Jamais contents. Toujours frustrés. Toujours insatisfaits. Tant de biens matériels offerts, autant d'invitations à consommer, consommer encore. La pression est énorme, la frénésie aiguë, les tensions au maximum. Nous voilà bien mélancoliques, désormais, nous les enfants gâtés des sociétés d'abondance, incapables le plus souvent de résister, de trouver un juste équilibre. Fatigués d'être soi, dépressifs parfois même, bref filant un bien mauvais coton.
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Jamais contents. Toujours frustrés. Toujours insatisfaits. Tant de biens matériels offerts, autant d'invitations à consommer, consommer encore. La pression est énorme, la frénésie aiguë, les tensions au maximum. Nous voilà bien mélancoliques, désormais, nous les enfants gâtés des sociétés d'abondance, incapables le plus souvent de résister, de trouver un juste équilibre. Fatigués d'être soi, dépressifs parfois même, bref filant un bien mauvais coton. Tel est le portrait qu'a brossé jusqu'ici de nous le philosophe Gilles Lipovetsky, épinglant avec brio, mais sans parti pris, tous les petits et grands travers de notre société de surconsommation, une société par définition de déception, à l'issue incertaine. Et l'on sait bien que le bonheur des êtres ne progresse pas en proportion des richesses, loin de là. Jusqu'ici, rien de bien neuf, le constat est connu, il a été maintes fois décrypté. Et si notre fièvre consommatoire n'était, en réalité, qu'une parenthèse, qu'une toute petite anecdote au regard de l'histoire de l'humanité ? Utopie ? Fantasme ? Délire ? Pas sûr. Car dans ses passionnantes conversations pour demain que nous livre aujourd'hui Lipovetsky (*), on se prend à rêver. Oui, notre société, tant fustigée, a aussi ses bons côtés, nous confie-t-il. Le libéralisme, la mondialisation aussi. Oui à la mobilité de la vie, non à la prédétermination sociale. Oui aux choix multiples, aux options foisonnantes, aux modèles variés. " Bien sûr, les anxiétés, les dépressions, les blessures de l'estime de soi sont légion, mais nous bénéficions aussi d'un plus grand nombre de stimulations et d'occasions pour changer la donne des circonstances (...). Notre époque offre une multitude de points d'appui pour changer et combattre plus vite les malheurs qui nous affectent ", explique le philosophe. Refaire sa vie, se risquer dans de nouvelles aventures, plus la société est " déceptive ", plus elle développe, aussi, et c'est bien là le paradoxe, les conditions d'une vraie réoxygénation. Fini, donc, les lamentos moralistes ! Place aux lendemains qui chantent ! Certes, ce n'est pas pour tout de suite. Patience, patience, mais Lipovetsky prédit un renversement de valeurs (rien de moins), un bouleversement culturel, un nouvel idéal qui chassera cette si chahutée hyperconsommation. Que des bonnes nouvelles. Alors frustrés, peut-être, mais contents. (*) " La Société de déception ", éd. Textuel. Christine Laurent