On ne louera jamais assez le principe de la carte blanche. Cette possibilité offerte à un artiste de lever le voile sur le travail d'un pair génère immanquablement du bonheur pour le spectateur. Cette forme atypique de compagnonnage fait mouche une fois de plus à l'occasion de l'exposition que Contretype, à Bruxelles, consacre à Thomas Chable (1962). Habitué de la maison, le photograph...

On ne louera jamais assez le principe de la carte blanche. Cette possibilité offerte à un artiste de lever le voile sur le travail d'un pair génère immanquablement du bonheur pour le spectateur. Cette forme atypique de compagnonnage fait mouche une fois de plus à l'occasion de l'exposition que Contretype, à Bruxelles, consacre à Thomas Chable (1962). Habitué de la maison, le photographe revient avec, sous le bras, une série d'images prises en Ethiopie durant les dix dernières années. Du beau, assurément. Pas avare, l'homme renvoie l'ascenseur à un jeune talent fraîchement diplômé en pratiques de l'édition à l'Académie royale des beaux-arts de Bruxelles (2017) et en techniques de l'image photo à la HELB Ilya Prigogine (2015). D'Elsa Stubbé (1991), tout porterait à vanter la fraîcheur de la vision... Or, à y regarder de près, c'est moins une certaine immaturité de l'oeil qui s'impose qu'une franche acuité de cet organe. La jeune femme voit juste, voit droit. Cette pertinence visuelle pouvait déjà se mesurer à travers la série Astronomie du sous-bois (2014-2016) par le biais de laquelle elle avait entrepris de suivre " l'histoire de la construction d'un idéal de vie en marge par une petite tribu de jeunes utopistes ". Accompagnées de textes issus de récits anthropologiques, les prises de vue touchaient en plein coeur. A l'occasion de ce nouvel accrochage, la Liégeoise donne à voir un autre corpus. Nourri à l'errance au coeur de réserves naturelles, Les extraterrestres ont mangé mon jardin met à nu le regard que l'homme pose sur la nature en rapprochant les photos d'illustrations d'ouvrages de vulgarisation scientifique du xixe siècle ainsi que de planches extraites de livres des années 50. Ou comment romantisme et science-fiction verrouillent notre imaginaire.