" Une pitié, cette gamine ", " Elle est agaçante cette môme ", " Elle a le cul dans le beurre bio ", " Ça tourne au grotesque ", " Et le papa qui pilote la carrière de sa fifille ". Quelle douleur de voir ce groupe d'hommes (parce que oui, c'était tous des hommes) ayant largement l'âge d'être son père, s'acharner sur Twitter sur Adélaïde Charlier, la porte-parole francophone du mouvement Youth for climate. Son tort ? A...

" Une pitié, cette gamine ", " Elle est agaçante cette môme ", " Elle a le cul dans le beurre bio ", " Ça tourne au grotesque ", " Et le papa qui pilote la carrière de sa fifille ". Quelle douleur de voir ce groupe d'hommes (parce que oui, c'était tous des hommes) ayant largement l'âge d'être son père, s'acharner sur Twitter sur Adélaïde Charlier, la porte-parole francophone du mouvement Youth for climate. Son tort ? Avoir annoncé qu'elle participera à son voyage de rhéto mais qu'elle ira en Grèce en bateau (trois jours) plutôt qu'en avion (4 h 30). Même défoulement sur Greta Thunberg, son homologue suédoise, quand une barquette en plastique de houmous était apparue sur une photo d'elle. On ne peut pas dire que les mots choisis par les journalistes aident à les crédibiliser. " Egérie, passionaria. " Est-ce qu'on dirait ça d'un garçon ? Décrire " le cheveu au naturel " (lire : la coupe afro) de Youna Marette, ça apporte quoi, franchement ? De même, en quoi " la bouche charnue et les yeux en amande " d'Anuna de Wever constituent une information pertinente ? Pourquoi rappeler régulièrement qu'elle se définit comme non binaire ? Ecrire dans chaque papier que Greta est atteinte du syndrome d'Asperger, c'est la caractériser sous le prisme de son développement neurologique particulier, considéré par certains comme un handicap. C'est forcer à lire son message comme celui d'une patiente. Transformer leur fierté d'être avec des différences en anecdotes croustillantes, c'est pour le moins gênant. Elles s'appellent Greta, Adélaïde, Anuna, Youna. Mais aussi Ysée, en France, Rebecca et Lilah, au Canada, Milou, Jean et Harriet, en Australie. Leur combat est politique mais elles n'en restent pas moins des enfants. Les torrents de haine et de misogynie qui s'abattent sur elles sont glaçants. Les professionnels qui les réduisent à leur physique ou leur particularité me donnent envie de crever dans du Roundup. D'où tirent-elles la force de surmonter tout ça ? Qu'elles sachent que nous ne sommes pas dupes. Si elles étaient des mecs, elles ne subiraient pas la moitié. Nous sommes à vos côtés.