En pratique en page 72.
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En pratique en page 72.V ingt-trois heures. Comme d'habitude, le bar le Capocaccia affiche complet. Sur le trottoir opposé, une nuée d'habitué(e)s squattent les trottoirs trop étroits, le long de l'Arno. Les Florentins s'y retrouvent cocktail fluo à la main, assis tailleur sur l'épais rebord en pierre qui surplombe le fleuve. " C'est très cool comme endroit, lance Clara, 23 ans, jolie brune en jean taille basse estampillé D&G. Cette vieille maison avec ces couleurs flashies c'est presque une provocation pour Florence. Comme dans la plupart des villes italiennes, les habitations sont monochromes. Alors la couleur quand on en a, c'est déjà la fête ! " Avec ses plafonds voûtés, ses deux pièces aux tempéraments distincts û l'une rouge, criblée de luminaires circulaires, l'autre bleue électrique û, le Capocaccia s'est rapidement imposé comme " the place to be " de la jeunesse huppée. Imaginé par l'homme d'affaires Luigi Guarnaccia, ce dernier a développé deux autres restos-bars homonymes à Monaco et Genève. C'est dans le même périmètre que l'on trouve les hôtels les plus novateurs de la cité, à commencer par le Gallery Hotel Art. Comme son nom l'indique, ce 4-étoiles ambitionne de créer à la fois un cadre de séjour ultracontemporain et une galerie d'art spécialisée dans la photographie de haut vol. L'appellation n'est pas usurpée : du lobby au living-room (400 ouvrages accessibles dans une gigantesque bibliothèque en bois exotique), les clichés originaux des plus grands (Araki, Newton, Bettina Rheims), ponctuent les lieux avec un penchant avéré pour les nus féminins, pimentés d'un soupçon de fétichisme. La suite logée en penthouse au dernier étage, avec vue sur les toits toscans et le Duomo, sont la cerise sur le panetone. L'essentiel du mobilier présent dans les chambres, dont une sublime lampe sur pied en inox brossé et abat-jour circulaire, sont en vente en exclusivité dans une boutique proche de l'hôtel. Avant de s'y rendre, une halte à l'excellent Shozan Gallery, un restaurant fusion attenant à l'hôtel Gallery, s'impose au moment du déjeuner. Pas seulement parce que s'y loge un très réussi bar fréquenté par l'élite florentine, mais parce que la cuisine tient parfaitement la route. Les brochettes de poulet thaï à la coriandre sont tout simplement exquises et la volonté d'échapper aux conventions autorise toutes les audaces, comme celle de présenter le vinaigre balsamique dans des petites éprouvettes. Si par malchance, le Gallery s'avère complet, il ne reste plus qu'à filer en face pour fouler le hall du Continentale, autre grande réussite en matière de confort et de décontraction. Moins zen que le Gallery, cet autre perle du groupe Ferragamo, qui a véritablement dépoussiéré la ville en matière d'hôtellerie, se veut lounge et ludique. A la réception, dans le prolongement d'un écran à plasma où défile le générique d'un film de Vittorio de Sica avec Sophia Loren, un mur bardé de rondins de bois s'ouvre sur une salle de repos baignée de lumière jaune tournesol. Comme le parfum insouciant des années 1960... Il ne manque plus dans ce décor très smart que l'apparition du comédien Venantino Venantini, acteur italien phare des sixties. Toujours à un petit tour de roue de Vespa, le Lungarno Suites, plus traditionnel, offre depuis janvier 2002, 44 suites dont le principe est d'offrir les services d'un appartement avec vue sur l'Arno... Le bar américain a décidément la cote parmi les adresses " urban chic ". Le Angels se double d'un restaurant qui, avec ses hautes colonnes, rappellera aux Bruxellois l'atmosphère du Belga Queen. Même réhabilitation d'un lieu historique, certes ici privé puisqu'il s'agit d'une ancienne et vaste maison de maître, même goût pour le mélange chromatique chaud et froid, identique mise en scène qui privilégie le spectaculaire. Nettement plus intime, le Gustavino, avec son comptoir circulaire et ses tabourets Emeco en métal, est le bar à vins idéal pour déguster une bouteille de Cepparello avec ses notes de cerise, enrobée de touches de vanille. Un cadre qui change des savoureuses et populaires " trattoria "... Sur la rive droite de l'Arno, où les bonnes adresses foisonnent, la table la plus en vue de la ville est en bordure d'eau, et porte le nom de la rue où elle se niche. Le Borgo San Jacopo, cornaqué par la chef Beatrice Segoni, est un lieu tout simplement magique, réunissant avec talent l'épure et l'ornemental, mis en lumière par le Gantois Jan Van Lierde.. Une autre initiative, dans un registre nettement plus modeste pour ne pas dire incomparable, consiste à emprunter la via Guicciardini, dans le prolongement du Ponte Vecchio. A hauteur du palazzo Pitti, haut lieu de la culture renaissante qui forme un rempart le long des jardins Boboli, le caffè Pitti, sous-titré " living bar " abrite un lieu séduisant. La carte y est tout à fait correcte servie dans un décor très xixe siècle avec ses murs patinés et ses papiers peints cramoisis. Le soir, le Canapone, fréquenté exclusivement par des Italiens branchés, s'avère un must absolu. La salle qui est un ancien atelier de peinture n'a pourtant que peu d'attrait. Avec une évidente économie de moyens, le chef et patron des lieux, Simone Riani, timide mais téméraire trentenaire, s'est contenté de peindre les murs en vert pomme et de dresser un ensemble de chaises uniformément blanches. Rien de plus mais cela suffit à faire de Canapone une première réussite. Une atmosphère de retenue et de convivialité que la carte simple (lombatine di agnello, gnocchi de patate) reflète avec authenticité. Près de Santa Maria del Carmine, O ! O est une cantine bio particulièrement vitaminée ouverte à l'angle de deux rues. Dans ce quartier paisible, à l'écart de la foule, le patron y propose avec fougue une sélection de plats enlevés, de produits frais et de fromages hors pair, parmi lesquels un Montello, servit avec un mince filet de miel de châtaigne de Sicile. " Florence n'est pas la ville du design ostentatoire comme Milan avec ses architectes stars, avance le patron de O ! O, nos réponses sont plus modestes, mais plus inventives. Et pour ce qui est des plaisirs de la table, nous n'avons pas de leçon à recevoir ! " Ville unique qui peut se targuer de receler un chef-d'£uvre pictural par église ou presque, Florence avance désormais de nouveaux arguments pour attirer les amateurs d'art... Texte : Antoine Moreno