illico vers un tremblement lyrique... Même cette succession chiffrée de latitude nord et de longitude est - 50°56'04,9'' 4°22'09,0'' - a des accents poétiques. A l'heure dite, à l'intersection des coordonnées géographiques, au pied de l'abbaye des Prémontrés et de la basilique Saint-Servais, l'observatoire encore éclairé fait office de phare dans la nuit. D'entrée de jeu, un bricolage maison, un pendule de Foucault, met en évidence la rotation de la Terre grâce à cette expérience bête comme chou qui date de 1851: une corde, une boule, un mouvement, une longue suite d'oscillations au-dessus d'un plan numéroté et à l'heure de quitter les lieux, on verra sans coup férir que la Terre a tourné autour de son axe, et nous de même, malgré que l'on n'ait strictement rien senti ni vu venir. "C'est la base de tout, explique Philippe Mollet, trente ans de bons et loyaux service au sein de Mira et comme le prouvent son masque constellé et son tee-shirt NASA, venu à l'astronomie par passion - il se dit "amateur, dans le sens strict du mot, du latin, amare, aimer". En parfait partageur de ses enthousiasmes, il plante le décor: un lieu ouvert au public, rêvé par le Père Pieraerts de l'abbaye voisine, c'était en 1967. Depuis, grâce aux passionnés qui le font vivre, l'observatoire est devenu "un vrai pôle d'attraction pour tous ceux qui s'intéressent à ce qui se passe dans l'univers". Avant de se jeter à corps perdu dans l'exploration nocturne in situ, on découvre une carte du ciel local, rotative et faite maison. A coups d'interactions, on peut y trouver la réponse aux questions qui nous assaillent - Quand peut-on apercevoir Orion? Quelles sont les étoiles les plus brillantes? Où se situe la Grande Ourse? Elle s'illumine sur le planisphère, on reconnaît la fameuse casserole qui n'est en réalité qu'une petite partie de l'Ursa Major. "Cette constellation est importante, souligne notre guide, parce que cette partie du ciel est toujours visible chez nous. Et la casserole est facile à repérer: trois étoiles qui forment un manche et quatre autres, une cuve en un carré irrégulier. Prenez les deux dernières étoiles, prolongez-les cinq fois vers le haut, vous tomberez sur l'Etoile polaire, la seule qui ne bouge pas, la seule qui permet de se repérer quand on navigue." Si notre expert connaît une petite centaine d'étoiles par leur nom, il précise pourtant que scientifiquement, seules la latitude et la longitude comptent et, dans la foulée, que toutes celles qui se trouvent sur cette carte, soit 1 242, c'est lui qui les a collées. N'allez pas croire que c'est beaucoup - "si j'avais dû faire cette même carte pour l'Ardenne, fait-il prosaïquement, j'aurais dû en mettre le double et en haute montagne, le triple..." Tout ça parce qu'une ville, ça ne dort pas vraiment et que ça aime la lumière. D'ailleurs, même ici, à 15 kilomètres de la capitale, un halo orangé interdit de croire à la campagne vierge. Sur la terrasse d'observation, deux coupoles - l'une ancestrale, l'autre contemporaine - abritent les télescopes et les lunettes pointées vers ce grand infini qui nous tend les bras. La Maalbeek n'est pas loin, qui serpente ici avant de se jeter dans la Senne, le ruisseau sert de terrain de jeu à une colonie de crapauds et de grenouilles, ça coasse à qui mieux mieux, avec une endurance qui force le respect. Rien à voir avec le petit cri que l'on vient d'entendre dans la salle d'observation, au premier étage, où un compteur d'étoiles filantes est allumé en permanence, un écran, une ligne horizontale et des traits verticaux. C'est la trace, en longueurs d'ondes, laissées par ces fines poussières cosmiques, ces corps appelés météoroïdes qui pénètrent l'atmosphère à grande