Se réveiller chaque matin dans un décor de train électrique avec des chalets en bois, des balcons fleuris et des vachettes n'empêche pas d'admirer la froideur des gratte-ciel vitrés de Boston. Philip Jodidio, 57 ans, citoyen américain qui habite le Valais suisse depuis 2005, continue à rouler pour l'architecture contemporaine dont il est l'un des spécialistes les plus lus au monde. Directeur de collection et auteur pour Taschen, il en est à son 98e ouvrage sur le sujet.
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Se réveiller chaque matin dans un décor de train électrique avec des chalets en bois, des balcons fleuris et des vachettes n'empêche pas d'admirer la froideur des gratte-ciel vitrés de Boston. Philip Jodidio, 57 ans, citoyen américain qui habite le Valais suisse depuis 2005, continue à rouler pour l'architecture contemporaine dont il est l'un des spécialistes les plus lus au monde. Directeur de collection et auteur pour Taschen, il en est à son 98e ouvrage sur le sujet. De Renzo Piano à Oscar Niemeyer, tous les grands noms lui ont ouvert leurs portes. Certains sont devenus des amis comme Christian de Portzamparc qui a conçu la tour LVMH à New York ou le musée Hergé à Louvain- la-Neuve, d'autres sont restés des mentors comme Tadao Ando. Chaque volume qu'il signe pour l'éditeur allemand se vend en moyenne à 50 000 exemplaires, soit 5 millions de livres à son actif. Ces chiffres astronomiques, Philip Jodidio n'aime pas trop en parler. Pas plus que de son ami Benedikt Taschen, homme d'affaires redoutable qui a longtemps eu la réputation de rémunérer ses auteurs avec un fixe chiche plutôt qu'au pourcentage sur les ventes. " Je crois que je ne suis pas là pour parler de ça ", assène poliment l'homme derrière ses épaisses lunettes. Cet enfant unique issu de la bourgeoisie éclairée du New Jersey - son père est financier et amateur d'art -, voyage très tôt en Europe pour faire le tour des musées et des belles choses. " J'avais deux ans quand je suis venu pour la première fois à Paris, j'y ai appris mes premiers mots de français avant l'anglais. " Adolescent francophile, étudiant modèle, il lorgne naturellement du côté de l'Ivy League, surnom que l'on donne aux huit des plus prestigieux campus nord-américains, au moment d'entamer son cursus universitaire. " Mes bonnes notes m'ont donné la chance de choisir entre Yale, Princeton et Harvard ", glisse-t-il comme s'il avait dû se décider entre deux cravates. À Harvard, il opte pour une double formation en économie et en histoire de l'art. " Cela me parlait plus que les cours de l'acier ou du blé. " En 1976, il s'installe à Paris, rejoint Connaissance des Arts, une revue dont il devient rédacteur en chef. " Un jour, j'ai eu envie d'ouvrir les pages à l'architecture contemporaine qui était très décriée à cette époque. " Les lecteurs approuvent et le journaliste se met à faire le tour du monde à la rencontre des grands bâtisseurs avant d'attirer l'attention de Benedikt Taschen qui voit en lui le profil rêvé pour devenir le Monsieur Architecture. Son professionnalisme et sa discrétion font merveille auprès des lauréats les plus égotiques du Pritzker Prize (l'équivalent du Nobel dans la discipline). Il faudra dix ans de patience à Jodidio pour réaliser le Taschen consacré à Jean Nouvel, qui donne son accord, se rétracte puis accepte à condition de contrôler le livre dans ses moindres détails. Installé depuis plusieurs années dans les alpages avec sa femme d'origine suisse, Philip Jodidio est également consultant éditorial et culturel pour le Qatar et Abu Dhabi. Demain, il s'apprête à prendre un avion pour le Japon afin d'assister à l'inauguration d'un bâtiment de Pei Ieoh Ming. L'architecte sino-américain, âgé de 95 ans, n'a jamais oublié le jour où le critique prit ouvertement position en faveur de la construction très contestée de la pyramide du Louvre, au milieu des années 80. " Il m'a dit que cela l'avait aidé à faire passer le projet. " Juste retour des choses que d'assister au baptême de ce qui sera sans doute la dernière création du vétéran chinois. Après quoi, Philip Jodidio reviendra en terre helvète et après deux heures et demie de route sinueuse, rejoindra son cottage sis, cela ne s'invente pas, route des Amis de la Nature... PAR ANTOINE MORENO" L'HISTOIRE DE L'ART ME PARLAIT PLUS QUE LE COURS DE L'ACIER. "