vitesse, parfois jusqu'à 60 km seconde et qui se consument instantanément. On a tant dit de la beauté de ces traces lumineuses et fugaces, certains font même un voeu quand ils en aperçoivent chutant dessous l'Olympe. Mais saviez-vous que sur un poste récepteur, grâce aux traînées d'ionisation qui réfléchissent les ondes radio, cela se traduit par une minuscule note aiguë, qui va en rapetissant, comme un léger soupir plaintif? C'est totalement raccord avec l'imaginaire, ainsi une étoile a filé vers sa petite mort, même s'il n'en est rien, on le sait depuis les premières observations d'Olmsted et Palmer en 1833, ce n'est pas si vieux. Philippe Mollet avait promis un fin croissant de lune, il ne s'est pas dédit, elle est là, déjà basse sur l'horizon, elle ne va pas tarder à disparaître, il est minuit dix, plus de temps à perdre, ouvrir prestement les panneaux de la coupole, à la manivelle. Elle date de la création de l'observatoire au mitan des années 60 et porte le nom du Pater fondateur, pour un peu, on se croirait dans un James Bond de la même époque. Point de phénomène de turbulence cette nuit, le ciel est stable, seuls les nuages jouent les perturbateurs, si on avait pu exiger quoi que ce soit, on aurait demandé un peu plus de transparence. Il pointe le télescope et la lunette sur l'astre élégant, on a l'impression fascinante que l'on pourrait toucher ses cratères. C'est jour de chance, la nouvelle lune n'est pas très vieille si bien qu'on a droit à sa lumière cendrée, "on peut l'observer les jours avant et après la nouvelle lune, explique le guide. La partie obscure du disque est un peu visible, grâce à la lumière indirecte du soleil, reflétée dans l'espace par la Terre". Merveille. Quand on a de très bons yeux, ou des jumelles, on peut l'observer sans devoir forcément investir dans un matériel high-tech. On déambule à grandes enjambées joyeuses de Véga à Déneb, de la constellation de la Lyre à celle du Cygne, puis on pousse jusqu'à Altaïr, la plus brillante de la constellation de l'Aigle, à 17 années-lumière de la Terre, et voilà le Triangle de l'été circonscrit. Les crapauds n'en peuvent plus de chanter tandis qu'Albireo se dévoile, étoile double aux couleurs contrastées, l'une est topaze, l'autre saphir, plus chaude mais moins brillante. Le ciel profond se donne alors en spectacle. Voici l'amas globulaire d'Hercule, le numéro 13 sur le catalogue que constitua Charles Messier en 1764 alors qu'il rêvait de donner son nom à une comète et à la postérité, on répète par devers soi "merveille", c'est la deuxième fois. "Allons vers M57", propose l'astronome amateur, on n'hésite pas un instant, on coulisse vers un objet connu de tous ceux qui lèvent les yeux au ciel plus souvent qu'à leur tour, c'est la relique d'une étoile, située dans la constellation de la Lyre, non loin de celle du Cygne. Et voilà que l'Anneau de la Lyre vous fait de l'oeil, il ressemble à un rond de fumée, quelqu'un(e) dans l'univers s'amuse avec son cigare, c'est certain. Quand on quitte l'oeilleton, l'abbatiale se découpe toujours aussi sereinement dans la nuit qui file. Entre l'arbre et le clocher qui égrène les heures et les demies, une planète est apparue, puis une autre, au ras du toit. Jupiter remplit parfaitement son rôle: c'est l'un des trois objets les plus lumineux du ciel nocturne. On ne verra pas les tempêtes qui y font rage, mais ses lunes galiléennes tandis que Saturne tout là-bas, à plus de 1,2 milliard de kilomètres de la Terre, dans la constellation du Capricorne, s'affiche avec ses anneaux. Il est 2h10, la géante gazeuse est juste magnifique, il n'est plus temps de cacher son émerveillement, pourquoi du reste se contenir? Cet été, tu seras Galilée.